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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302661

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302661

vendredi 12 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantHOURMANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Hourmant, demande au tribunal :

1°) de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Hourmant, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Hourmant renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision portant refus d'un titre de séjour :

- elle est illégale, faute d'avis régulièrement émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'arrêté ne vise pas l'accord franco-marocain.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale refusant de lui délivrer un titre de séjour et d'une décision illégale l'obligeant à quitter le territoire français.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 novembre 2023 et 14 novembre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 septembre 2023.

Par une ordonnance du 17 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016, relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pillais a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, a demandé le 3 août 2022 le renouvellement d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 mars 2023, le préfet du Calvados a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. () ".

3. M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle, réceptionnée par le bureau de l'aide juridictionnelle le 7 avril 2023 sur laquelle il a été statué le 19 septembre 2023. L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A. Par suite il n'y a pas lieu d'admettre à titre provisoire M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la décision portant refus d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () / Il transmet son rapport médical au collège de médecins. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " () Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a refusé d'admettre M. A au séjour pour raisons médicales après avoir recueilli l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, émis le 20 janvier 2023 au vu d'un rapport établi le 29 décembre 2022 par un autre médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'ayant pas siégé au sein du collège en cause. M. A ne produit pas d'élément permettant d'infirmer les mentions de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lesquelles le médecin instructeur n'a pas pris part au délibéré du collège des médecins. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure non conforme aux dispositions des articles L. 425-9 et des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016.

6. En deuxième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour et dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité pour celui-ci de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et, en cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. M. A soutient d'une part, qu'il est désormais en rémission d'un cancer des voies oto-rhino-laryngologiques de niveau 4 mais nécessite des contrôles réguliers au sein des structures spécialisées à Caen, où il a bénéficié d'un traitement médical par chimiothérapie, radiothérapie et immunothérapie qui s'est achevé le 15 juin 2021, et que des consultations sont programmées à cet effet et qu'il fait l'objet d'un suivi psychologique particulier en raison de son état dépressif. Il soutient d'autre part que, compte tenu de l'offre de soins au Maroc dans sa région d'origine et de la faiblesse de ses ressources, il ne pourra pas y bénéficier d'une prise en charge médicale et d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il soutient de troisième part que le collège médical de l'OFII a estimé à tort que sa pathologie lui permettait de voyager vers son pays d'origine. Toutefois, la seule invocation de données générales relatives du système de santé au Maroc ne permet pas de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel le défaut de prise en charge de son état de santé ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il pourrait bénéficier de manière effective d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que son état de santé lui permettrait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En troisième lieu si le requérant soutient que l'acte contesté est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il ne vise pas l'accord franco-marocain, la circonstance que la décision contestée n'est pas motivée en droit par une disposition précise de l'accord franco-marocain est sans incidence sur sa légalité, dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur cet accord pour prendre la décision contestée. Ce moyen doit par suite être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, par un arrêté du 19 janvier 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Calvados, le préfet du Calvados a donné nominativement délégation à la cheffe du bureau du séjour du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, signataire de la décision attaquée, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, l'habilitant à signer la mesure d'éloignement contestée. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'incompétence doit être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Si M. A soutient qu'il a quitté le Maroc en 2011, qu'entré en France le 21 juin 2020, il s'est marié traditionnellement avec une compatriote titulaire d'une carte de séjour et n'est pas retourné dans son pays d'origine depuis douze ans, qu'il fait des efforts d'intégration importants et a été embauché en contrat à durée indéterminée à compter du 1er janvier 2023, à l'issue d'un contrat à durée déterminée conclu en décembre 2022, M. A est célibataire sans charge de famille et ne justifie pas d'une vie de couple stable avec sa conjointe qui, selon ses déclarations, l'a chassé de son domicile. Par ailleurs, M. A est arrivé récemment en France. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

14. En second lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui précède que les moyens soulevés par M. A contre la décision de refus de titre de séjour et contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français doivent être écartés, le moyen tiré de ce que la décision attaquée portant fixation du pays d'éloignement reposerait sur un refus de séjour illégal et une mesure d'éloignement illégale doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Hourmant et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHANDLa greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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