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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301912

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301912

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301912
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTSARANAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2023, M. B A C, représenté par Me Tsaranazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1, L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou à défaut de statuer à nouveau sur sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartient à l'administration de justifier d'une délégation de signature au profit de la signataire de l'arrêté ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de son état de santé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. B A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cheylan,

- les observations de M. B A C.

Une note en délibéré, présentée par M. B A C, a été enregistrée le 22 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant congolais né le 25 décembre 1982 à Kinshasa (République démocratique du Congo), a déclaré être entré irrégulièrement en France avec sa concubine le 7 mai 2018. Il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée le 29 novembre 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et le 17 juin 2019 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. A C s'est maintenu sur le territoire français et a sollicité le 24 août 2022 son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er février 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Calvados a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 19 janvier 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-12 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme D E, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau. Celles-ci comprennent, en application de l'article 3-4-1 de l'arrêté préfectoral du 30 août 2021 portant organisation des services de la préfecture du Calvados, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2021-158 du 31 août 2021 et consultable sur le site internet de la préfecture, la rédaction et la notification des décisions de refus de séjour avec ou sans obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens invoqués contre le refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Le requérant fait valoir qu'il justifie d'une résidence de plus de cinq ans en France, qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche et qu'il s'est engagé activement en tant que bénévole auprès de la Croix-Rouge française. Toutefois, la durée de présence dont il se prévaut est, sur une période de trois ans, liée à la circonstance qu'il n'a pas déféré à la mesure d'éloignement notifiée en 2020. L'engagement associatif et la promesse d'embauche dont il se prévaut n'ont été rendus possibles, à partir de juin 2020, que par son maintien irrégulier sur le territoire français. Le requérant soutient qu'il est entré en France avec sa concubine, de nationalité congolaise, et qu'ils sont parents de trois enfants, le premier né en 2015 à Kinshasa, les deux autres nés à Caen en 2018 et en 2020. Le préfet indique, sans que cela soit contesté, que la concubine de M. A C fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Aucun élément au dossier ne permet d'établir que les enfants, compte tenu de leur jeune âge, ne pourraient pas poursuivre leur scolarité hors de France. Le requérant ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident, selon ses propres déclarations, sa mère et ses frères et sœurs. Dès lors, compte tenu des conditions du séjour en France du requérant, le préfet du Calvados n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Ainsi qu'il vient d'être exposé, la durée du séjour en France dont se prévaut le requérant n'a été rendue possible, à compter de juin 2020, que par son maintien irrégulier sur le territoire français en dépit de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Les autres éléments dont fait état M. A C, à savoir son engagement associatif et une promesse d'embauche, ne constituent pas des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par ailleurs, le requérant produit un certificat médical établi le 5 juillet 2023 par son médecin traitant, selon lequel l'état de santé de M. A C nécessite un suivi spécialisé en urologie qui ne pourrait pas être assuré dans son pays d'origine. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce praticien aurait une connaissance particulière du système de soins congolais. Ce certificat et les différents examens médicaux versés au dossier, s'ils permettent d'établir que le requérant bénéficie d'un suivi médical en urologie, ne mentionnent pas de traitement médical spécifique. Le requérant n'a d'ailleurs pas sollicité de titre de séjour pour raisons médicales. Dès lors, et eu égard à ce qui a été exposé au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen invoqué contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen de la légalité du refus d'admission au séjour, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen invoqué contre la décision fixant le pays de renvoi :

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. Le requérant fait état de craintes de subir des persécutions en raison de son implication dans des manifestations politiques le 25 février 2018. Toutefois, cette allégation a été soumise à la CNDA qui a rejeté en 2019 sa demande d'asile. Il n'est pas allégué que les documents fournis, qui datent de mai et septembre 2018, n'auraient pas pu être produits lors de l'instruction de sa demande d'asile. M. A C verse en outre au dossier un article de presse du 6 juillet 2023 selon lequel une procédure judiciaire le met en cause comme ayant appartenu à une bande organisée impliquée dans des enlèvements. Toutefois, cet article publié sur internet, qui n'est étayé par aucun document officiel confirmant l'existence de poursuites, ne permet pas d'établir qu'il encourrait personnellement des risques de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C, à Me Tsaranazy et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

F. CHEYLAN

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. MARTINEZ

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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