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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302785

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302785

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAUNOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Launois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

S'agissant de la décision portant refus d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant refus d'un titre de séjour ;

- cette décision ne pouvait être légalement édictée, dès lors qu'elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle a été prise sur le fondement des décisions illégales portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 16 novembre 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani,

- et les observations de Me Launois, avocate de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante haïtienne, est entrée régulièrement sur le territoire français le 10 mai 2012 munie d'un visa Schengen. Elle a vécu en Guyane de 2012 à 2016, année au cours de laquelle elle est arrivée en métropole, accompagnée de ses deux enfants de nationalité française. Elle a ensuite donné naissance à un troisième enfant de nationalité haïtienne. Mme B a bénéficié de plusieurs cartes de séjour, temporaires et pluriannuelle, entre le 4 juin 2015 et le 11 juillet 2019. Le 20 novembre 2020, l'intéressée a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français qu'elle n'a pas exécuté. Le 12 janvier 2023, elle a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 septembre 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de l'Orne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 1122-2023-10009 du 11 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Orne le 22 mai 2023, le préfet de l'Orne a donné délégation à Mme Marie Cornet, secrétaire générale de la préfecture de l'Orne et sous-préfète, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département de l'Orne, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré ce qu'il serait insuffisamment motivé doit être écarté.

Sur la décision portant refus d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Orne aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation de Mme B.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Selon l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est mère de deux enfants de nationalité française, nés en 2014 et 2015 en Guyane, qui ont été reconnus par leur père, M. C, de nationalité française. Pour établir la contribution de celui-ci à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, la requérante produit pour l'essentiel des relevés bancaires de 2017 à 2023 laissant apparaître de rares virements effectués par M. C en 2019 et en 2020. S'il ressort des pièces du dossier que ces virements sont plus réguliers au cours de la période allant de janvier 2023 à août 2023, ces éléments ne sauraient à eux-seuls suffire à établir la contribution effective de M. C à l'entretien et l'éducation de ses deux enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Orne aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation de Mme B.

9. En deuxième lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, si la requérante soutient qu'elle devait se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des développements qui précèdent qu'elle ne remplissait pas les conditions pour l'obtenir.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

12. Mme B soutient qu'elle est arrivée en France en 2012, où réside également sa sœur, qu'elle y vit depuis avec ses trois enfants dont deux ont la nationalité française et qu'elle justifie d'une intégration professionnelle. Toutefois, ces éléments ne sauraient à eux-seuls suffire à établir un ancrage ancien et solide de l'intéressée en France alors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme B est célibataire et qu'elle ne fait pas état, par la seule production d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel du 11 août 2018 au 7 février 2022 et d'un contrat à durée déterminée à temps complet du 6 mars 2023 au 6 août 2023, d'une insertion professionnelle suffisante. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée s'est maintenue sur le territoire français en situation irrégulière à compter de l'expiration de son titre de séjour le 12 juillet 2019 et qu'elle s'est soustraite à une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 10 novembre 2020. Enfin, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine de Mme B, dans lequel elle a vécu jusqu'à ses dix-neuf ans. Compte tenu ce qui précède, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige lui refusant la délivrance d'un titre de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

13. En l'absence d'illégalité relevée à l'encontre des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays d'éloignement serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Launois et au préfet de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANI

Le président,

Signé

A. MARCHANDLa greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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