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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302859

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302859

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302859
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBLACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2023, M. A C, représenté par Me Blache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre de subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Calvados de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat et au profit de son conseil la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour l'avocat de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Par un jugement du 21 décembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Caen a rejeté les conclusions dirigées contre l'arrêté du 21 septembre 2023 en tant qu'il oblige M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays d'éloignement, a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et a renvoyé à une formation collégiale le soin de statuer sur les conclusions de la requête de M. C demandant l'annulation de la décision du 21 septembre 2023 portant refus de titre de séjour.

M. C soutient que la décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- ne pouvait être légalement fondée sur le motif tiré du caractère économique de son parcours migratoire ;

- méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences en résultant sur sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 7 décembre 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani ;

- et les observations de Me Lelouey, substituant Me Blache, avocate de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tunisien, M. C est entré irrégulièrement en France le 19 août 2022. Le 9 janvier 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 septembre 2023, le préfet du Calvados a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination. Il y a lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à l'annulation de cet arrêté, en tant qu'il emporte refus de titre de séjour.

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 septembre 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-09-222 du 18 septembre 2023 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme B D, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour des étrangers en France et à leur éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas exigé ".

4. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C, entré sur le territoire français le 19 août 2022, à l'âge de dix-sept ans, a été pris en charge à son arrivée par l'aide sociale à l'enfance. A compter du mois d'octobre 2022, il a été scolarisé dans une classe allophone, proposant une formation généraliste, et notamment des cours de " français langue étrangère ". Eu égard à son objet, une telle formation ne peut être regardée comme destinée à lui apporter une qualification professionnelle pour l'application de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. C justifie avoir, par la suite, entrepris une formation en vue d'obtenir un contrat de qualification professionnelle de pizzaïolo, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'attestation délivrée par le centre de formation IRFA et du contrat de professionnalisation qu'il a signé le 14 avril 2023, que cette formation a débuté le 15 avril 2023 pour s'achever le 31 mars 2024 et que le contrat de professionnalisation a été conclu pour la période du 15 avril 2023 au 31 mars 2024. Si, ainsi que le soutient le requérant, la durée de la formation doit s'apprécier non à la date de la demande de titre de séjour, comme indiqué à tort dans la décision en litige, mais à la date de son édiction, M. C ne justifiait pas, en toute hypothèse, à la date de la décision attaquée, suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Il en résulte qu'il ne remplissait pas l'une des conditions énoncées à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour ce motif, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. D'autre part, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. C, le préfet du Calvados s'est déterminé au regard d'un autre motif tiré du caractère vraisemblablement économique du parcours migratoire de l'intéressé. Si, comme le soutient le requérant, un tel motif ne pouvait légalement fonder la décision en litige en application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Calvados aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur le motif mentionné au point précédent.

7. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

9. En l'espèce, M. C n'établit pas, ni même n'allègue avoir présenté une demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C, entré irrégulièrement en France le 19 août 2022, y résidait depuis une seule année à la date de la décision attaquée. En outre, s'il suit une formation professionnelle qualifiante et justifie d'un avis positif de la structure d'accueil, ces éléments ne sauraient suffire à établir un ancrage ancien et solide de l'intéressé en France, alors qu'il ne justifie pas, par ailleurs, de liens personnels et familiaux solides et durables sur le territoire français et qu'il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine où réside sa famille. Compte tenu ce qui précède, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige lui refusant la délivrance d'un titre de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et alors que le requérant ne justifie pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa formation qualifiante dans son pays d'origine, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences résultant de la décision en litige sur sa situation personnelle doit également être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 septembre 2023 portant refus de titre de séjour doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Blache et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANI

Le président,

Signé

A. MARCHAND

Le greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

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