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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301737

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301737

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 29 juin, 3 et 24 août 2023, le dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. C B, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet D lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

3°) d'enjoindre au préfet D de lui délivrer un titre de séjour d'un an ou de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 12 juillet 2023, le préfet D conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani,

- et les observations de Me Cavelier, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 15 juillet 2000, de nationalité guinéenne, est irrégulièrement entré en France en novembre 2016 à l'âge de seize ans et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à compter du 24 novembre 2016 en application d'une ordonnance de placement provisoire en date du même jour. Par jugements prononcés les 6 décembre 2016 et 6 mars 2017, le placement de M. B à la direction de l'enfance et de la famille D a été maintenu puis, par une ordonnance du 11 décembre 2017, il a été placé sous la tutelle de l'Etat. Monsieur B a bénéficié d'un titre de séjour mention " étudiant " valable du 27 décembre 2018 au 26 décembre 2019. Par un arrêté du 18 juin 2020, le préfet D a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire. Le recours formé par l'intéressé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 5 novembre 2020 du tribunal administratif de Caen, confirmé par une ordonnance du 26 mai 2021 du président de la cour administrative d'appel de Nantes. Le 29 août 2022, M. B a sollicité un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 mai 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet D a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. Par un arrêté du 25 mai 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-05-025 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet D a donné délégation à la cheffe du bureau du séjour de la préfecture D, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau du séjour, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte en litige doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".

5. M. B se prévaut d'une présence de six années sur le territoire français à la date de la décision en litige, durant lesquelles il a bénéficié d'une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, il a préparé un CAP boulangerie, a travaillé dans une boulangerie à compter du mois de janvier 2019 en qualité d'apprenti puis de salarié et a noué des liens avec une personne bénévole d'une association ainsi qu'avec sa famille. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si l'intéressé a bénéficié d'un titre de séjour portant le mention " étudiant " valable du 27 décembre 2018 au 26 décembre 2019, il s'est par la suite maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit du rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour et de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet par un arrêté du 18 juin 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement du présent tribunal puis par une ordonnance du président de la cour administrative d'appel de Nantes. En outre, les circonstances que le requérant a suivi une formation professionnelle pendant trois ans et qu'il bénéficie d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er septembre 2020 en qualité de boulanger ne suffisent pas à établir une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire. Par ailleurs, il ressort des attestations produites par le requérant que s'il a été hébergé pendant trois mois, au cours de l'année 2019, par la famille d'une bénévole d'une association qui lui dispensait des cours de français, en vue de lui éviter de se retrouver sans domicile et que M. B a conservé des contacts avec cette bénévole et son époux, les relations ainsi entretenues ne présentent pas une intensité, une ancienneté et une stabilité suffisantes pour établir l'existence de sa vie personnelle et familiale en France. Enfin, le requérant, célibataire et sans enfant, n'est pas dépourvu de lien avec son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de seize ans et où résident son frère et sa sœur. Compte tenu ce qui précède, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige lui refusant la délivrance d'un titre de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1() ".

7. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, M. B, qui n'établit pas en outre encourir un risque en cas de retour en Guinée, ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet D au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet D lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur les autres conclusions :

10. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéficie de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Cavelier et au préfet D.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANI

Le président,

Signé

A. MARCHANDLa greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet D en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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