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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302375

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302375

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 septembre et 12 octobre 2023, Mme A D épouse B, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2023 par lequel le préfet de l'Orne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un titre de séjour d'un an ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

S'agissant de la décision portant refus d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa demande ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistrés les 26 septembre et 13 octobre 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani,

- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,

- et les observations de Me Cavelier, avocat de Mme B.

Une note en délibéré, présentée par Mme B, a été enregistrée le 22 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, déclare être entrée irrégulièrement sur le territoire français le 17 avril 2019. Le 27 septembre 2022, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 10 août 2023, le préfet de l'Orne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B a déposé une demande d'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande tendant à ce qu'elle soit admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions précitées.

Sur la décision portant refus d'un titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le 27 septembre 2022, Mme B a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courrier du 6 mars 2023, Mme B a informé le préfet de l'Orne qu'elle entendait apporter des précisions à sa demande, restée sans réponse, et a indiqué qu'elle sollicitait une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courrier du 21 mars 2023, le préfet de l'Orne a accusé réception de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour à la date du 28 février 2023. Le préfet de l'Orne, qui ne conteste pas avoir été saisi d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se borne à indiquer dans ses écritures en défense qu'il a examiné la situation de Mme B au regard de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont les stipulations, qui ont le même objet et poursuivent les mêmes finalités que celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, conduisent à un examen identique de la situation de l'intéressée sur ces deux fondements. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté en litige que si le préfet de l'Orne, qui n'a au demeurant examiné la situation de l'intéressée au regard de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'a pas en toute hypothèse procédé à l'examen de la demande de titre de séjour au regard des conditions énoncées à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir qu'en ayant ainsi omis de se prononcer sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'il était tenu de le faire, le préfet de l'Orne a entaché la décision portant refus de titre de séjour d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Orne a rejeté sa demande de titre de séjour ainsi que des décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard du motif d'annulation qui le fonde, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de l'Orne, ou le préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de Mme B, réexamine sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Orne d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 10 août 2023 par lequel le préfet de l'Orne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Orne, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de Mme B, de réexaminer sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Cavelier et au préfet de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANI

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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