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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303013

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303013

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 novembre 2023 et le 5 décembre 2023, M. B C, représenté par Me Cavelier, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 15 mai 2023 par laquelle le préfet du Calvados a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour ou refusé d'enregistrer cette demande ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail sans délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour était complet ; il a produit les relevés de notes de l'année écoulée, conformément à ce que prévoit l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour ; en outre, il a tenté de résoudre la difficulté avant de saisir la juridiction mais son compte dématérialisé a été bloqué et il ne peut déposer une nouvelle demande ; il est dans une situation irrégulière et peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement à tout moment ; en outre, il est dans l'impossibilité de pouvoir travailler en France ; enfin, la situation le perturbe alors qu'il souhaite poursuivre ses études en France le plus sereinement possible pour obtenir son diplôme de licence ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

• il appartient à l'administration de justifier de la compétence du signataire de la décision ;

• la décision n'est pas motivée en droit ;

• il a produit un dossier complet pour le renouvellement de son titre de séjour étudiant ; il est investi dans ses études et ses résultats se sont améliorés depuis qu'il suit des cours particuliers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'une décision portant refus d'enregistrement ne constitue pas une décision faisant grief ; l'acte attaqué n'est pas une décision de " classement sans suite " mais une décision de refus d'enregistrement ; le 17 mars 2023, il a été demandé au requérant de produire ses relevés de notes, ce qu'il n'a pas fait ;

- la condition de l'urgence n'est pas remplie et aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 20 novembre 2023 sous le numéro 2303014 par laquelle

M. C demande l'annulation de la décision du préfet du Calvados.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Audrey Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 5 décembre 2023 à 13 heures 30, en présence de Mme Bloyet, greffière d'audience :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Cavelier, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en insistant sur le fait qu'il a produit tous les documents qui sont exigés par l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fixe la liste des pièces à produire pour l'enregistrement d'une demande de titre de séjour, qu'il a donné ses relevés de notes de l'année précédente et que l'administration détenait déjà ceux des années antérieures puisque produits pour les précédentes demandes de titres de séjour ; qu'il soulève un nouveau moyen tiré de l'erreur de droit commise par l'administration qui n'a pas appliqué l'annexe 10 qui précise la liste des pièces à fournir.

Après avoir constaté que le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant congolais né le 15 août 1998 à Kinshasa, est entré en France le 20 août 2016 muni d'un passeport revêtu d'un visa D portant la mention " étudiant " valable du 16 août 2016 au 16 août 2017. Il a ensuite obtenu le renouvellement de son titre de séjour jusqu'au 30 septembre 2022. M. C a demandé le renouvellement de son titre de séjour mais le préfet du Calvados a refusé d'enregistrer cette demande au motif que M. C n'avait pas fourni, dans les délais, les pièces réclamées pour l'instruction de sa demande. M. C demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision refusant d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Eu égard aux délais dans lesquels le juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la requête de M. C :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que si M. B C était bénéficiaire d'une carte de séjour pour suivre ses études valable jusqu'au 30 septembre 2022, il n'a sollicité le renouvellement de son titre de séjour par le biais du téléservice prévu à l'article

R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur, que le 16 décembre 2022, soit après l'expiration de son titre alors que, selon le 1° de l'article 431-5 de ce même code, sa demande devait être présentée entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour. Cette circonstance invoquée par le préfet du Calvados est de nature à remettre en cause la présomption d'urgence dont se prévaut le requérant. En outre, il résulte de l'instruction que l'acte attaqué est sans effet sur la poursuite par M. C de ses études, le requérant ayant confirmé, à l'audience, être inscrit à l'université en deuxième année de licence et y poursuivre ses études. De plus, s'il soutient être dans l'impossibilité de travailler en France, il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas allégué, que le requérant exerçait précédemment une activité professionnelle accessoire à ses études ni qu'il bénéficierait d'une promesse d'embauche ou qu'il aurait entrepris des démarches pour travailler. Enfin, il ne saurait utilement faire valoir qu'il peut faire l'objet, à tout moment, d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il lui sera possible, le cas échéant, de saisir le juge administratif d'un recours suspensif contre l'éventuelle obligation de quitter le territoire qui pourrait être prononcée à son encontre. Il résulte de l'ensemble de ces éléments, et alors même que le compte dématérialisé du requérant serait bloqué pour déposer une nouvelle demande de titre de séjour, que la décision refusant de procéder à l'enregistrement de sa demande de renouvellement du titre de séjour ne porte pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de M. C. Dès lors, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative n'est pas remplie.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête ni la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, que M. C n'est pas fondé à demander la suspension de la décision par laquelle le préfet du Calvados a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour.

7. Il y a lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin de suspension, de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions de Me Cavelier relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Me Cavelier et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Calvados et au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Caen, le 15 décembre 2023.

La juge des référés,

Signé

A. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

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