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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302776

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302776

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCE- Etrangers
Avocat requérantABDOU-SALEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 et 30 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Abdou-Saleye, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel le préfet du Calvados l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

Les arrêtés en litige ont été signés par une autorité incompétente ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, d'une part, qu'il justifiait de circonstances particulières tenant à son état de santé l'ayant contraint à se maintenir sur le territoire au-delà de l'expiration de son visa, d'autre part, il a sollicité, une fois rétabli, un titre de séjour, sans qu'il n'y ait lieu de tenir compte de la circonstance que la demande ait été classée sans suite ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ne peut être fondée sur le risque de menace à l'ordre public ;

La décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :

- méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ; le préfet s'est cru tenu de prononcer une interdiction de retour dès lors qu'il n'a pas octroyé de délai de départ volontaire ;

- est disproportionnée compte tenu des circonstances dans lesquelles il est arrivé en France et du fait qu'aucun détournement de visa ne peut lui être reproché ;

La décision portant assignation à résidence :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité entachant les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 et 30 octobre 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- l'avis de dépôt de la demande d'aide juridictionnelle en date du 25 octobre 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 octobre 2023 :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Abdou-Saleye, représentant M. A, qui confirme les conclusions de la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée au terme de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, est entré sur le territoire français le 3 juillet 2017, muni d'un visa court séjour, à l'expiration duquel il s'y est maintenu en situation irrégulière. Le 20 avril 2018, il a présenté une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, qui a été classée sans suite le 4 juin 2019 en raison de son caractère incomplet. Le 23 octobre 2023, M. A a été placé en garde à vue pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis. Par un arrêté du 24 octobre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, dont M. A demande également l'annulation, le préfet du Calvados l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaqués :

3. Par un arrêté du 4 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 14-2023-243 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à l'adjointe au chef du bureau de l'asile et de l'éloignement à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la limite des attributions du bureau de l'asile et de l'éloignement. Par suite, le moyen tiré l'incompétence de la signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est célibataire et sans enfant, ne fait état d'aucune attache privée ou familiale sur le territoire français, où il vivait à la date de la décision attaquée depuis six années, en dehors de la présence d'une cousine à l'égard de laquelle il n'établit pas, ni même n'allègue, entretenir des liens solides. En outre, M. A n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents et son frère. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences en résultant sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français le 3 juillet 2017, muni d'un visa court séjour valable du 22 juin 2017 au 21 septembre 2017. Le 20 avril 2018, soit postérieurement à l'expiration de son visa, l'intéressé a sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Cette demande a été classée sans suite le 4 juin 2019 en raison de son caractère incomplet. A supposer même que M. A n'ait pas été en mesure de déposer une demande de titre de séjour avant l'expiration de son visa, compte tenu de l'hospitalisation dont il a fait l'objet, il n'en demeure pas moins que la demande qu'il a présentée le 20 avril 2018 en qualité d'étranger malade n'était pas complète, sans qu'il ne puisse valablement se prévaloir de la circonstance selon laquelle il n'aurait pas été en mesure de suivre l'évolution de sa demande en raison des déplacements professionnels qu'il a effectués. Il résulte de ce qui précède que M. A, qui ne peut être regardé comme ayant valablement sollicité une demande de titre de séjour faute de production d'un dossier complet, s'est ainsi maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa. Il entre, par suite, dans le champ d'application des dispositions combinées du 3° de l'article L. 612-2 et du 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En second lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision en litige n'est pas fondée sur le motif tiré de ce que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

10. Il résulte de ces dispositions, que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, le préfet assortit sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

11. D'une part, pour les motifs exposés au point 7, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait fondée sur une décision portant refus de délai de départ volontaire illégale doit être écarté.

12. D'autre part, il résulte des développements rappelés au point 11 que le préfet était tenu de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. A dès lors que celui-ci a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français non assortie d'un délai de départ volontaire. M. A ne justifie pas de circonstances humanitaires qui auraient fait obstacle au prononcé de cette interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le préfet du Calvados a pu sans entacher sa décision d'illégalité prendre une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

13. En premier lieu, en l'absence d'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que l'arrêté portant assignation à résidence doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de cette décision.

14. En second lieu, en l'absence de tout élément précis produit par le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences en résultant sur sa situation personnelle.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et de l'arrêté du 24 octobre 2023 portant assignation à résidence de M. A pour une durée de quarante-cinq jours doit être rejetée.

Sur les autres conclusions :

16. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Abdou-Saleye et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. BLa greffière,

Signé

D. LEGOUBIN PERCHERON

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

D. Dubost

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