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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302461

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302461

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302461
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 septembre 2023 et le 14 novembre 2024, M. E, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 20 juillet 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à son profit à compter du 20 juillet 2023 et jusqu'à l'intervention définitive d'une décision relative à sa demande d'asile, et ce dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

M. B soutient que la décision :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît le principe du contradictoire ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnait l'article L. 550-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 20 de la directive " accueil " 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil 26 juin 2013 ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive " accueil " 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Martinez a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant iranien, né le 10 avril 1992, a présenté, le 6 mars 2023, une demande d'asile et accepté les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été alors proposées. Par une décision du 20 juillet 2023, dont il demandé l'annulation, la directrice territoriale de Caen de l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 21 juin 2023, régulièrement publiée et consultable sur le site internet de l'OFII, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme C A, directrice territoriale de Caen, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des missions dévolues à la direction de Caen. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ;/ ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; /ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. /En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites (). / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. / 6. Les Etats membres veillent à ce que les conditions matérielles d'accueil ne soient pas retirées ou réduites avant qu'une décision soit prise conformément au paragraphe 5 ". Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes / 4° Il a dissimulé ses ressources financières / 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale / 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes (). La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été invité, par un courrier du 28 juin 2023, à présenter ses observations sur l'intention de l'OFII de cesser de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il a présenté ses observations par un courrier du 12 juillet 2023 et la décision critiquée a été prise le 20 juillet 2023. Le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire manque dès lors en fait et doit être écartée.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé alors qu'il était en rétention administrative, une demande d'asile le 9 décembre 2022 sous l'identité de M. E rejetée le 13 décembre 2022 et à l'encontre de laquelle il a formé appel auprès de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 décembre 2022. L'intéressé a également présenté une nouvelle demande d'asile auprès de la préfecture de police sous le nom de M. D B le 3 mars 2023. A l'occasion de cette seconde demande d'asile, il a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité et a accepté les conditions matérielles d'accueil le 6 mars 2023. Si le requérant a signalé une erreur d'orthographe de son nom de famille à l'occasion de l'entretien de vulnérabilité, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait signalé l'existence d'une procédure de demande d'asile en cours en attente d'une décision de la CNDA, laquelle a définitivement rejeté son recours le 12 juin 2023. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la directrice territoriale de l'OFII a pu légalement, sans commettre d'erreur de droit ni de fait, prononcer la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il aurait déposé deux demandes d'asile sous des identités différentes. Les moyens doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des conclusions de M. B doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E, à Me Bernard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

La présidente,

Signé

H. ROULAND-BOYER

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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