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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303188

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303188

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2023, M. D A, représenté par Me Lelouey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement en le mettant en possession d'une autorisation de séjour lui permettant de travailler pendant la durée du réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 20 décembre 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Le préfet du Calvados a produit un mémoire enregistré le 23 avril 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Créantor

- et les observations de Me Lelouey, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant nigérian né le 6 juin 1980 à Ibadan City au Nigéria, déclare être entré irrégulièrement en France avec son épouse le 1er février 2012. A la suite du rejet définitif de sa demande d'asile le 23 juillet 2013, il a sollicité un titre de séjour pour raison médicale sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a bénéficié pour ce motif de titres de séjour jusqu'au 26 juillet 2017. Il a fait l'objet d'un refus de renouvellement de son titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du 20 mars 2018. Son recours en annulation a été rejeté par un jugement n° 1801245 du tribunal administratif de Caen le 20 septembre 2018. Il a également sollicité le 26 juillet 2018 son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 octobre 2018 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Caen du 3 avril 2019 puis par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Nantes du 2 septembre 2019, le préfet du Calvados a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le 12 novembre 2019, M. A a sollicité une carte de séjour portant la mention " salarié ou travailleur temporaire " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, demande qui a été refusée le 23 décembre 2020. Il a sollicité, le 16 septembre 2022, un titre de séjour portant la mention " salarié-travailleur temporaire " à titre principal et un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à titre subsidiaire. Par un arrêté du 19 octobre 2023, le préfet a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 4 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme B C, chef du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour des étrangers en France et à leur éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. M. A fait valoir qu'il est marié depuis le 22 avril 2016 avec une ressortissante nigériane et que de leur union, sont nés deux enfants, le 31 décembre 2015 et le 28 septembre 2018, à Caen. Leur vie commune depuis le 26 octobre 2015 n'est pas contestée par le préfet et leurs enfants sont scolarisés en France. Toutefois, alors que son épouse est en situation irrégulière à la suite du rejet le 9 janvier 2015 de sa demande d'asile et qu'elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 22 mars 2018, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer au Nigéria. Si le requérant se prévaut de sa présence en France depuis onze ans à la date de la décision attaquée, il est constant qu'il s'est constamment maintenu sur le territoire français depuis son entrée en France alors même qu'il a fait l'objet, le 20 mars 2018 et le 22 octobre 2018, de deux mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées, la commission du titre de séjour ayant au demeurant émis un avis défavorable à la régularisation de l'intéressé au motif qu'il ne maîtrise pas le français malgré la durée de sa présence en France. En outre, M. A, ne justifie d'aucune insertion sociale en France. S'agissant de son insertion professionnelle, M. A produit un contrat à durée indéterminée signé le 1er octobre 2021, en tant qu'agent de service ainsi qu'une attestation de son employeur faisant état de ses qualités professionnelles et des difficultés de recrutement dans ce domaine d'activité. Il ressort en outre de ses différentes fiches de paie qu'il a occupé plusieurs contrats de travail de courte durée entre avril 2014 et le 30 septembre 2019, en qualité d'agent de service. Toutefois, si M. A fait preuve d'une volonté d'intégration, la stabilité de sa situation professionnelle est récente et il ne justifie pas, par ailleurs, d'une qualification particulière. Enfin, l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident sa mère et sa sœur et où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 précité. Enfin, pour les mêmes motifs, en l'absence de motifs exceptionnels ou de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 435-1 précité, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder une admission exceptionnelle au séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

6. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2023 du préfet du Calvados. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rouland-Boyer, présidente,

- Mme Créantor, conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

V. CREANTOR

La présidente,

Signé

H. ROULAND-BOYER

La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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