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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303168

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303168

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBLACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2023, Mme A C, représentée par Me Blache, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est présumée remplie dès lors qu'elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour ; en outre, la décision la place dans une situation d'extrême gravité et vulnérabilité, son dernier récépissé n'ayant pas été renouvelé depuis le 14 septembre 2023 ; de ce fait, elle a perdu ses droits sociaux en octobre 2023 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

• la commission départementale du titre de séjour n'a pas été saisie alors qu'elle remplit les conditions posées par les articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour ;

• la décision méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et au séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est mère d'une enfant française dont elle assume l'entretien et l'éducation ; en outre, elle n'a jamais porté atteinte à l'ordre public ;

• la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle vit en France de manière continue depuis 2012 et bénéficie d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français depuis 2017 ; en outre, elle a trois autres enfants avec un ressortissant congolais bénéficiaire du statut de réfugié ; ses attaches familiales sont en France ; enfin, elle ne peut pas retourner dans son pays d'origine puisque le père de ses trois derniers enfants a le statut de réfugié ;

• la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

• la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 décembre 2023 sous le numéro 2303162 par laquelle

Mme C demande l'annulation de la décision du préfet du Calvados.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Audrey Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 19 décembre 2023 à 11 heures, en présence de Mme Bloyet, greffière d'audience, le rapport de Mme B.

Après avoir constaté que les parties n'étaient ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante congolaise née le 28 septembre 1988 à Kinshasa, est, selon ses déclarations, entrée en France en 2012. Le 9 novembre 2018, elle a obtenu une carte de séjour " vie privée et familiale " en qualité de parent d'une fille de nationalité française, née en 2013, cette carte de séjour étant valable jusqu'au 8 novembre 2020. Mme C a demandé le renouvellement de son titre de séjour, demande dont les services préfectoraux ont accusé réception le 9 novembre suivant. Mme C demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Calvados a refusé implicitement de renouveler son titre de séjour.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Eu égard aux délais dans lesquels le juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions de la requête aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

5. En l'espèce, et ainsi qu'il a été dit au point 1, la décision attaquée refuse, implicitement, de renouveler la carte de séjour dont Mme C bénéficiait du

9 novembre 2018 au 8 novembre 2020, la requérante étant bénéficiaire, depuis sa demande de renouvellement, soit depuis trois ans, de récépissés de sa demande. Le préfet du Calvados, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne faisant valoir aucune circonstance particulière de nature à remettre en cause la présomption d'urgence mentionnée au point précédent, Mme C justifie de l'urgence qui s'attache à ce que soit prononcée une mesure en référé sans attendre le jugement au fond et ce, alors même qu'elle bénéficie, depuis le 13 décembre 2023, d'un nouveau récépissé de demande de titre de séjour.

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

6. En l'état de l'instruction, tous les moyens susvisés soulevés par Mme C sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du préfet du Calvados refusant implicitement de renouveler son titre de séjour.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du préfet du Calvados jusqu'à ce qu'il soit statué, au fond, sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de prendre une décision sur la demande de Mme C de renouvellement de son titre de séjour. Un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance lui est imparti pour y procéder, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

9. En revanche, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à la requérante une autorisation provisoire de séjour dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'un récépissé de trois mois lui a été délivré le 13 décembre 2023.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme C est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Blache renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Blache de la somme de 500 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du préfet du Calvados refusant implicitement de renouveler le titre de séjour de Mme C est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de prendre une décision sur la demande de Mme C de renouvellement de son titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve que Me Blache renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Blache une somme de 500 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, au préfet du Calvados, à Me Blache et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Caen, le 19 décembre 2023.

La juge des référés,

Signé

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

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