jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2302637 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | AARPI CONCORDANCE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 23 octobre 2023, Mme A C, représentée par Me Balouka, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 6 septembre 2023 par laquelle le préfet du Calvados a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados d'examiner sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est présumée en cas de renouvellement de titre de séjour ;
- elle vit en France depuis vingt ans, a bénéficié d'un contrat de travail à durée indéterminée pendant cinq ans et travaille désormais par le biais de chèques emploi service auprès de plusieurs particuliers employeurs ;
- la décision de classement fait obstacle à la poursuite de ses contrats de travail ;
- elle vit seule et assure la charge de ses deux enfants ;
- elle a toujours répondu aux convocations et entrepris les démarches en temps utile ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- il appartient au préfet d'établir que l'auteur de la décision attaquée bénéficiait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- elle a déposé le 19 août 2023 une demande de renouvellement de titre de séjour ; les services de la préfecture ont accusé réception de cette demande le 6 septembre 2023 ; ainsi, elle n'a pas pu être convoquée à deux reprises dans un laps de temps aussi court ; ces convocations, qui n'apparaissent pas sur son dossier en ligne, ne lui ont jamais été envoyées ; dès lors, la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;
- elle vit en France depuis plus de vingt ans, avec ses deux enfants, qui ont la nationalité française ; elle travaille et toute sa vie professionnelle, sociale et familiale est située en France ; dès lors, la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requérante n'a pas fourni les pièces sollicitées à plusieurs reprises par le préfet ;
- rien ne s'oppose à ce qu'elle dépose un dossier complet comprenant l'ensemble des pièces nécessaires à l'instruction de sa demande ;
- elle est en possession d'un récépissé valable jusqu'au 1er novembre 2023 ;
- dès lors, la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- elle a été convoquée par des messages des 24 et 31 août 2023 envoyés à l'adresse mail qu'elle avait communiquée ;
- lors du dépôt de sa première demande du 18 avril 2023, elle a été invitée à fournir des justificatifs récents de l'entretien de relations certaines et continues avec les membres de sa famille installés en France ; le bureau du séjour lui a laissé à deux reprises, par des messages des 17 mai et 6 juillet 2023, un délai de quinze jours pour apporter les pièces demandées ; dès lors, aucune erreur de fait ne peut être invoquée ;
- sa demande n'ayant pu être instruite en l'absence des pièces nécessaires à l'instruction, le classement sans suite ne constitue pas une décision susceptible de recours ; dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.
Mme C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 4 octobre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 octobre 2023 sous le n° 2302638 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision du préfet du Calvados procédant au classement sans suite de sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bénis, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations :
- de Me Balouka, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle précise que, pour la demande déposée en avril 2023, la convocation a été envoyée sur son adresse mail alors que les demandes de justificatifs ont été envoyées sur la plateforme internet ; elle a fourni des justificatifs complémentaires à l'appui de sa demande du 19 août 2023.
Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été différée au 25 octobre 2023 à 18 heures, en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Des pièces ont été produites par la requérante, qui ont été communiquées à la préfecture du Calvados par courriel le 25 octobre 2023 à 15 h 37.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, de nationalité géorgienne, est entrée en France le 18 septembre 2002 selon ses déclarations. Elle bénéficiait depuis 2007 d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " renouvelée régulièrement, puis à compter du 13 juillet 2017 d'une carte de séjour pluriannuelle, renouvelée en dernier lieu le 13 juillet 2021 pour une durée de deux ans. Elle a sollicité en ligne le 18 avril 2023 sur le site internet " démarches simplifiées.fr " le renouvellement de ce titre de séjour et obtenu un récépissé valable jusqu'au 1er novembre 2023. Elle a déposé en ligne le 24 août 2023 une demande de renouvellement de son titre de séjour. Par un courriel du 6 septembre 2023, les services de la préfecture du Calvados ont classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour. La requérante demande la suspension de l'exécution de ce classement sans suite.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi ci-dessus mentionnée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet :
3. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet, qui indique avoir adressé deux convocations à Mme C à la suite du dépôt le 19 août 2023 de sa demande de renouvellement de titre de séjour, doit être regardé comme refusant de poursuivre l'instruction de cette demande. Dès lors, la fin de non-recevoir soulevée par le préfet, tirée de ce que le classement sans suite ne constitue pas une décision faisant grief, ne saurait être accueillie.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
6. Par la décision attaquée, le préfet du Calvados a classé sans suite la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme C. La requérante fait valoir que son récépissé arrive à expiration le 1er novembre 2023, qu'elle vit en France depuis vingt ans, qu'elle assure la charge de ses deux enfants et qu'elle travaille par le biais de chèques emploi service auprès de plusieurs particuliers employeurs. Ainsi, la requérante justifie d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale et donc, de l'urgence qui s'attache à ce que soit prononcée une mesure en référé sans attendre le jugement au fond.
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
7. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande () ".
8. Il résulte de l'instruction que Mme C, qui a déposé une première demande de renouvellement de son titre de séjour le 18 avril 2023 sur le site internet " démarches simplifiées.fr ", s'est rendue le 2 mai 2023 à un entretien à la préfecture, au cours duquel lui a été remis un récépissé valable jusqu'au 1er novembre 2023. Sa demande a été classée sans suite le 20 juillet 2023 au motif qu'elle n'avait pas transmis les pièces justificatives nécessaires à l'instruction de sa demande. La requérante a déposé le 19 août 2023 une nouvelle demande de renouvellement de titre de séjour. Par un message adressé sur la plateforme internet " démarches simplifiées.fr ", les services de la préfecture ont informé Mme C que cette demande était classée sans suite au motif que la requérante ne s'était pas présentée à deux convocations adressées par mail les 24 et 30 août 2023. Or, il ressort de l'historique du dossier que la demande est en instruction depuis le 6 septembre 2023. En outre, à la différence du premier classement sans suite, et contrairement à ce que soutient le préfet en défense, ce classement sans suite n'est pas fondé sur le caractère incomplet du dossier. A cet égard, il ressort des pièces versées à l'instance que Mme C a joint à sa nouvelle demande huit pièces justificatives supplémentaires. Compte tenu de ces éléments, le moyen tiré de l'erreur de fait entachant d'illégalité la décision de classement sans suite, est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision préfectorale de classement sans suite du 6 septembre 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à Mme C un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
11. Mme C est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Balouka renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Balouka de la somme de 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à Mme C.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du 6 septembre 2023 par laquelle le préfet du Calvados a classé sans suite la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme C, est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à Mme C un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve que Me Balouka renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Balouka une somme de 500 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à Mme C.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à Me Balouka et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Calvados et au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Caen, le 26 octobre 2023.
Le juge des référés,
Signé
F. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026