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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302968

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302968

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302968
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBLACHE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a annulé l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet du Calvados refusait un titre de séjour à Mme A, ressortissante sierra-léonaise. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas compte de la situation médicale grave de l'enfant de la requérante, né extrême prématuré et nécessitant une présence maternelle constante. Le tribunal a également constaté qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur les décisions d'obligation de quitter le territoire et de fixation du pays de renvoi, celles-ci ayant été retirées par le préfet le 24 mai 2024. La décision s'appuie notamment sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les stipulations de la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 novembre 2023 et le 11 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Blache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision de refus de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée sera annulée pour défaut de base légale dans l'hypothèse où le tribunal annulerait la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 décembre 2023, le 19 décembre 2023 et le 30 mai 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été retirée par décision du 24 mai 2024 ;

- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas,

- et les observations de Me Blache, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante sierra-léonaise, née le 31 mars 2000, est entrée irrégulièrement en France au cours du mois de janvier 2020 selon ses allégations. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 9 mars 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 2 septembre 2022. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 27 juin 2022 sur le fondement de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 21 septembre 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Calvados a, par un arrêté du 24 mai 2024, retiré la décision du 21 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour :

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a donné naissance, le 17 juin 2023, à un enfant prénommé Hassan. La requérante produit un certificat médical du 16 mai 2024 se rapportant à la situation de fait antérieure à la décision contestée et attestant que son fils est né extrême prématuré avec des conséquences graves pour son état de santé, lequel nécessite un suivi médical surspécialisé et pluridisciplinaire constant ainsi que la présence permanente de sa mère. Compte tenu des circonstances très particulières de l'espèce, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A, le préfet du Calvados a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 21 septembre 2023 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de Mme A soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Calvados de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Blache, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du 21 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Article 2 : La décision du 21 septembre 2023 portant refus de séjour est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Blache une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Blache et au préfet du Calvados.

Copie sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- Mme Sénécal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

C. DUCOS DE SAINT BARTHÉLÉMY DE GÉLAS

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUDLa greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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