vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2303114 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BLACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er décembre 2023 et le 19 février 2024, Mme C D épouse A, représentée par Me Blache, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision implicite du 15 juin 2023 par laquelle le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, ensemble l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", " travailleur temporaire " ou " salarié " dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'annuler les décisions du préfet du Calvados du 24 janvier 2024 portant obligation de quitter le territoire français et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
4°) d'enjoindre au préfet du Calvados à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans le délai de trois mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
L'arrêté :
- est entaché d'incompétence du signataire de l'acte ;
- est insuffisamment motivé.
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'erreur de fait ;
- méconnaît l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours :
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- méconnaît les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- sa durée est disproportionnée.
La décision fixant le pays de renvoi :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 8 février et le 13 mars 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête et demande à titre subsidiaire que les frais d'instance soient minorés.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 20 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 30 avril 2021 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- et les observations de Me Blache, représentant Mme A.
Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D épouse A, ressortissante albanaise né le 16 février 1976 en Albanie, déclare être entrée sur le territoire français le 9 mars 2019 munie d'un visa C. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 juillet 2019, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 29 octobre 2019. Par une demande déposée le 15 février 2023, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été implicitement rejetée par une décision du 15 juin 2023. Par un arrêté du 24 janvier 2024, le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, la requérante demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision implicite de refus de séjour :
2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête, dirigées contre la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a rejeté la demande de délivrance de titre de séjour présentée par M. A, doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté 24 janvier 2024 par lequel le préfet du Calvados a explicitement rejeté cette demande.
Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté préfectoral du 24 janvier 2024 :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
4. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 14-2023-243 du 4 octobre 2023, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme B E, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau du séjour, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
5. En second lieu, et eu égard à ce qui a été exposé au point 3 du présent jugement, l'arrêté du 24 janvier 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et fixant le pays de destination, vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Il mentionne notamment les éléments relatifs à l'ancienneté du séjour de la requérante en France, ceux concernant sa situation personnelle et familiale sur le territoire, ainsi que les éléments relatifs à son intégration sociale et professionnelle. Cet arrêté indique que l'intéressée ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière et qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour à l'occasion d'une demande de titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour avec laquelle elle se confond. En outre, l'arrêté fait état des éléments de la situation de l'intéressée au vu desquels le préfet a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, eu égard notamment à la durée de la présence de Mme A sur le territoire français et à son absence d'attaches privées et familiales en France. Ainsi ces décisions, qui n'avaient pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de la requérante, énoncent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement de manière suffisamment circonstanciée pour la mettre en mesure d'en discuter utilement les motifs. En conséquence, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
6. En premier lieu, la requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait sur l'âge de ses deux enfants restés en Albanie, en ce qu'elle indique qu'ils sont nés respectivement en 2000 et 2005 et sont âgés de 24 et 19 ans actuellement. Il ressort des termes de la décision attaquée que l'âge des enfants de Mme A mentionné est celui à la date du départ de la requérante pour la France. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". En application de l'arrêté du 30 avril 2021 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et constituant, en vertu de son article 2, l'annexe 10 de ce code, une demande sur le fondement des dispositions précitées doit notamment comprendre un " rapport établi par le responsable de l'organisme d'accueil (à la date de la demande) mentionnant l'agrément et précisant : la nature des missions effectuées, leur volume horaire, la durée d'activité, le caractère réel et sérieux de l'activité, les perspectives d'intégration au regard notamment du niveau de langue, les compétences acquises, le projet professionnel, des éléments relatifs à la vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les organismes assurant l'accueil ainsi que l'hébergement ou le logement de personnes en difficultés et qui ne relèvent pas de l'article L. 312-1 peuvent faire participer ces personnes à des activités d'économie solidaire afin de favoriser leur insertion sociale et professionnelle. / Si elles se soumettent aux règles de vie communautaire qui définissent un cadre d'accueil comprenant la participation à un travail destiné à leur insertion sociale, elles ont un statut qui est exclusif de tout lien de subordination. / Les organismes visés au premier alinéa garantissent aux personnes accueillies : / - un hébergement ou un logement décent ; / - un soutien personnel et un accompagnement social adapté à leurs besoins ; / -un soutien financier leur assurant des conditions de vie dignes. / Les organismes visés au premier alinéa sont agréés par l'Etat dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. L'agrément accordé au niveau national à un groupement auquel sont affiliés plusieurs organismes locaux vaut agrément de ces organismes. Une convention est conclue entre l'Etat et l'organisme national qui précise les modalités selon lesquelles le respect des droits des personnes accueillies est garanti au sein de ses organismes affiliés. ".
8. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger justifie de trois années d'activité ininterrompue dans un organisme de travail solidaire, qu'un rapport soit établi par le responsable de l'organisme d'accueil, qu'il ne vive pas en état de polygamie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
9. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport établi le 7 février 2023 par le responsable de la communauté Emmaüs de Caen que Mme A est accueillie au sein de cette communauté, qui est au nombre des organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles, en qualité de compagnon, depuis le 15 janvier 2020, soit depuis plus de trois ans à la date de sa demande de titre de séjour. Sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, Mme A, qui est présente en France depuis le 9 mars 2019, travaille au sein de la communauté Emmaüs de Caen en tant que vendeuse dans le rayon vaisselle puis chaussures et vêtements, et est en charge de la vérification de l'état des dons et du tri, de l'installation des produits en rayon et de la vente lors des ouvertures. Toutefois, il n'est fait état, au-delà des qualités dont elle a fait preuve dans son activité, que d'un projet de passer son permis D afin de pouvoir devenir conductrice de bus, sans qu'elle ne justifie de formation ni de compétence en lien avec cet emploi, ainsi que de sa volonté de trouver entretemps un emploi en tant qu'agent d'entretien, métier où elle a déjà acquis de l'expérience. Si Mme A produit une intention d'embauche du 30 septembre 2023 pour un emploi de plongeuse ou serveuse selon les besoins dans un bar-restaurant à Bayeux, le dossier ne contient pas d'élément de nature à établir l'existence d'un projet professionnel concret et préparé pour devenir conductrice de bus, ni d'élément témoignant de l'expérience alléguée dans le métier d'agent d'entretien. En dépit des attestations produites au dossier attestant de ses qualités humaines et professionnelles, de son engagement dans le bénévolat auprès du comité du secours populaire de Saint-Lô et de l'association Manche électro d'occasion, et de son assiduité dans l'apprentissage et la maîtrise de la langue française depuis son arrivée sur le territoire français, Mme A n'apporte pas d'élément de nature à établir l'existence d'un projet professionnel concret et plus généralement attestant de perspectives d'intégration sur le territoire. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation en refusant à l'intéressée la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens seront donc écartés.
10. En troisième lieu, termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
11. Mme A fait valoir qu'elle est entrée en France le 9 mars 2019, qu'elle est accueillie en tant que compagnon au sein de la communauté Emmaüs depuis 2020 et qu'elle perçoit à ce titre une allocation communautaire. Elle se prévaut également d'une intention d'embauche en tant que plongeuse ou serveuse dans un bar-restaurant. Toutefois, et à l'exception de son compagnonnage dans la communauté Emmaüs et des activités de bénévolats au comité du secours populaire de Saint-Lô et à l'association Manche électro d'occasion, elle n'apporte aucun élément démontrant avoir tissé des liens stables et intenses en France. Si elle se prévaut de la présence en France de son mari, ressortissant albanais également compagnon au sein de la communauté Emmaüs, elle n'établit pas de communauté de vie avec lui et n'invoque pas l'existence de liens les unissant. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que ce dernier est en situation irrégulière et qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 10 août 2021. Par ailleurs, Mme A ne soutient pas être démunie d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans, et où résident sa mère et ses deux enfants majeurs. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel la décision litigieuse a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 24 janvier 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours :
13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, la décision attaquée ne porte pas, en l'espèce, une atteinte disproportionnée au droit de la requérante à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen du refus de séjour, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Calvados aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle. Par suite, le moyen sera écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 24 janvier 2024 portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
16. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que Mme A n'est pas fondée à soutenir que cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
18. En premier lieu, dès lors que l'arrêté attaqué accorde un délai de départ volontaire de trente jours à Mme A, et eu égard aux éléments relatifs à sa situation administrative, sociale, professionnelle, personnelle et familiale tels que mentionnés aux points 9 et 11 du présent jugement, et quand bien même celle-ci n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement ni ne constitue une menace à l'ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens doivent dès lors être écartés.
19. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, la décision attaquée ne porte pas, en l'espèce, atteinte au droit de Mme A au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2024 du préfet du Calvados doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse A, à Me Blache et au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026