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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303243

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303243

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Marchand :

1°) forme opposition à la contrainte émise le 14 avril 2023 à son encontre par la caisse d'allocations familiales de l'Orne pour un montant de 1 388,95 euros correspondant au recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active de 951,83 euros portant sur la période du 1er mai 2013 au 31 mai 2014 et d'un indu de revenu de solidarité active de 1 599,85 euros portant sur la période du 1er février 2013 au 31 janvier 2014, majoré des frais d'émission de l'acte ;

2°) et demande de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Orne une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les sommes réclamées par la caisse d'allocations familiales sont prescrites au regard de la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 et de la circulaire DSS/2010/260 du 12 juillet 2010.

Par un mémoire enregistré le 13 mai 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que la contrainte est légalement fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Macaud a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A forme opposition à la contrainte émise par la caisse d'allocations familiales de l'Orne le 14 avril 2023 pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 951,83 euros pour la période 1er mai 2013 au 31 mai 2014 et de 1 599,85 euros pour la période du 1er février 2013 au 31 janvier 2014.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 262-94-1 du code de l'action sociale et des familles : " Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur les prestations à échoir mentionnée à l'article L. 262-46, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active peut mettre en œuvre la procédure de contrainte dans les conditions prévues à l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. () Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent () dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / La prescription est interrompue par une des causes prévues par le code civil. L'interruption de la prescription peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quels qu'en aient été les modes de délivrance. La prescription est interrompue tant que l'organisme débiteur des prestations familiales se trouve dans l'impossibilité de recouvrer l'indu concerné en raison de la mise en œuvre d'une procédure de recouvrement d'indus relevant des articles L. 553-2, L. 821-5-1 ou L. 845-3 du code de la sécurité sociale, L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ou L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation. ". Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Il résulte de ces dispositions que l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations fait obstacle à l'application de la prescription biennale au profit de la prescription quinquennale de droit commun. Par ailleurs, si le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations est de nature à reporter, à la date de la découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A n'a pas déclaré l'intégralité de ses revenus, provenant en particulier de son activité salariée en 2012 et 2013, ayant conduit à un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 465,35 euros pour la période allant de mai 2012 à mai 2014. Eu égard au caractère réitéré, et sur une longue période, de l'absence de déclaration de plusieurs ressources, M. A doit être regardé comme ayant procédé à de fausses déclarations pour dissimuler ses revenus, ainsi que l'a d'ailleurs décidé le président du conseil départemental de l'Orne qui a informé M. A, par courrier du 11 mai 2015 notifié à l'intéressé le 15 mai suivant, avoir retenu l'intention de fraude et déposé plainte. Dans ces conditions, la prescription biennale doit être levée au profit de la prescription quinquennale.

5. M. A invoque la prescription et fait référence à la circulaire N° DSS/2010/260 du 12 juillet 2010 relative aux règles de prescription applicables en matière de sécurité sociale pour contester la contrainte émise le 14 avril 2023 par la caisse d'allocations familiales dès lors que les sommes concernées par le recouvrement ont été versées en 2013 et 2014. Il résulte de l'instruction que, par courriers des 20 mai 2014 et 3 septembre 2014, la caisse d'allocations familiales de l'Orne a notifié à M. A des indus de revenu de solidarité active portant sur la période allant de mai 2012 à mai 2014 résultant de fausses déclarations, M. A n'ayant pas déclaré l'intégralité de ses ressources. Après le rejet de son recours administratif le 7 octobre 2015 dirigé contre ces indus, M. A a sollicité une remise de dette, qui a été rejetée par le département de l'Orne le 7 octobre 2015 en raison du caractère frauduleux des trois indus de revenu de solidarité active. La caisse d'allocations familiales l'a ensuite mis en demeure, par courrier recommandé du 21 octobre 2016, réceptionné le 25 octobre 2016, de régler les sommes restant dues d'un montant total de 4 388,95 euros correspondant à un trop-perçu de 2 267,55 euros pour la période du 1er mai 2012 au 30 avril 2013, un trop perçu de 1 599,85 euros pour la période du 1er février 2013 au 31 janvier 2014 et un montant de 951,83 euros pour la période du 1er mai 2013 au 31 mai 2014. L'organisme social l'a à nouveau mis en demeure de régler le montant de 951,83 euros correspondant à l'indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er mai 2013 au 31 mai 2014 par courrier recommandé du 3 novembre 2016, réceptionné le 9 novembre 2016. L'allocataire a sollicité, le 4 mai 2017, un échéancier pour procéder au remboursement des sommes dues à hauteur de 100 euros mensuel qui a été accepté par l'organisme social et M. A a respecté cet échéancier jusqu'au 19 octobre 2018, date de son dernier paiement. Faute de règlement de la totalité de la dette, la caisse d'allocations familiales l'a, à nouveau, mis en demeure de régler le solde des trois indus par courrier recommandé du 24 juillet 2019, réceptionné le 27 juillet 2019, qui s'élevait alors à 2 988,95 euros, puis l'a mis en demeure, par courrier recommandé du 2 février 2021, réceptionné le 11 février 2021, de régler la somme de 1 988,95 euros correspondant aux deux indus portant sur la période du 1er février 2013 au 31 janvier 2014 et du 1er mai 2013 au 31 mai 2014. Enfin, par courrier du 2 février 2023, présenté le 11 février 2023 et revenu car " non réclamé ", la caisse d'allocations familiales l'a mis en demeure de payer la somme de 1 388,95 euros concernant le solde de ces mêmes indus. Il est par ailleurs constant que M. A a procédé au remboursement partiel de ses créances sur les périodes de janvier 2018 à octobre 2018, de septembre 2019 à juin 2020, puis en septembre et novembre 2020, février, avril, mai, juillet, août et novembre 2021. Par suite, eu égard aux actes interruptifs de la prescription intervenus depuis la connaissance par l'organisme de ses créances, celles-ci n'étaient pas prescrites lorsque la caisse d'allocations familiales a, le 14 avril 2023, adressé à M. A la contrainte litigieuse, qui a été signifiée une première fois le 28 septembre 2023 puis, une seconde, le 16 novembre 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de la prescription de la créance doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à former opposition à la contrainte émise le 14 avril 2023. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la caisse d'allocations familiales de l'Orne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

E. Bloyet

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