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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302140

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302140

lundi 8 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCHLOSSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 août 2023 et 9 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Schlosser, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite rejetant sa demande d'admission au séjour à laquelle s'est substituée la décision du 18 septembre 2023 par laquelle le préfet de l'Orne a rejeté sa demande d'admission au séjour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour temporaire valant autorisation de travail et ce, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser directement dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication des motifs ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Créantor

- et les observations de Me Courset, substituant Me Schlosser, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 10 janvier 1998 à Bamako, déclare être entré irrégulièrement en France en décembre 2014. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance puis a bénéficié, à sa majorité, de titres de séjour en qualité d'étudiant, de salarié, puis à nouveau d'étudiant, valables du 12 avril 2016 au 30 septembre 2020. Ses demandes de renouvellement puis de changement de statut, formées en octobre et décembre 2020, ont été classées sans suite. Par un arrêté du 19 mai 2021, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le tribunal administratif de Caen a rejeté la requête de M. B contre cet arrêté par un jugement du 6 juillet 2021, confirmé par la cour administrative d'appel de Nantes par une ordonnance du 17 janvier 2022. M. B a sollicité, le 9 février 2023, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet de l'Orne sur cette demande. Par une décision du 18 septembre 2023, le préfet de l'Orne a expressément refusé de lui délivrer un titre de séjour. M. B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la requête de M. B :

3. En premier lieu, la décision expresse du 18 septembre 2023, qui s'est substituée à la décision initiale refusant implicitement de délivrer un titre de séjour à M. B, vise les dispositions sur lesquelles elle se fonde et indique que le requérant est connu défavorablement des services de police pour des faits de viol ayant eu lieu le 19 mai 2021. La décision précise également que M. B est célibataire et sans enfant et qu'il ne justifie d'aucune famille en France. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui mentionne les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Si M. B se prévaut de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est constant qu'il n'a pas demandé un titre de séjour sur ce fondement. Par ailleurs, le préfet n'a pas examiné d'office la demande du requérant à ce titre. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. M. B se prévaut de sa présence en France depuis neuf ans, de sa relation avec une ressortissante française et de sa volonté d'intégration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la communauté de vie avec sa compagne est récente et qu'il ne justifie d'aucune autre attache en France alors que sa sœur réside dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-sept ans. En outre, M. B n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet du Calvados par un arrêté du 19 mai 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 6 juillet 2021 du tribunal administratif de Caen. Par ailleurs, l'attestation établie le 20 juillet 2016 par un conseiller en insertion de la mission locale d'Argentan, le contrat de professionnalisation pour un CAP " boulangerie ", les bulletins de salaires pour les mois de mai, juin et juillet 2020 attestant d'un emploi dans une boulangerie ainsi que les six témoignages qu'il produit ne sauraient suffire pour établir qu'il serait particulièrement inséré dans la société française ni qu'il y aurait tissé des liens stables et intenses. Dans ces conditions, le préfet de l'Orne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 septembre 2023 du préfet du l'Orne refusant de lui délivrer un titre de séjour. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Schlosser et au préfet de l'Orne.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

V. CREANTOR

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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