vendredi 23 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2302985 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BERNARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 novembre et 21 décembre 2023 et le 2 février 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme A D, représentée par Me Bernard, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Manche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Manche de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Bernard, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bernard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Mme D soutient que :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
- il est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- il revient au préfet d'établir la régularité de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et de droit et d'un défaut d'examen particulier de la demande dès lors que le préfet s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que la demande était présentée sur le fondement de l'article L. 425-10 de ce code ;
- elle méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences en résultant sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'elle devait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour et qu'elle remplissait les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine ;
- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'elle n'a pas fait état d'un risque de soumission à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 décembre 2023 et 3 janvier 2024, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
- l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peut être substitué à l'article L. 425-9 de ce code sur lequel est fondée la décision de refus de titre de séjour.
Vu :
- l'attestation de dépôt de la demande d'aide juridictionnelle en date du 2 novembre 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Silvani ;
- et les observations de Me Lerévérend, substituant Me Bernard, avocate de Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante géorgienne, est entrée sur le territoire français le 10 août 2022, accompagnée de son fils et munie d'un visa touristique. Le 1er mars 2023, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 octobre 2023, dont Mme D demande l'annulation, le préfet de la Manche a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme C B, directrice de cabinet du préfet de la Manche, qui a reçu délégation du préfet de la Manche, par arrêté n° 2023-87-VN du 1er septembre 2023 régulièrement publié, à l'effet de signer, en cas d'empêchement de Mme Serre, secrétaire générale de la préfecture, tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour des étrangers en France et à leur éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré ce qu'il serait insuffisamment motivé doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet délivre le titre de séjour " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. () Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".
6. Il ressort des pièces versées au dossier par le préfet de la Manche que le médecin rapporteur a établi son rapport le 30 juillet 2023 et l'a transmis le 1er août 2023 au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il ressort, en outre, de l'avis rendu par le collège des médecins le 21 août 2023, qui est revêtu des signatures des trois médecins le composant, désignés par une décision du 25 juillet 2023 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, publiée sur le site de l'Office, que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège. Enfin, la circonstance que le nom de l'enfant de Mme D ait été mal orthographié sur l'avis du collège des médecins, comme il l'était également sur le certificat médical transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, est sans incidence sur la légalité de la décision en litige dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que l'enfant concerné est celui de la requérante. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure régulière.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du même : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article L. 425-10 de ce code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui étaient toutefois inapplicables en l'espèce dès lors que la demande de titre de séjour avait été présentée par Mme D sur le fondement de l'article L. 425-10 de ce code en sa qualité de parent étranger d'un étranger mineur remplissant les conditions prévues à l'article L. 425-9. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur de droit.
9. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
10. En l'espèce, la décision en litige, qui vise la demande de titre de séjour " accompagnant enfant malade " sur laquelle le préfet s'est prononcé, a été prise en considération des éléments se rapportant à l'état de santé de l'enfant de Mme D, Luka Kankia, au regard de l'avis porté par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur la situation de cet enfant. Par suite, elle trouve son fondement dans les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver la requérante d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes. Par conséquent, il y a lieu de procéder à la substitution de base légale sollicitée par le préfet de la Manche.
11. D'autre part, la partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
12. Par l'avis du 21 août 2023, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de l'enfant de Mme D nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il lui était possible de voyager sans risque vers son pays d'origine.
13. Pour contester cette appréciation, Mme D produit plusieurs certificats médicaux, ordonnances et comptes rendus de consultation dont il ressort que son enfant souffre, en l'état des derniers examens médicaux produits, d'une paralysie cérébrale à dominante taxique et qu'il nécessite un suivi médical et de kinésithérapie. Toutefois, aucun des documents produits ne mentionne les conséquences qu'entrainerait un défaut de prise en charge médicale de l'enfant ni, à plus forte raison, leur caractère d'extrême gravité. Ils ne permettent donc pas de remettre en cause le bien-fondé de l'avis du collège des médecins du 21 août 2023. Par ailleurs, dès lors que le préfet de la Manche n'était pas tenu de vérifier la possibilité pour l'intéressé de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine en l'état d'un avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant estimé que le défaut de prise en charge de l'enfant ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la requérante ne saurait utilement faire état de l'absence de disponibilité d'un traitement et d'une prise en charge effectifs en Géorgie. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". En application de ces stipulations, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
15. Mme D indique qu'elle encourt des risques en cas de retour en Géorgie et que son fils bénéfice en France d'un traitement médical et d'un accompagnement scolaire adaptés à son état de santé. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à justifier d'une atteinte disproportionnée portée par la décision en litige à sa vie privée et familiale alors que l'intéressée résidait avec son époux, en situation irrégulière, sur le territoire français depuis seulement un an à la date de la décision en litige, qu'elle ne fait état d'aucun élément d'insertion particulier, qu'elle a vécu l'essentiel de sa vie en Géorgie où résident ses parents et sa sœur, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant sera privé d'une scolarité et d'une prise en charge adaptées à son état ni que la cellule familiale ne pourra s'y reconstituer, alors en outre qu'elle n'établit pas les risques dont elle fait état en cas de retour de sa famille dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences en résultant sur sa situation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
17. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, celle-ci n'était pas éligible à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 13 qu'elle n'établit pas que l'état de santé de son enfant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui s'opposerait à l'édiction de la décision en litige, en application des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
18. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales invoqués sans développement complémentaire, doit être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 15.
19. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
20. Pour les motifs énoncés aux points 13 et 15, il n'est pas établi que le défaut de prise en charge médicale de l'enfant pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il sera privé d'une scolarité et d'une prise en charge adaptées à son état en cas de retour en Géorgie. Le moyen doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation résultant de la décision en litige sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
21. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
22. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Manche, qui a visé dans l'arrêté en litige la décision en date du 21 août 2023 par laquelle la Cour nationale du droit d'asile a rejeté la demande d'asile présentée par Mme D, a examiné la situation de l'intéressée au regard de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressée au regard de ces stipulations doit être écarté.
23. En deuxième lieu, la circonstance selon laquelle la décision en litige indique que la requérante n'allègue pas être soumise à un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine est sans incidence sur sa légalité dès lors qu'ainsi qu'il a été dit au point 22, le préfet de la Manche a procédé à l'examen de la situation de l'intéressée au regard de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, par suite, être écarté.
24. En troisième lieu, Mme D n'établit pas la réalité des risques qu'elle indique encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une ordonnance du 21 août 2023 du président de la Cour nationale du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.
25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Bernard et au préfet de la Manche.
Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024
La rapporteure,
Signé
C. SILVANI
Le président,
Signé
A. MARCHAND
La greffière,
Signé
A. D'OLIF
La République mande et ordonne au préfet de La Manche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026