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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302047

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302047

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantASSOCIATION MARAND-GOMBAR MALGORN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet 2023 et 31 août 2023, Mme A C épouse B, représentée par Me Léandri, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ".

Elle soutient que :

- la décision attaquée de refus de séjour est entachée d'une erreur de droit au regard du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ; elle était présente depuis plus de dix ans à la date de la décision ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire dès lors qu'elle a droit à un titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Créantor.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse B, ressortissante algérienne née le 3 février 1988 à Oran, est entrée en France avec son époux et ses deux enfants le 10 juillet 2013, munie d'un visa Schengen délivré par les autorités espagnoles. Le 14 février 2022, elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par l'arrêté attaqué du 18 juillet 2023, le préfet du Calvados a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de certificat de résidence :

3. En premier lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

4. Si Mme C épouse B se prévaut de la méconnaissance du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il n'apparaît pas qu'elle ait demandé un certificat de résidence sur ce fondement, le courrier complémentaire à sa demande de certificat de résidence précisant, d'ailleurs, qu'elle souhaite obtenir un certificat de résidence d'un an sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par ailleurs, le préfet n'a pas examiné d'office la demande de la requérante à ce titre. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse B, qui est entrée régulièrement en France le 10 juillet 2013, s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français malgré deux décisions des 31 janvier 2017 et 3 décembre 2018 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, décisions dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne par des jugements des 24 mai 2017 et 9 avril 2019, ce dernier jugement ayant été confirmé par la cour administrative d'appel de Nancy par un arrêt du 17 mars 2020. En outre, l'époux de la requérante, qui est de nationalité algérienne, fait également l'objet de deux obligations de quitter le territoire. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse B n'est pas dépourvue de tout lien avec son pays d'origine où sa mère réside et où elle a vécu elle-même jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Si elle est mère de trois enfants dont un enfant né en France le 15 mars 2014, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Algérie, où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C épouse B aurait tissé, en France, des liens sociaux stables et intenses ni qu'elle y serait particulièrement insérée professionnellement. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C épouse B au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un certificat de résidence. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet du Calvados aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation de la requérante.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C épouse B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; / (). ".

9. Lorsque la loi ou une convention internationale prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

10. Mme C épouse B, de nationalité algérienne, qui invoque l'atteinte que son éloignement porterait à sa vie privée et familiale compte tenu de la durée de son séjour en France, se prévaut, pour contester la décision l'obligeant à quitter le territoire, des stipulations précitées du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de la décision attaquée, qu'à la date de cette décision, Mme C épouse B justifiait résider habituellement en France depuis plus de dix années et pouvait donc prétendre de plein droit à la délivrance d'un certificat de résidence d'un an en application des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par suite, le préfet du Calvados ne pouvait, sans méconnaître ces stipulations, l'obliger à quitter le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C épouse B est fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire et, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

13. Il résulte de ces dispositions que l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique que l'autorité administrative statue de nouveau sur le cas de l'intéressée. Ainsi, il y a lieu, en application de cet article, d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer la situation de Mme C épouse B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C épouse B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 18 juillet 2023 du préfet du Calvados est annulé en tant qu'il oblige Mme C épouse B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Il est enjoint au préfet du Calvados de réexaminer la situation de Mme C épouse B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

La rapporteure,

SIGNÉ

V. CREANTOR

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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