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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303245

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303245

mercredi 22 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 décembre 2023 et le 3 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 octobre 2023 par laquelle la directrice territoriale de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié son refus de rétablir les conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à la date du 16 octobre 2023 dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la convocation à se présenter aux services de la police aux frontières ne lui a jamais été notifiée, et que sa demande ne pouvait être instruite comme une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil en l'absence de décision de suspension des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

- elle fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a été prise en méconnaissance de ces mêmes dispositions ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 550-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et des stipulations de l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, s'agissant de l'existence d'un refus de déférer à une convocation des autorités chargées de l'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Absolon, rapporteure,

- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,

- et les observations de Me Bernard, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité afghane, a déposé une première demande d'asile le 13 janvier 2022, laquelle a été enregistrée dans le cadre de la procédure Dublin. Il a obtenu le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Déclaré en fuite le 22 août 2022, l'intéressé a déposé une nouvelle demande d'asile le 16 octobre 2023, enregistrée en tant que première demande d'asile en procédure accélérée. Par un courrier du même jour, la directrice territoriale de l'OFII a notifié à M. A un refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil au motif que lorsqu'il bénéficiait de celles-ci, il n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités chargées de l'asile. Par sa requête, M. A sollicite l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". L'article L. 551-16 de ce code dispose : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / (). Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la directrice territoriale de Caen de l'OFII a refusé de rétablir les conditions matérielles de M. A au motif de son absence de présentation aux autorités le lundi 1er août 2022 à 16h30 aux services de la police aux frontières de Rouen. Toutefois, l'intéressé indique ne pas avoir reçu notification de la convocation à cet effet. Si l'administration produit la convocation à cet entretien, elle n'établit pas sa notification au requérant, de sorte qu'elle ne pouvait regarder M. A comme ne faisant pas état de raisons légitimes justifiant le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision querellée a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 octobre 2023 doivent être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation de la décision refusant à M. A le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, le présent jugement implique qu'il soit enjoint à l'OFII de faire droit à la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil présentée par M. A, à compter du 16 octobre 2023, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Bernard, avocate de M. A, de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 16 octobre 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil au profit de M. A à compter du 16 octobre 2023, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Bernard, avocate de M. A, la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bernard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Marchand, président,

- Mme Pillais, première conseillère,

- Mme Absolon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé

C. ABSOLON

Le président,

Signé

A. MARCHAND

Le greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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