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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303036

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303036

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL CHRISTOPHE LAUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 novembre 2023 et le 28 mai 2024, M. B A, représenté par Me Launay, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 11 000 euros au titre de dommages et intérêts, avec intérêt au taux légal à compter de la réclamation préalable ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

-la préfet de la Manche a commis une faute engageant sa responsabilité en saisissant illégalement ses armes et en abrogeant son permis de chasse par l'arrêté du 22 octobre 2020 ;

-il est bien fondé à solliciter la somme de 11 000 euros en réparation de ses préjudices, dont 1 000 de frais liés au permis de chasse et 10 000 de préjudice moral et d'agrément.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, le préfet de la Manche conclut à titre principal au rejet de la requête sur le fondement de la responsabilité pour faute et à titre subsidiaire à ce que les prétentions indemnitaires soient ramenées à 600 euros.

Il soutient que :

- la requête n'est pas recevable ;

- les moyens ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Garnier-Durand, substituant Me Launay, représentant M. A.

Le préfet de la Manche n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, titulaire du permis de chasse, est propriétaire de deux armes à feu avec cartouches. Par arrêté du 22 octobre 2020, le préfet de la Manche a ordonné la remise volontaire ou forcée des armes et munitions en sa possession, a prononcé l'interdiction d'acquérir ou de détenir une arme avec inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, a annulé le récépissé de déclaration de détention d'armes et enjoint sa restitution, et a abrogé son permis de chasse et ordonné sa restitution. Par un jugement du 7 octobre 2022, le tribunal administratif de Caen a annulé l'arrêté du 22 octobre 2020. Par une décision implicite du 11 novembre 2023, le préfet a rejeté la demande préalable indemnitaire de M. A. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 11 000 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les fins de non-recevoir soulevées par le préfet de la Manche :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".

3. Il résulte de l'instruction que la requête de M. A comporte des conclusions chiffrées aux fins d'indemnisation de son préjudice présentées sur le fondement de la responsabilité pour faute de l'Etat. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir invoquée par le préfet de la Manche doit être écartée.

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

4. Toute illégalité commise par l'administration ou un organisme privé chargé d'une mission de service public constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice certain et que ce préjudice soit directement lié à la faute.

5. Il résulte de l'instruction que, par un jugement du 7 octobre 2022, le tribunal administratif de Caen a annulé l'arrêté du 22 octobre 2020 par lequel le préfet de la Manche avait ordonné à M. A la remise volontaire ou forcée des armes et munitions en sa possession, prononcé l'interdiction d'acquérir ou de détenir une arme avec inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, annulé le récépissé de déclaration de détention d'arme et enjoint sa restitution, et abrogé son permis de chasse et ordonné sa restitution. Par suite, le préfet de la Manche a commis une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne le préjudice financier :

6. M. A soutient avoir exposé des frais liés à son permis de chasse. Il ne produit toutefois aucun justificatif à l'appui de ses allégations. Dès lors, M. A n'établit pas la réalité de son préjudice financier et la demande indemnitaire présentée à ce titre doit être rejetée.

En ce qui concerne le préjudice moral et d'agrément :

7. M. A n'a pas pu pratiquer d'activité de chasse pendant trois saisons. En conséquence, M. A est fondé à soutenir que la décision illégale du préfet de la Manche est à l'origine d'un préjudice moral, dont il sera fait une juste réparation en l'évaluant à une somme de 600 euros.

En ce qui concerne les intérêts :

8. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". L'article 1343-2 du même code dispose que : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".

9. Lorsqu'ils sont demandés, les intérêts au taux légal sur le montant de l'indemnité allouée sont dus, quelle que soit la date de la demande préalable, à compter du jour où cette demande est parvenue à l'autorité compétente ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

10. M. A sollicite que la somme allouée soit assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 septembre 2023, date de sa demande préalable indemnitaire. Il y a lieu de faire droit à cette demande.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Launay, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Launay de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 600 euros avec intérêts au taux légal à compter du 11 septembre 2023.

Article 2 : L'Etat versera à Me Launay une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Launay renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Launay et au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLANLa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

D. Dubost

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