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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301803

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301803

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Loison, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le préfet de la Manche a ordonné le dessaisissement sous trois mois des armes et des munitions dont il est détenteur, a prononcé une interdiction d'acquisition et de détention des armes de toutes catégories et des munitions, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et a retiré la validation de son permis de chasser ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté contesté ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il est manifestement disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Groch,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B détient cinq armes de catégorie C qu'il a déclarées. Par arrêté du 9 mai 2023, le préfet de la Manche a ordonné le dessaisissement des armes et munitions qu'il détient dans un délai de trois mois, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et munitions de toutes catégories, l'a informé de son inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et lui a retiré la validation de son permis de chasser. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments. (). ". L'article R. 312-67 du même code prévoit : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; () ".

3. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2022, publié au recueil des actes administratifs numéro spécial n° 13 de la préfecture de la Manche du même jour, le préfet de la Manche a donné délégation à Mme D, directrice des sécurités et signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, l'arrêté attaqué en l'absence de M. C, sous-préfet et directeur de cabinet de cabinet du préfet. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Manche et le directeur de cabinet n'étaient pas absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles du code de la sécurité intérieure dont il a été fait application, comporte l'exposé des motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement M. B en mesure d'en discuter les motifs. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 9 mai 2023 doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du bulletin n° 2 du casier judiciaire du requérant, que ce dernier a été condamné par le président du tribunal de Cherbourg le 4 janvier 2023, selon une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, à une amende de 500 euros dont 350 euros avec sursis pour des faits commis le 17 juin 2022 de chasse en réunion en temps prohibé avec usage d'un véhicule et port d'arme, et des faits de chasse non autorisée en réunion de nuit avec usage d'un véhicule et port d'arme. Si le requérant soutient que ces faits sont isolés, qu'il est calme, réservé et passionné de chasse et qu'au regard de sa pratique " consciencieuse " de cette activité, il n'est pas une personne potentiellement dangereuse pour lui-même ou pour autrui, il n'est pas contesté qu'il a chassé de nuit en méconnaissance de toutes les règles de sécurité et de visibilité des cibles. Par suite, compte tenu de la gravité des faits et de leur caractère récent, le préfet a pu regarder le comportement de M. B comme n'étant pas compatible avec la détention d'une arme. Dans ces circonstances, le préfet de la Manche n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. B laissait craindre une utilisation dangereuse pour lui-même ou pour autrui des armes qu'il détenait et en ordonnant à M. B de se dessaisir des armes en sa possession.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, ainsi que ses conclusions relatives aux frais liés au litige, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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