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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303219

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303219

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationURGENCE- Etrangers
Avocat requérantABDOU-SALEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête en date du 14 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Abdou-Saleye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 du préfet du Calvados qui lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, à destination du pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible, et lui interdit pour la durée de trois ans le retour sur le territoire français ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 du préfet du Calvados portant assignation à résidence dans le département du Calvados pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

4°) de condamner l'État à verser à Me Abdou-Saleye la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions méconnaissent les dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions méconnaissent les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français fixée pour une durée de trois ans méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant fixation du pays de destination et portant assignation à résidence sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 14 décembre 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 15 décembre 2023 à 14 heures :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Abdou-Saleye, représentant M. C.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant géorgien né le 9 mai 1973, est entré sur le territoire français le 14 octobre 2012. Sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 janvier 2014, décision confirmée le 16 décembre de la même année par la cour nationale du droit d'asile. Un refus de séjour au titre de l'asile a été notifié le 11 février 2015. Un titre de séjour temporaire pour raison médicale lui a été délivré du 19 août 2014 au 22 juin 2015. Par une décision du 29 septembre 2016, le préfet du Calvados a opposé un refus à sa demande de renouvellement de titre de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Le recours en annulation contre cette décision a été rejeté par le tribunal administratif par jugement du 29 septembre 2016 et par la cour administrative d'appel de Nantes par un arrêt du 12 février 2018. M. C s'est vu délivrer pour raison médicale un titre de séjour valable du 19 février 2019 au 18 février 2020 et, suite à sa demande de renouvellement du titre de séjour, le préfet du Calvados a opposé un refus, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Le tribunal administratif de Caen a rejeté le recours en annulation de cette décision le 23 mars 2021, décision confirmée par une ordonnance la cour administrative d'appel de Nantes le 9 septembre 2021. Par une décision du 17 novembre 2023, le préfet du Calvados a opposé un refus à une nouvelle demande de l'intéressé de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425- 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Par une décision du 30 novembre 2023, le préfet du Calvados a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de 45 jours. M. C demande l'annulation des arrêtés du 17 novembre 2023 et du 30 novembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le refus de délivrer un titre de séjour :

2. Le juge unique sans rapporteur public en application des dispositions des article R. 776-13-1 et suivants du code de justice administrative n'est compétent que pour juger des obligations de quitter le territoire prises sur le fondement des articles L. 614-5 ou L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le fondement des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code. Par suite, il convient de renvoyer devant une formation collégiale, seule compétente pour en connaître, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le refus implicite de délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les arrêtés en litige :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " ne peuvent eut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° l'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes des dispositions de l'article L. 425- 13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionnée à l'article R. 425-12 est composé de 3 médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article (). Le médecin ayant établi le rapport médical de siège pas au sein du collège. "

4. Le requérant soutient qu'il n'a pu obtenir de garantie du respect de la procédure médicale alors qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII a émis le 13 avril 2023 un avis selon lequel l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. M. C n'apporte aucun élément suffisamment précis permettant de remettre en cause l'avis émis par ce collège de médecins. Il ressort en outre des pièces du dossier d'une part que le collège de médecins de l'OFII ayant rendu l'avis du 3 avril 2023 comporte la signature des trois médecins de l'Office, d'autre part que le médecin instructeur à l'origine du rapport médical objet de l'avis n'a pas siégé au sein du collège, répondant ainsi au formalisme exigé par les dispositions précitées. Il y a lieu d'écarter ce moyen.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Si M. C fait valoir qu'il réside en France depuis le mois d'octobre 2012, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a été autorisé à s'y maintenir que de façon temporaire, le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile, puis le temps nécessaire aux soins requis par son état de santé. Le préfet du Calvados n'est pas contesté lorsqu'il fait valoir que si le requérant, qui est sans emploi, déclare vivre en concubinage avec une ressortissante géorgienne, celle-ci est en situation irrégulière sur le territoire français et a également fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et que les intéressés peuvent poursuivre leur vie familiale dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen ne saurait être accueilli.

Sur le refus de délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de renvoi :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ()".

7. En premier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet de condamnations d'une gravité relative, celui-ci s'est maintenu en séjour irrégulier malgré plusieurs mesures d'éloignement prises à son encontre en 2016 et 2020, lesquelles étaient assorties d'un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, le préfet, a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite le moyen doit être écarté.

8. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulé par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. L'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant un délai de départ volontaire n'étant pas établies, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'encontre des décisions portant interdiction de retour en France pendant un an.

11. Pour prononcer à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, le préfet du Calvados indique que l'intéressé a fait l'objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutées, que s'il soutient résider depuis 2012 en France, ce temps de présence s'est essentiellement déroulé en situation irrégulière, qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales et sociales dans son pays d'origine. Le préfet du Calvados a ainsi pris en compte l'ensemble des critères mentionnés par les dispositions de l'article L. 612-10 précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

12. Les moyens invoqués à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai ayant été écartés et ces décisions n'étant pas annulées, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'assignant à résidence par voie de conséquence de l'annulation des mesures d'éloignement prises à son encontre.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation, et par voie de conséquence, d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : L'examen des conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados du 17 novembre 2023, en tant qu'il porte refus de titre de séjour, est renvoyé devant une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Abdou-Saleye et au préfet du Calvados.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023

Le magistrat désigné,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

E. BLOYET

No 2303219

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