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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302270

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302270

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL CHRISTOPHE LAUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 août 2023, le 12 octobre 2023 et le 25 août 2024, M. A B, représenté par Me Launay, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2023 par laquelle le maire de la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau lui a délivré un certificat d'urbanisme déclarant non réalisable l'opération consistant en la rénovation d'une maison d'habitation ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel réalisable pour l'opération envisagée dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ou, subsidiairement, d'instruire à nouveau la demande de certificat d'urbanisme déposée le 3 mars 2023, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le maire de la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau ne pouvait se prévaloir du règlement de défense extérieure contre l'incendie, lequel n'est pas opposable à une demande de certificat d'urbanisme ;

- en délivrant un certificat d'urbanisme d'opération non réalisable sur le fondement des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le maire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires enregistrés le 29 septembre 2023 et le 8 août 2024, la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau, représentée par la SCP Ferretti Hurel Leplatois, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sénécal, rapporteure,

- les conclusions de Mme Remigy , rapporteure publique,

- et les observations de Me Launay, représentant le requérant, et de Me Hurel, représentant la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 mars 2023, M. A B a déposé une demande de certificat d'urbanisme pour son projet de rénovation d'une ancienne maison, située au lieu-dit La Rairie sur le terrain cadastré n° 619 ZC 69 à Sainte-Marie-Outre-l'Eau. Par la décision attaquée du 7 juillet 2023, le maire de la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau lui a délivré un certificat d'urbanisme déclarant non réalisable l'opération envisagée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour décider que le projet de M. B n'était pas réalisable en application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le maire de la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau a considéré que le terrain d'assiette du projet n'est pas desservi par la défense incendie et que le premier point d'eau incendie est situé à plus de 400 mètres alors que le schéma départemental de défense incendie requiert un potentiel hydraulique supérieur à 30 m3, situé à moins de 400 mètres du risque à défense, s'agissant des maisons d'habitation d'une surface de plancher inférieure à 250 m2. Si les prescriptions de ce règlement relèvent d'une législation distincte et ne sont pas directement opposables aux autorisations d'urbanisme, le règlement départemental de la défense extérieure contre l'incendie peut être pris en compte comme élément d'appréciation pour l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Toutefois, il ressort du premier mémoire en défense de la commune que le maire a estimé que ce règlement prévalait sur l'avis favorable qu'il avait donné au projet, ce qui révèle qu'il s'est cru, à tort, lié par le règlement de défense extérieure contre l'incendie. Dans ces conditions, le maire de la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau a commis une erreur de droit et, par suite, entaché sa décision d'illégalité.

3. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, à la date de la décision attaquée, aucun autre moyen n'est de nature à justifier son annulation.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 7 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

6. L'annulation par le présent jugement du certificat d'urbanisme du 7 juillet 2023, lequel n'est pas au nombre des décisions valant " autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ", n'implique que le réexamen de la demande de certificat d'urbanisme présentée par M. B. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau demande au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 juillet 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau de se prononcer à nouveau sur la demande de certificat d'urbanisme présentée par M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Sainte-Marie-Outre-l'Eau.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- Mme Sénécal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

I. SENECAL

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUD La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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