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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302234

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302234

mercredi 28 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302234
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET ARVIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la requête de M. A, technicien informatique au centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe, qui contestait le refus du garde des sceaux de lui accorder un congé bonifié. Le tribunal a jugé que la décision de refus était suffisamment motivée et que l'administration n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que les nécessités de service justifiaient ce refus. La solution s'appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique (article L. 651-1) et du décret n°78-399 du 20 mars 1978 relatif au congé bonifié.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 août 2023 et le 15 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 juin 2023 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a rejeté sa demande de congé bonifié ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministère de la justice de réinstruire sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'insuffisance de motivation dès lors qu'elle ne précise pas quelles sont les nécessités de service ayant justifié le refus opposé à sa demande de congé bonifié ;

- est entachée d'erreurs d'appréciation des conditions auxquelles est soumis l'octroi d'un congé bonifié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le ministre de la justice n'a pas souhaité produire d'observation.

Par une ordonnance du 2 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 78-399 du 20 mars 1978 ;

- le décret n° 2020-851 du 2 juillet 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Absolon, première conseillère ;

- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, qui exerce les fonctions de technicien informatique au centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe, a, par courrier du 10 février 2023, demandé l'octroi d'un congé bonifié pour la période du 13 juillet 2023 au 12 août 2023. Par une décision du 19 juin 2023, sa demande a été rejetée. Par le présent recours, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 651-1 du code général de la fonction publique :

" Le fonctionnaire territorial ou le fonctionnaire hospitalier dont le centre des intérêts matériels et moraux est situé en Guadeloupe, en Guyane, à la Martinique, à Mayotte, à La Réunion, à Saint-Barthélemy, à Saint-Martin ou à Saint-Pierre-et-Miquelon exerçant ses fonctions sur le territoire européen de la France bénéficie du régime de congé bonifié institué pour les fonctionnaires de l'Etat dans la même situation. ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 5 du décret du 20 mars 1978 relatif à la prise en charge des frais de voyage du congé bonifié accordé aux magistrats, aux fonctionnaires civils de l'Etat et aux agents publics de l'Etat recrutés en contrat à durée indéterminée, dans sa rédaction issue du décret du 2 juillet 2020 portant réforme des congés bonifiés dans la fonction publique : " L'intéressé qui remplit les conditions de prise en charge par l'Etat des frais de transport peut, sous réserve des nécessités de service, bénéficier de cette prise en charge dans un délai de douze mois à compter de l'ouverture de son droit à congé bonifié prévue par l'article 9 du présent décret. ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " Les personnels mentionnés à l'article 1er peuvent bénéficier des dispositions du présent décret lorsque la durée prévue des congés dans la collectivité où se situe le centre de leurs intérêts moraux et matériels n'excède pas trente-et-un jours consécutifs. ". La durée de congé bonifié pouvait, avant le décret du 2 juillet 2020, être portée jusqu'à soixante-cinq jours consécutifs. Aux termes de l'article 9 du décret du 20 mars 1978 modifié relatif à la prise en charge des frais de voyage du congé bonifié accordé aux magistrats, aux fonctionnaires civils de l'Etat et aux agents publics de l'Etat recrutés en contrat à durée indéterminée : " La durée minimale de service ininterrompue qui ouvre à l'intéressé le droit à un congé bonifié est fixée à vingt-quatre mois. / Les différents congés prévus à l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, excepté ceux mentionnés au 4°, et les périodes de stage d'enseignement ou de perfectionnement n'interrompent pas la durée de service prise en compte pour l'ouverture du droit au congé bonifié. Toutefois, lorsqu'au cours de la même année le magistrat, le fonctionnaire ou l'agent public recruté en contrat à durée indéterminé a bénéficié à ces divers titres de la prise en charge par l'Etat des frais de voyage pour se rendre en dehors de la collectivité ou du territoire européen de la France où il exerce ses fonctions, et qu'il remplit les conditions pour avoir droit à un congé bonifié, il ne peut prétendre à la prise en charge par l'Etat que du seul voyage occasionné par la maladie ou le stage. / La durée du congé bonifié, est incluse dans la durée minimale mentionnée ci-dessus. ". Cette durée minimale de service ininterrompue était, avant la modification opérée par le décret du 2 juillet 2020, de trente-six mois. Enfin, l'article 26 du décret du 2 juillet 2020 portant réforme des congés bonifiés dans la fonction publique : " A titre transitoire, les magistrats, les fonctionnaires civils de l'Etat, les fonctionnaires territoriaux et les fonctionnaires hospitaliers qui, à la date d'entrée en vigueur du présent décret, remplissent les conditions fixées respectivement à l'article 1er du décret du 20 mars 1978 mentionné ci-dessus, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur du présent décret, au deuxième alinéa du 1° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée ou au deuxième alinéa du 1° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée peuvent opter : / 1° Soit pour le bénéfice d'un dernier congé bonifié attribué dans les conditions fixées par les textes réglementaires modifiés par le présent décret, dans leur rédaction antérieure à l'entrée en vigueur du présent décret, et utilisé dans un délai de douze mois à compter de l'ouverture du droit à ce congé bonifié ; / 2° Soit pour l'application immédiate des conditions fixées par ces textes réglementaires dans leur rédaction issue du présent décret. ".

3. Il est constant que M. A a déposé une demande d'octroi de congé bonifié concernant la période du 13 juillet 2023 au 12 août 2023. En application des dispositions citées au point précédent, le requérant, recruté en qualité de fonctionnaire stagiaire le 4 juin 2012, pouvait ainsi bénéficier de tels congés tous les trente-six mois à compter de sa date de nomination, ce droit lui étant ouvert pendant une période de douze mois. En application des dispositions transitoires prévues à l'article 26 du décret du 2 juillet 2020, M. A a fait valoir son droit à congé bonifié sur la période du 24 juin 2021 au 27 août 2021 conformément aux anciennes dispositions applicables ouvrant droit à un congé bonifié d'une durée maximale de soixante-cinq jours après une période de service ininterrompue de trente-six mois. Une nouvelle période de douze mois s'est ensuite ouverte à compter du 4 juin 2023 jusqu'au 4 juin 2024, après écoulement d'une période de vingt-quatre mois, pendant laquelle M. A pouvait bénéficier d'un congé bonifié. Ainsi, dès lors que la demande de M. A figurait dans cette période, le garde des sceaux, ministre de la justice a fait une inexacte application des dispositions citées au point 2 en estimant que l'agent était hors période de droit.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il ne soit besoin de statuer sur les autres moyens, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 juin 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Dès lors que la période pour laquelle M. A a demandé le bénéfice d'un congé bonifié est écoulée, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de réinstruire cette demande.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du garde des sceaux, ministre de la justice du 19 juin 2023 est annulée.

Article 2 : L'État versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Marchand, président,

- Mme Absolon, première conseillère,

- M. Pringault, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2025.

La rapporteure,

Signé

C. ABSOLON

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

D. DUBOST

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

D. DUBOST

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