jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2302707 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BLACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Blache, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2023 par lequel le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " travailleur temporaire " ou, subsidiairement, mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
- les justificatifs d'état civil qu'il a produit ne sont entachés d'aucune fraude ;
- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
-il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024 du président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Remigy ;
- et les observations de Me Blache, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain, est entré irrégulièrement en France le 2 novembre 2020, selon ses déclarations, et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, auprès desquels il a été provisoirement placé par ordonnance du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Caen du 4 décembre 2020 puis dans le cadre de contrats d'accueil provisoire de jeune majeur entre le 8 avril 2022 et le 7 octobre 2022 et entre le 8 août 2023 et le 7 novembre 2023. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de jeune majeur sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 22 avril 2022. Par la décision attaquée du 29 août 2023, le préfet du Calvados a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
3. Il résulte de ces dispositions que, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ou travailleur temporaire, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient, ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
4. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, le préfet du Calvados a estimé, d'une part, que les documents d'état civil présentés par le requérant à l'appui de sa demande étaient entachés de fraude, de sorte qu'il n'était pas établi qu'il avait été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance avant ses dix-huit ans, d'autre part, que l'intéressé ne justifiait pas d'une intégration suffisante dans la société française pour pouvoir bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées.
5. D'une part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° les documents justifiant de son état civil ; 2° les documents justifiant de sa nationalité ; () ". L'article L. 811-2 du même code prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. L'article 47 du code civil précise que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
6. Pour considérer que M. A ne justifiait pas de son état civil, le préfet s'est fondé sur la circonstance que la consultation du fichier Visabio avait permis de constater que le requérant avait précédemment sollicité un visa auprès du consulat général d'Espagne à Agadir, en mentionnant le 8 avril 1996 comme sa date de naissance. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, pour justifier de son identité, et en particulier de son âge, M. A a produit, devant les services de la préfecture, un extrait d'acte de naissance daté du 16 décembre 2020, dont l'authenticité a fait l'objet d'un avis favorable des services spécialisés dans la fraude documentaire de la brigade mobile de recherche de Caen, et une copie de sa carte d'identité consulaire marocaine établie par le consulat du Royaume du Maroc à Rennes le 17 juin 2022. Or, en se bornant à soutenir que les éléments contenus dans ces documents ne sont pas cohérents avec les informations figurant sur le visa sollicité par l'intéressé le 19 septembre 2019, que le requérant soutient avoir obtenu par fraude et qui lui a au demeurant été refusé, le préfet ne peut être regardé comme apportant la preuve qui lui incombe du caractère non conforme à la réalité des actes en question. Dès lors, en retenant que les documents d'état civil produits par l'intéressé ne pouvaient être regardés comme faisant foi, le préfet du Calvados a entaché la décision attaquée d'illégalité.
7. D'autre part, M. A qui, comme exposé au point précédent, rempli la condition d'âge fixée par les dispositions précitées, justifie suivre avec sérieux, depuis au moins six mois, une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, l'intéressé étant titulaire d'un certificat d'étude professionnelle (CAP) en maçonnerie délivré en juin 2022 et actuellement inscrit, depuis le mois de septembre 2023, en CAP " Métier du Plâtre et Isolation ". Ainsi que le relève lui-même le préfet, le rapport social établi par la structure d'accueil du requérant est très positif et mentionne notamment que l'intéressé, qui a intégré sa première année de formation en septembre 2021, s'est " tout de suite investi ", qu'il montre " une volonté de réussir et de bien faire " et " a donc travaillé sans relâche et est passé d'une moyenne générale de 11,59 au premier semestre à 13,38 au second semestre ", lui permettant de finir l'année avec " les compliments du conseil de classe ". S'il est fait état de difficultés en ce qui concerne sa maitrise de la langue française, le rapport note des progrès et indique que l'intéressé a passé et obtenu le diplôme d'études en langue française niveau A1 en juin 2022, le requérant justifiant en outre avoir obtenu le niveau A2 le 29 juin 2023. M. A a par ailleurs souhaité compléter ses qualifications en participant à diverses formations telles que la formation " montage démontage des échafaudages de pied ", suivie du 1er octobre 2021 au 29 avril 2022, la formation " Sauvetage secourisme du travail " entre les mois de septembre et de novembre 2022 ou encore " prévention des risques liés à l'activité physique " entre le 1er mars et le 30 avril 2023. Enfin, il ressort également du rapport social précité que M. A est " un jeune curieux et dynamique " qui a notamment participé aux visites organisées par la structure d'accueil au Mont Saint-Michel, à Rennes ou à Paris, qu'il se montre ouvert d'esprit et qu'il a su " se créer un cercle social solide ", l'intéressé étant par ailleurs actif en milieu associatif et notamment licencié au club de football d'Hérouville Saint-Clair depuis le mois de septembre 2021. L'ensemble de ces éléments sont de nature à établir, tant le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation que sa bonne intégration dans la société française, qui doit être appréciée notamment au regard de l'avis de la structure qui l'accueille. Dans ces conditions, en dépit de la courte durée de son séjour et de la présence de son oncle et de son père dans son pays d'origine, avec qui il soutient n'avoir que des contacts très limités, le préfet du Calvados a méconnu les dispositions citées au point précédent et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de M. A.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 août 2023 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique que le préfet du Calvados délivre un titre de séjour mention " salarié " ou " travailleur temporaire " à M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai d'un mois. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Blache sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 29 août 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " travailleur temporaire " à M. A dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Blache en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Blache et au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- Mme Sénécal, première conseillère,
- Mme Remigy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.
La rapporteure,
Signé
J. REMIGY La présidente,
Signé
H. ROULAND-BOYER
La greffière,
Signé
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026