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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302112

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302112

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantWAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 août 2023 et le 10 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Wahab, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ou à lui verser directement dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de ce que la signataire de la décision attaquée disposait d'une délégation régulière ;

- il n'est pas établi que le maire aurait été saisi pour avis sur la condition d'intégration conformément aux dispositions de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- le préfet s'est, en tout état de cause, exclusivement fondé sur la condition d'intégration républicaine pour rejeter sa demande ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ce, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires enregistrés le 16 octobre 2023 et le 12 janvier 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

La demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée par une décision du 28 novembre 2023 du président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Caen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Remigy,

- et les observations de Me Wahab, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant kosovare, né le 26 juin 1991, est entré irrégulièrement en France le 22 avril 2016. Il a déposé une demande d'asile le 24 juin 2016, demande qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 novembre 2016, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 20 avril 2017. Il a ensuite bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'accompagnant malade, régulièrement renouvelé entre le 7 mai 2018 et le 9 décembre 2023. M. B a sollicité, le 25 avril 2023, la délivrance d'une première carte de résident. Par un arrêté du 6 juin 2023, le préfet du Calvados a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 1er juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Calvados n°14-2023-099 du même jour, le préfet du Calvados a donné délégation de signature à Mme C D, cheffe du bureau du séjour de la préfecture du Calvados, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau du séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée, qui vise notamment les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que, pour rejeter la demande de M. B, le préfet a considéré que sa présence était constitutive d'une menace à l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné le 9 septembre 2019 à trois mois d'emprisonnement avec sursis et interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant trois ans par le tribunal correctionnel de Reims pour des faits de menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet. Au regard de la condamnation prononcée et de la gravité des faits commis, le préfet du Calvados n'a pas commis d'erreur d'appréciation en rejetant la demande de M. B de carte de résident de dix ans au motif que sa présence en France représente une menace pour l'ordre public.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Si M. B se prévaut de sa bonne intégration à la société française, la décision attaquée, qui se borne à lui refuser la délivrance d'une carte de résident, n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner du territoire français. Au demeurant, l'intéressé bénéficiait d'un titre de séjour à la date de la décision attaquée, l'instruction de sa demande de renouvellement étant actuellement en cours. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 juin 2023 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer une carte de résident. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Wahab et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

Signé

J. REMIGY La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

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