lundi 9 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2302592 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | URGENCE- Etrangers |
| Avocat requérant | TSARANAZY |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2305158 en date du 3 octobre 2023, le président de la
5e chambre du Tribunal administratif de Rennes a transmis au Tribunal administratif de Caen la requête de M. A Aymel.
Par cette requête enregistrée au Tribunal administratif de Caen le 4 octobre 2023 sous le n° 2302592, M. Aymel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :
1°) de lui accorder l'assistance d'un avocat commis d'office ;
2°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023, notifiée le 25 juillet 2023, par lequel le préfet du Calvados a fixé le pays à destination duquel il doit être reconduit en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire prononcée à son encontre.
M. Aymel soutient que :
- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;
- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et 122-1 du code des relations entre le public et l'administration sur le respect d'une procédure contradictoire préalable ;
- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu des risques de persécution qu'il encourt en cas de retour en Libye.
Par un mémoire et une lettre enregistrés les 2 et 5 octobre 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2011/95 (UE) ;
- le code des relations entre le public et l'administration (CRPA) ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal administratif de Caen en date du 1er septembre 2023 a désigné M. B pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Kouassi, représentant M. Aymel, avocat commis d'office.
Une note en délibéré présentée pour M. Aymel a été enregistrée le 6 octobre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A Aymel, se déclarant né le 1er mars 1993 à Jouy en Libye, déclare être entré en France de manière irrégulière le 1er janvier 2013. Le 16 novembre 2022, le tribunal judiciaire de Caen a condamné l'intéressé à une peine de douze mois d'emprisonnement assorti d'une interdiction judiciaire du territoire de cinq ans. Cette décision a été confirmée par la Cour d'Appel de Caen le 20 mars 2023. La demande d'asile qu'il a formé en détention a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 11 avril 2023. M. Aymel a été invité à présenter des observations quant à la détermination du pays de destination vers lequel il pourrait être reconduit. Il a présenté des observations le 13 juillet 2023. Par arrêté en date du 18 juillet 2023, notifié le 25 juillet 2023, le préfet du Calvados a pris à son encontre une décision fixant comme pays de destination la Libye, pays dont il a déclaré avoir la nationalité. Il était placé en rétention administrative par décision en date du 21 septembre 2023 par le préfet du Calvados, quand il a introduit le présent recours contre la décision fixant le pays de destination. Par décision du juge des libertés et de la détention, il a été remis en liberté le 23 septembre 2023. Le jour même, le préfet du Calvados l'a placé en assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la régularité de la procédure :
2. Au cours de l'audience et encore par note en délibéré, le conseil de M. Aymel a fait valoir qu'il n'avait pu entrer en contact avec son client, ce qui méconnaît les droits de la défense et le principe d'un procès équitable. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. Aymel a fait l'objet d'une levée d'écrou le 22 septembre 2023, alors qu'il avait été placé en rétention administrative la veille par décision du préfet du Calvados. La maison d'arrêt de Caen dans laquelle il a été écroué ne lui connaît pas d'adresse. Après sa libération de rétention administrative par le juge des libertés et de la détention le 23 septembre 2023, il a été placé en assignation à résidence, avec obligation de présentation au commissariat. Cette décision lui a été notifiée en personne le jour même à 18h05. Alors qu'il ne s'est présenté, à la date de l'audience, à aucune de ces obligations de présentation, l'autorité administrative ne lui connaît depuis sa levée d'écrou aucune adresse. M. Aymel n'a communiqué qu'un numéro de téléphone auquel il n'a pu être joint, ni par l'autorité administrative, ni par son conseil.
3. Dans le cadre de la présente instance, M. Aymel a présenté des moyens et conclusions contre la décision fixant le pays de destination. Si son conseil, commis d'office après la formulation de ces premiers moyens et conclusions, indique qu'il n'a pu s'entretenir avec son client, ce dernier ne s'est pas mis en capacité de recevoir l'assistance de l'avocat dont il avait demandé la commission d'office. Au demeurant, aucune autre décision que celle concernant le pays de destination ne fait l'objet de conclusions ou de moyens. Dans ces conditions, la présente procédure n'a méconnu ni les droits de la défense, ni le droit à un procès équitable et ces moyens doivent, par suite, être écartés.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
5. M. Aymel a bénéficié à l'audience de l'assistance d'un avocat commis d'office. Il n'a pas indiqué vouloir renoncer au bénéfice de cette commission d'office. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans le cadre de la présente instance.
Sur les conclusions en annulation :
6. Par un arrêté du préfet du Calvados du 1er juin 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, M. D C, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement, a reçu délégation à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés et décisions prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
7. La décision en litige fait mention, au titre des considérations de droit, des dispositions de l'article L. 721-3 du CESEDA, qui prévoient la possibilité de fixer le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé un étranger en application d'une peine d'interdiction du territoire français. Elle fait encore mention, au titre des considérations de fait, que le requérant a fait l'objet d'une telle décision confirmée par la Cour d'appel de Caen le 20 mars 2023. Elle est par suite suffisamment motivée.
8. Aux termes de l'article L. 121-2 du CRPA : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". La décision fixant le pays à destination duquel un étranger doit être éloigné en vue de l'exécution d'une mesure judiciaire d'interdiction du territoire français constitue une mesure de police qui est soumise aux dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence d'une procédure contradictoire particulière prévue avant l'édiction d'une telle décision.
9. Il ressort des pièces du dossier que par une lettre datée du 11 juillet 2023 et notifiée le 12 juillet suivant à 16h50, le préfet du Calvados a informé M. Aymel de ce qu'il envisageait de l'éloigner à destination de la Libye et a formulé une demande d'observations. M. Aymel a pu formuler des observations selon lesquelles il a quitté son pays à cause de la guerre, vouloir rester en France, et craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Il n'a pas demandé à être entendu à nouveau ni à présenter des observations écrites complémentaires avant que la décision attaquée ne lui soit notifiée le 25 juillet 2023. Dès lors, le requérant, qui a pu faire valoir ses observations, n'est pas fondé à soutenir que cette décision n'aurait pas été précédée d'une procédure contradictoire régulière. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
10. Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 :
" 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. \ 2. Le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois être invoqué par un réfugié qu'il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays où il se trouve ou qui, ayant été l'objet d'une condamnation définitive pour un crime ou délit particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays ". Aux termes de l'article 2 d) de la directive n° 2011/95 (UE) du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 concernant les normes relatives aux conditions que doivent remplir les ressortissants des pays tiers ou les apatrides pour pouvoir bénéficier d'une protection internationale, à un statut uniforme pour les réfugiés ou les personnes pouvant bénéficier de la protection subsidiaire, et au contenu de cette protection : " Aux fins de la présente directive, on entend par : / () d) " réfugié ", tout ressortissant d'un pays tiers qui, parce qu'il craint avec raison d'être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de ses opinions politiques ou de son appartenance à un certain groupe social, se trouve hors du pays dont il a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays, ou tout apatride qui, se trouvant pour les raisons susmentionnées hors du pays dans lequel il avait sa résidence habituelle, ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut y retourner et qui n'entre pas dans le champ d'application de l'article 12 () ". Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du CESEDA : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
11. En se bornant à soutenir que sa vie est menacée en cas de retour en Libye, M. Aymel n'établit pas qu'il risquerait d'être personnellement et directement exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors au demeurant que sa demande d'asile en cours de détention a été rejetée. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations et dispositions de l'article 33 de la convention de Genève, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la directive n° 2011/95 (UE) du 13 décembre 2011 ainsi que de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. Aymel est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A Aymel et au préfet du Calvados.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
B. BLe greffier,
signé
J. MARTIN
La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Tabourel
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026