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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303252

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303252

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303252
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2303255 le 15 décembre 2023, M. B A, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 juin 2023 par laquelle le directeur du centre de détention d'Alençon-Condé-sur-Sarthe a décidé sa prise en charge en gestion individualisée ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît le principe du contradictoire ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 octobre 2023.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2303252, le 15 décembre 2023, M. B A, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 juin 2023 par laquelle le directeur du centre de détention d'Alençon-Condé-sur-Sarthe a suspendu son affectation au poste d'opérateur atelier QPR ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît le principe du contradictoire ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est écroué depuis le 14 février 2013. Il a été condamné le 31 mars 2021 par la cour d'appel de Paris à une peine de dix-huit ans de réclusion. M. A a été incarcéré du 18 octobre 2022 au 27 juin 2023 au centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe. Depuis cette date, il est incarcéré au centre pénitentiaire du Havre. Il a fait l'objet d'un placement au quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) le 18 octobre 2022. Par une décision du 13 juin 2023, le directeur du centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-Sur-Sarthe a pris une mesure de gestion individualisée. Par une décision du 15 juin 2023, le directeur du centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-Sur-Sarthe a suspendu son affectation au poste d'opérateur atelier QPR. Ces deux décisions sont l'objet du présent litige.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 13 juin 2023 :

2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 122-1 de ce même code prévoit que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 121-2 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / () 1o En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; 2o Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; 3o Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ".

3. Le garde des sceaux, ministre de la justice, soutient que la décision du 13 juin 2023 attaquée répondait à des nécessités d'ordre public et ne justifiait pas une procédure contradictoire préalable. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une procédure contradictoire était en l'espèce susceptible de porter atteinte à l'ordre public, ni que les comportements reprochés à M. A, qui se déroulent sur une période de deux mois, soient constitutifs d'une urgence. Par conséquent, dès lors que M. A n'a pas été convoqué ni invité à présenter ses observations sur le projet de décision de gestion individualisée, nonobstant sa présence à la réunion de la commission pluridisciplinaire unique qui s'est réunie le 12 juin 2023, l'administration pénitentiaire n'a pu édicter la décision du 13 juin 2023 sans méconnaître les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire doit dès lors être accueilli.

En ce qui concerne la décision du 15 juin 2023 :

4. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3 du présent jugement, le directeur du centre de détention d'Alençon-Condé-sur-Sarthe, en suspendant l'affectation comme opérateur d'atelier en quartier de prise en charge de la radicalisation de M. A sans l'avoir invité à présenter ses observations, a méconnu les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire doit dès lors être accueilli.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions du 13 juin 2023 et du 15 juin 2023 par lesquelles le directeur du centre de détention d'Alençon-Condé-sur-Sarthe a décidé la prise en charge en gestion individualisée de M. A et a suspendu son affectation comme opérateur d'atelier en quartier de prise en charge de la radicalisation, doivent être annulées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me David, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me David de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 13 juin 2023 et du 15 juin 2023 du directeur du centre de détention d'Alençon-Condé-sur-Sarthe sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera à Me David une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me David renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me David et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

N°s 2303255, 230325

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