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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302290

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302290

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés sous le numéro 2302290 le 30 août 2023, le 13 septembre 2023 et le 14 mars 2024, M. A D, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite du 30 mai 2023 par laquelle le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. D soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- n'est pas motivée ;

- méconnaît l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

II. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées sous le numéro 2400586 le 5 mars 2024, le 7 mars 2024 et le 18 avril 2024, M. A D, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. D soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 mars 2024 et 19 avril 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- et les observations de Me Cavelier, représentant M. D.

Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, de nationalité congolaise, né le 1er janvier 1985 à Kinshasa (République Démocratique du Congo), a déclaré être entré en France le 24 août 2015 pour y solliciter l'asile. Le 29 septembre 2017, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Le 4 juin 2018, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé la décision de refus. Par un arrêté du 22 juin 2018, l'autorité préfectorale a pris à son encontre une mesure d'éloignement. Le 30 janvier 2023, M. D a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision implicite du 30 mai 2023, dont il est demandé l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande. Par un arrêté du 29 janvier 2024, dont il est demandé l'annulation, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. D ayant déposé deux demandes d'aide juridictionnelle sur lesquelles il a été statué, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision implicite de refus de séjour :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête, dirigées contre la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. D, doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet du Calvados a explicitement rejeté cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté préfectoral du 29 janvier 2024 :

En ce qui concerne les moyens communs à aux décisions attaquées :

5. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 14-2023-243 du 4 octobre 2023, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme B C, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau du séjour, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

6. En second lieu, la décision de refus de titre de séjour doit être motivée en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Calvados a, par un arrêté du 29 janvier 2024, expressément rejeté la demande de M. D. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 3 du présent jugement, cette décision s'étant substituée à la décision implicite de rejet initialement intervenue sur sa demande, les conclusions dirigées à l'encontre de la décision implicite de rejet doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du préfet du Calvados du 29 janvier 2024 en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour. L'arrêté du 29 janvier 2024, qui comporte l'énonciation des considérations de droit et de fait qui fondent le refus de séjour, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être rejeté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

9. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger justifie de trois années d'activité ininterrompues dans un organisme de travail solidaire, qu'un rapport a été établi par le responsable de l'organisme d'accueil, que l'intéressé ne vit pas en état de polygamie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

10. Il ressort des pièces du dossier, en particulier d'un rapport de l'association Emmaüs 14, que M. D est accueilli par cet organisme en tant que compagnon depuis janvier 2020 et qu'il travaille au tri et recyclage des dons avec un volume horaire de 39 heures par semaine. Selon ce rapport, M. D s'investit et est apprécié de ses collègues. Toutefois, concernant ses perspectives d'intégration, le requérant ne justifie pas avoir suivi de formation professionnelle à la date de la décision attaquée ni exercé d'autres activités bénévoles, en dépit de sa durée de présence en France. Compte tenu de ces éléments, le préfet du Calvados a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de délivrer à M. D un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En second lieu, le requérant fait valoir qu'il entretient une relation avec une compatriote et qu'un enfant est né de cette relation le 16 juin 2016. Toutefois, M. D n'établit pas la réalité de sa relation, en particulier une vie commune, le rapport de l'association Emmaüs 14 faisant état d'une impossibilité pour le père d'accueillir son fils en résidence alternée en l'absence de logement personnel. Il ressort des pièces du dossier que sa compagne est en situation irrégulière suite à un refus de titre de séjour du préfet du Calvados. Si le requérant allègue que son fils bénéficie d'une participation à un groupe thérapeutique au sein du centre hospitalier d'Aunay-Bayeux pour des problèmes de comportement, il n'est pas établi que le suivi médical ou sa scolarité ne pourrait pas se poursuivre en République démocratique du Congo. Ainsi, la cellule familiale pourra se reconstituer dans le pays d'origine. Le requérant déclare également ne pas être dépourvu de lien avec son pays d'origine où résident selon ses déclarations ses parents, un frère et une sœur ainsi que deux de ses enfants mineurs. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision portant l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés dans la cadre de l'examen de la légalité du refus de séjour, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Calvados aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation du requérant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

14. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés dans la cadre de l'examen de la légalité du refus de séjour, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Calvados aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation du requérant. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté.

16. Il résulte de ce tout qui précède que l'ensemble de la requête de M. D doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

N°s 2302290-2400586

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