mardi 26 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2302747 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 octobre 2023, les 12 et 14 décembre 2023, et des pièces complémentaires enregistrées le 15 décembre 2023, Mme B C, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision implicite du 4 octobre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a rejeté son recours administratif préalable dirigé contre le refus de sa prise en charge en tant que jeune majeur, ensemble la décision du 20 juillet 2023 lui refusant l'octroi d'un contrat jeune majeur ;
3°) d'enjoindre au département de l'Orne de la prendre en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance et d'en définir les modalités, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du département de l'Orne une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le département de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- et les observations de Me Cavelier, représentant la requérante, et celles de Mme A, représentant le département de l'Orne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante ivoirienne née le 18 août 2005 à Mankono (Côte d'Ivoire) selon les documents d'état civil produits, est entrée irrégulièrement en France en août 2018. Elle a été prise en charge à compter du 3 juillet 2019 par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Orne jusqu'à sa majorité, intervenue le 18 août 2023. Mme C a sollicité avant ses 18 ans le bénéfice d'un contrat jeune majeur. Le président du conseil départemental de l'Orne a pris le 20 juillet 2023 une décision de refus en raison notamment de problèmes de comportement de l'intéressée. Mme C a déposé le 4 août 2023 un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, au terme de laquelle une décision implicite de rejet est née en raison du silence gardé par le département. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision de rejet du 4 octobre 2023 de son recours administratif préalable obligatoire, laquelle s'est substituée à la décision initiale de rejet du 20 juillet 2023. Elle demande en outre qu'il soit enjoint au département de l'Orne de la prendre en charge, en application des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code, dans sa rédaction issue de la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : " () : 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article () ".
5. D'une part, il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu renforcer les obligations des départements à l'égard des jeunes majeurs lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité. Les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge à titre temporaire par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisant.
6. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressée s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressée devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.
7. En l'espèce, il n'est pas contesté que Mme C a été confiée aux services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Il résulte de l'instruction que Mme C est hébergée dans un studio pris en charge par le département de l'Orne jusqu'au 20 janvier 2024, qu'elle n'a pas conclu de nouveau contrat d'apprentissage et ne perçoit plus de ressource de la mission locale, et qu'elle ne dispose d'aucun soutien familial ni de lien avec sa famille en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, et dès lors qu'il n'est pas sérieusement contesté qu'elle ne bénéficie d'aucun soutien familial, ni de ressources suffisantes en dépit d'économies estimées à 1 300 euros au moment de sa majorité, le département de l'Orne était légalement tenu de poursuivre sa prise en charge en application des dispositions précitées. Le département fait état d'une fugue de quelques jours de l'intéressée sur Paris en août 2022 en l'absence d'autorisation des services de l'aide sociale à l'enfance, de problèmes comportementaux durant sa minorité prenant la forme de violences verbales et physiques, et d'une instabilité de son projet professionnel, qui feraient obstacle à toute perspective d'insertion sociale et professionnelle. Or, de telles considérations, qui pouvaient être prises en compte dans le cadre du large pouvoir d'appréciation dont disposait auparavant le président du conseil départemental pour accorder ou maintenir la prise en charge d'un jeune majeur, ne sauraient suffire, pour l'application des dispositions du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles issues de la loi du 7 février 2022, à justifier la décision refusant sa prise en charge par l'octroi d'un contrat jeune majeur. Par suite, à la date du présent jugement, Mme C est fondée à soutenir que la décision par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a refusé de la prendre en charge en qualité de jeune majeure méconnaît les dispositions précitées du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être accueilli.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision lui refusant une prise en charge en qualité de jeune majeur.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
10. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que Mme C soit prise en charge en qualité de jeune majeure. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au département de l'Orne de prendre en charge Mme C en qualité de jeune majeure et de lui proposer un contrat adapté à ses besoins et à sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.
Sur les frais liés au litige :
11. Il résulte de ce qui a été exposé au point 3 du présent jugement que Mme C est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge du département de l'Orne la somme de 1 000 euros, à verser à Me Cavelier, conseil de Mme C, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme C.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 4 octobre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a refusé de prendre en charge Mme C en qualité de jeune majeure est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au conseil départemental de l'Orne de prendre en charge Mme C en qualité de jeune majeure et de lui proposer un contrat adapté à ses besoins et à sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le département de l'Orne versera à Me Cavelier une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cavelier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme C.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Cavelier et au département de l'Orne.
Copie sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLANLa greffière,
Signé
C. BENIS
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026