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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301745

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301745

lundi 24 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301745
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juin et 21 juillet 2023, M. A C, représenté par l'AARPI Thémis, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 5 mai 2023 par laquelle le chef d'établissement a ordonné son placement à l'isolement au sein du centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe pour une durée de trois mois ;

3°) d'enjoindre au chef d'établissement d'ordonner la levée de son isolement dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- une présomption d'urgence est reconnue lorsque la décision a pour objet le placement à l'isolement d'un détenu ;

- l'administration pénitentiaire ne fait état d'aucune circonstance particulière permettant de renverser la présomption d'urgence ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- il n'est pas établi que la signataire de la décision bénéficie d'une délégation de signature régulièrement publiée du chef d'établissement ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en l'absence de considération de fait ;

- les éléments en cause, à savoir son statut de détenu particulièrement signalé et le fait d'avoir entamé une grève de la soif, ne permettent pas de fonder une mesure d'isolement ; dès lors, la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- il appartient à l'administration, qui se borne à soutenir que M. C mettrait en péril la sécurité de l'établissement, d'apporter des éléments de nature à établir la réalité des faits reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le requérant, qui avait été placé en quartier disciplinaire le 14 avril 2023 pour avoir refusé de se soumettre à une mesure de contrôle de sécurité, s'est opposé à quitter ce quartier au terme de la sanction sans donner de motif ; son attitude de contestation s'est en outre manifestée par une grève de la faim et de la soif en vue d'obtenir son transfert ;

- son profil de détenu particulièrement signalé, l'hostilité révélée par son attitude de repli et son refus de prise en charge médicale rendent nécessaire une surveillance renforcée qui ne peut être réalisée qu'en quartier d'isolement ;

- ces circonstances particulières liées à la personnalité de l'intéressé et à la nécessité de préserver l'ordre public au sein de l'établissement permettent de renverser la présomption d'urgence ;

- la signataire de la décision en litige bénéficie d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision attaquée est suffisamment motivée en droit en en fait ;

- le requérant bénéficie d'au moins une heure de promenade par jour, de la possibilité de faire du sport, de l'accès aux ouvrages de la bibliothèque et conserve l'intégralité de ses droits familiaux qui s'exercent en parloir individuel ; il a pu bénéficier à deux reprises pendant le mois de juin 2023 de visites en unité de vie familiale ;

- dès lors, c'est sans commettre d'erreur matérielle des faits ni d'erreur manifeste d'appréciation que l'administration a placé le requérant à l'isolement.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 30 juin 2023 sous le numéro 2301746 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision ordonnant son placement à l'isolement au sein du centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe pour une durée de trois mois.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à une audience publique.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 21 juillet 2023 en présence de Mme Bénis, greffière d'audience, M. B a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Eu égard à son objet et à ses effets sur les conditions de détention, la décision plaçant d'office à l'isolement une personne détenue ainsi que les décisions prolongeant éventuellement un tel placement, prises sur le fondement de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire, portent en principe, sauf à ce que l'administration pénitentiaire fasse valoir des circonstances particulières, une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne détenue, de nature à créer une situation d'urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, puisse ordonner la suspension de leur exécution s'il estime remplie l'autre condition posée par cet article.

3. M. A C, écroué depuis le 18 juin 2009 et inscrit au répertoire des détenus particulièrement signalés, est incarcéré au centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe depuis le 30 mars 2023. Pour prendre la décision de placement à l'isolement, le chef d'établissement s'est fondé sur le comportement de M. C. Il ressort de la liste des antécédents disciplinaires versée au dossier que le requérant a refusé le 14 avril 2023 de se soumettre à un contrôle de sécurité à la sortie d'un parloir. M. C, qui a été sanctionné par un placement en quartier disciplinaire, a refusé le 18 avril 2023 de quitter ce quartier sans donner les raisons de ce refus. Il a par ailleurs entamé une grève de la faim et de la soif en vue d'obtenir un transfert qui le rapproche de sa famille. Or, le ministre fait valoir, sans que cela soit contesté, que le requérant a bénéficié à deux reprises pendant le mois de juin 2023 de visites en unité de vie familiale. Ces circonstances particulières, dont fait état l'administration dans la décision de placement provisoire à l'isolement du 4 mai 2023 et qui révèlent un comportement contestataire, permettent de caractériser l'existence d'un risque important au regard de la sécurité au sein de l'établissement, incompatible avec une détention ordinaire. Dès lors, la condition d'urgence ne peut pas être regardée comme établie en l'espèce.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions aux fins de suspension de la requête de M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par ailleurs, la condition d'urgence n'étant pas remplie, la demande de M. C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. C est rejetée.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à l'AARPI Thémis et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Caen, le 24 juillet 2023.

Le juge des référés,

Signé

F. B

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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