mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2301870 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HUG & ABOUKHATER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2022 par laquelle le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 114-5 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que le refus d'enregistrer la demande de titre de séjour ne constitue pas une décision faisant grief ;
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, les motifs tirés de ce que le requérant constitue une menace à l'ordre public au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce qu'il ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français peuvent être substitués au motif initial du caractère incomplet du dossier de demande.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Créantor.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 8 mars 1987, déclare être entré sur le territoire français en 2003. Le 20 mai 2019, il a déposé auprès des services de la préfecture de la Haute-Vienne une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 24 août 2020, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande. Par un jugement du 20 mai 2021 du tribunal correctionnel de Poitiers, M. B a été condamné à une peine de cinq ans d'emprisonnement pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement et de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, aggravé par une autre circonstance (récidive). Il est actuellement incarcéré au centre de détention d'Argentan. Le 19 novembre 2021, il a sollicité le transfert de sa demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture de l'Orne. Par la décision attaquée du 2 septembre 2022, le préfet de l'Orne a refusé sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En premier lieu, le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.
3. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision attaquée que le préfet de l'Orne ne s'est pas borné à refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B au motif que le dossier de demande était incomplet mais a opposé de manière explicite un refus de délivrer le titre de séjour sollicité. Dès lors, la décision attaquée, qui ne saurait être regardée comme un refus d'enregistrer la demande de titre de séjour, constitue une décision de refus de titre de séjour faisant grief. Par suite, cette fin de non-recevoir doit être écartée.
4. En second lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".
5. La décision attaquée ne comportant pas la mention des voies et délais de recours prescrite par l'article R. 421-5 du code de justice administrative, rendant ainsi ces derniers inopposables, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne saurait être accueillie.
En ce qui concerne la légalité de la décision du 2 septembre 2022 :
6. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les articles L. 423-7 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, se borne, pour rejeter la demande de titre de séjour, à indiquer que le dossier de demande est incomplet, sans préciser davantage en quoi M. B ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen complet de la situation du requérant doivent être accueillis.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / Le délai mentionné à l'article L. 114-3 au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée acceptée ne court qu'à compter de la réception des pièces et informations requises. ".
8. Pour refuser la demande de titre de séjour présentée par M. B le 19 novembre 2021, le préfet de l'Orne ne s'est pas fondé sur la circonstance que le requérant ne réunissait pas les conditions requises pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français mais a opposé à M. B le caractère incomplet de sa demande de titre de séjour, préalablement à son examen au fond. Dès lors, l'administration était tenue de l'inviter à fournir des éléments complémentaires à ceux regardés comme ne suffisant pas à l'examen de sa demande de titre de séjour. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait adressé, ainsi qu'il le fait valoir, plusieurs demandes de pièces complémentaires auxquelles M. B n'aurait pas donné suite, le préfet du Calvados ne pouvant, par ailleurs, utilement se prévaloir du fait que le préfet de la Haute-Vienne aurait demandé, en vain, des pièces complémentaires pour l'examen d'une précédente demande de titre de séjour présentée le 20 mai 2019. Dans ces conditions, le préfet du Calvados a méconnu les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration. La décision du 2 septembre 2022 est, par suite, entachée d'illégalité.
9. Le préfet de l'Orne fait valoir que les motifs tirés de ce que le requérant constitue une menace à l'ordre public au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce qu'il ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français peuvent être substitués au motif initial du caractère incomplet du dossier de demande. Toutefois, la substitution demandée ne saurait, en tout état de cause, remédier au vice de forme résultant du défaut de motivation. Dans ces conditions, cette demande doit être rejetée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 septembre 2022 du préfet de l'Orne par laquelle il a rejeté sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de l'Orne de procéder à l'examen de la demande de M. B en tenant compte des motifs du présent jugement. Un délai d'un mois à compter de la notification du jugement lui est imparti pour y procéder.
Sur les frais liés au litige :
12. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Hug, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Orne du 2 septembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Orne de procéder à l'examen de la demande de titre de séjour de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Hug, avocate de M. B une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Hug renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Hug et au préfet de l'Orne.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Créantor, conseillère,
- Mme Remigy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
La rapporteure,
SIGNÉ
V. CREANTOR
La présidente,
SIGNÉ
A. MACAUD
La greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026