jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2303236 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre JU |
| Avocat requérant | LEBEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 décembre 2023 et le 31 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Lebey, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 septembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a réduit le montant de ses droits au revenu de solidarité active pour absence de contrat d'engagements réciproques, ensemble la décision implicite rejetant son recours administratif formé le 4 octobre 2023 ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Orne de rétablir rétroactivement ses droits au revenu de solidarité active ;
3°) de mettre à la charge du département de l'Orne la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure puisqu'il a été privé de garanties procédurales de nature à influer sur la décision prise le 26 septembre 2023 : le courrier de convocation ne mentionne pas les motifs de saisine de la commission Revenu de solidarité active, il n'a pas été averti qu'il pouvait présenter des observations devant la commission et le délai minimum de quinze jours pour pouvoir présenter des observations a été méconnu ; en outre, la composition de la commission était irrégulière ;
- le président du conseil départemental a commis une erreur de fait dès lors qu'il a établi son contrat dans les délais prévus ;
- il a respecté ses engagements mentionnés dans le contrat d'engagements réciproques ;
- le président du conseil départemental ne peut imposer à un bénéficiaire du revenu de solidarité active la souscription à des engagements sous peine de réduction ou radiation de l'allocation ;
- son état de santé ne lui permet pas actuellement de rechercher un emploi tel que prévu par les dispositions du 2 de l'article L. 262-29 du code de l'action sociale et des familles.
Par un mémoire enregistré le 18 janvier 2024, le département de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Macaud,
- et les observations de Me Lebey, représentant M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A perçoit le revenu de solidarité active depuis 2015. Par courrier du 23 mars 2023, le département de l'Orne lui a adressé une convocation le 20 avril 2023 pour participer à l'élaboration d'un contrat d'engagements réciproques avec sa référente insertion revenu de solidarité active. Par courrier du 29 août 2023, le président du conseil départemental de l'Orne a informé M. A que le contrat d'engagements réciproques qu'il avait proposé n'avait pas été validé par la commission RSA et qu'il était convoqué devant cette même commission le 13 septembre 2023 à la délégation territoriale d'action sociale d'Argentan. Le président du conseil départemental de l'Orne a décidé, le 26 septembre 2023, de réduire son allocation au revenu de solidarité active à compter du 1er octobre 2023 pour absence de contrat d'engagements réciproques adapté à sa situation. Par courrier du 4 octobre 2023, M. A a formé un recours administratif contre cette décision et la non-validation du contrat d'engagements réciproques.
2. Aux termes de l'article L. 262-28 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle () ". Aux termes de l'article L. 262-29 du même code : " Le président du conseil départemental oriente le bénéficiaire du revenu de solidarité active tenu aux obligations définies à l'article L. 262-28 : () 2° Lorsqu'il apparaît que des difficultés tenant notamment aux conditions de logement, à l'absence de logement ou à son état de santé font temporairement obstacle à son engagement dans une démarche de recherche d'emploi, vers les autorités ou organismes compétents en matière d'insertion sociale () ". Aux termes de l'article L. 262-36 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active ayant fait l'objet de l'orientation mentionnée au 2° de l'article L. 262-29 conclut avec le département, représenté par le président du conseil départemental, sous un délai de deux mois après cette orientation, un contrat librement débattu énumérant leurs engagements réciproques en matière d'insertion sociale ou professionnelle () ".
3. Aux termes de l'article L. 262-37 du même code : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; (). / Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peut excéder un mois () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-38 de ce code : " Le président du conseil départemental procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active au terme d'une période, définie par décret, sans versement du revenu de solidarité active () / Après une radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active à la suite d'une décision de suspension prise au titre de l'article L. 262-37, le bénéfice du revenu de solidarité active dans l'année qui suit la décision de suspension est subordonné à la signature préalable du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ou de l'un des contrats prévus par les articles L. 262-35 et L. 262-36 du présent code ". Aux termes de l'article L. 262-39 du même code : " Le président du conseil départemental constitue des équipes pluridisciplinaires composées notamment de professionnels de l'insertion sociale et professionnelle, en particulier des agents de l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail dans des conditions précisées par la convention mentionnée à l'article L. 262-32 du présent code, de représentants du département et des maisons de l'emploi ou, à défaut, des personnes morales gestionnaires des plans locaux pluriannuels pour l'insertion et l'emploi et de représentants des bénéficiaires du revenu de solidarité active. / (). ". Aux termes de l'article R. 262-40 du même code : " Le président du conseil départemental met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas : / () 3° Au terme de la durée de suspension du versement décidée en vertu du 2° de l'article R. 262-68 lorsque la radiation est prononcée en application de l'article L. 262-38 () ", c'est-à-dire pour une durée qui peut aller de un à quatre mois.
4. Il résulte des dispositions précitées que le président du conseil départemental est en droit de suspendre le versement du revenu de solidarité active et de procéder à la radiation de l'allocataire de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active au terme de la durée de suspension qu'il a fixée lorsque le bénéficiaire, sans motif légitime, soit fait obstacle à l'établissement ou au renouvellement du contrat mentionné à l'article L. 262-36 du code de l'action sociale et des familles par son refus de s'engager à entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale, soit ne respecte pas le contrat conclu. En revanche, il ne peut légalement justifier une décision de suspension et de radiation par la circonstance que le bénéficiaire n'aurait pas accompli des démarches d'insertion qui ne correspondraient pas aux engagements souscrits dans un contrat en cours d'exécution.
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative.
6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 262-39 du code de l'action sociale et des familles : " Le président du conseil départemental constitue des équipes pluridisciplinaires composées notamment de professionnels de l'insertion sociale et professionnelle, en particulier des agents de l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail dans des conditions précisées par la convention mentionnée à l'article L. 262-32 du présent code, de représentants du département et des maisons de l'emploi ou, à défaut, des personnes morales gestionnaires des plans locaux pluriannuels pour l'insertion et l'emploi et de représentants des bénéficiaires du revenu de solidarité active. / Les équipes pluridisciplinaires sont consultées préalablement aux décisions de réorientation vers les organismes d'insertion sociale ou professionnelle et de réduction ou de suspension, prises au titre de l'article L. 262-37, du revenu de solidarité active qui affectent le bénéficiaire. " et aux termes de l'article R. 262-69 du même code : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de réduire ou suspendre en tout ou partie le revenu de solidarité active en application de l'article L. 262-37, il en informe l'intéressé par courrier en lui indiquant les motifs pour lesquels il engage cette procédure et les conséquences qu'elle peut avoir pour lui. / L'intéressé est invité à présenter ses observations à l'équipe pluridisciplinaire compétente dans un délai maximum d'un mois à compter de la date de notification de ce courrier. Il est informé de la possibilité d'être entendu par l'équipe pluridisciplinaire et, à l'occasion de cette audition, d'être assisté de la personne de son choix. ".
7. Il résulte de l'instruction que le président du conseil départemental de l'Orne a, par un courrier du 29 août 2023, indiqué à M. A que sa situation avait été examinée le 19 juillet 2023, que le contrat d'engagements réciproques qu'il avait proposé n'avait pas été validé par la commission RSA et lui a demandé de se présenter devant cette commission le 13 septembre 2023, lui précisant qu'il pouvait se faire assister d'une personne de son choix et se munir de tous justificatifs concernant ses démarches d'insertion et, qu'à défaut de validation de son contrat, l'allocation de revenu de solidarité active pouvait être réduite ou suspendue. Si M. A, qui s'est présenté devant la commission, fait valoir que la procédure est irrégulière dès lors qu'il n'a pas été suffisamment informé de ses droits et que la commission était irrégulièrement composée faute de représentants des bénéficiaires du revenu de solidarité active, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que ces moyens, qui se rapportent aux vices propres de la décision attaquée, sont sans incidence sur la détermination des droits du requérant à bénéficier du revenu de solidarité active et doivent, par suite, être écartés.
8. En second lieu, il résulte de l'instruction que le président du conseil départemental de l'Orne a pris la décision de réduire le revenu de solidarité active sur le fondement du 1° de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles. En l'espèce, M. A s'est présenté à certaines actions de " Marchons pour " qui permettent aux participants de pratiquer un sport sans contrainte et de tisser des liens pour lutter contre l'isolement. Toutefois, le requérant n'a pas participé aux ateliers, n'a pas souhaité suivre de formation et a été absent lors de l'activité finale. En outre, il est constant que M. A, qui s'est présenté devant la commission RSA le 13 septembre 2023, n'a pas proposé d'engagements en adéquation avec des objectifs d'insertion, le requérant ayant notamment refusé de participer à l'accompagnement " parcours emploi santé " avec Pôle emploi qui lui était préconisé. Enfin, si M. A fait valoir que son état de santé ne lui permet pas de s'inscrire à Pôle emploi, les deux attestations qu'il produit, selon lesquelles il a eu deux consultations au centre médico-psychologique de Flers les 13 et 20 novembre 2023 et une consultation le 30 novembre 2023 à celui d'Argentan, ne peuvent suffire, en tout état de cause, pour considérer que le requérant justifie d'un motif légitime à l'absence d'établissement du contrat d'engagements réciproques. Dans ces conditions, le président du conseil départemental de l'Orne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. A faisait obstacle, sans motif légitime, à l'établissement du contrat par son refus de s'engager à entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a réduit le montant de ses droits au revenu de solidarité active pour absence de contrat d'engagements réciproques. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et ainsi que celles de Me Lebey relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lebey et au département de l'Orne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La magistrate désignée,
SIGNÉ
A. MACAUD
La greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026