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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303301

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303301

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantWAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2023, M. A D, représenté par Me Wahab, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartient à l'administration de justifier de la compétence de la signataire de la décision portant refus de séjour ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît le principe prétorien selon lequel l'étranger qui a droit à un titre de séjour de plein droit est protégé contre une mesure d'éloignement ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire, enregistré le 16 janvier 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il y a lieu de substituer l'article 6-5 de l'accord franco-algérien aux articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sénécal ;

- et les observations de Me Wahab, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 13 octobre 1989, est entré sur le territoire français le 19 septembre 2011 muni d'un visa " étudiant " et a bénéficié, entre le 28 novembre 2011 et le 27 novembre 2016, de titres de séjour en cette qualité. Il a ensuite obtenu un certificat de résidence algérien, valable du 4 août 2016 au 3 août 2017, en qualité de commerçant. Le 21 avril 2017, il a déposé une demande pour la délivrance d'un certificat de résidence en tant que salarié. Par un arrêté du 24 janvier 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. D a déposé, le 28 décembre 2021, auprès des services de la préfecture du Calvados, une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté attaqué du 9 mai 2023, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 19 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-012 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme B C, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour des étrangers en France et à leur éloignement. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour a été prise par une autorité incompétente.

3. En second lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que l'énonce l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve () des conventions internationales ". L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, publié au journal officiel du 22 mars 1969 en vertu du décret du 18 mars 1969, régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, et les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'établir en France. Dès lors, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, lesquels relèvent à cet égard des règles fixées par l'accord précité. Dans ces conditions, c'est à tort que le préfet du Calvados s'est fondé sur les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour opposer un refus de titre de séjour à M. D.

4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

5. D'une part, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Les dispositions de cet article étant de portée équivalente à celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le refus du préfet du Calvados de délivrer à M. D un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale trouve son fondement légal dans ces stipulations, qui peuvent être substituées aux dispositions du l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie.

6. D'autre part, il y a lieu de substituer à la base légale erronée de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile celle tirée du pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet de régulariser ou non la situation d'un étranger dès lors que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'elle examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie.

7. M. D fait valoir qu'il réside en France depuis douze années sous couvert de titres de séjour, qu'il est le père d'un enfant né le 28 octobre 2021 en France, que son épouse, ressortissante algérienne, y réside régulièrement et qu'il a établi le centre de sa vie privée et familiale en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, par un arrêté du 24 janvier 2020, la demande de certificat de résidence déposée par le requérant a été rejetée et qu'il a alors fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, mesure qu'il n'a pas exécutée et, d'autre part, que le titre de séjour dont bénéficie son épouse est un certificat de résidence portant mention " étudiant-élève " valable jusqu'au 29 novembre 2023, en cours de renouvellement à la date de la décision attaquée. Si ce certificat de résidence a été renouvelé postérieurement à la décision attaquée, jusqu'au 29 novembre 2024, son épouse n'a toutefois pas vocation à demeurer en France à cette échéance. Il n'est pas établi ni même allégué que M. D serait dans l'impossibilité de reconstituer la cellule familiale en Algérie ni que son épouse ne pourrait y terminer ses études. En outre, si M. D a, après avoir suivi des études de sociologie, obtenu en France un diplôme en développement durable, il n'a occupé aucun emploi en lien avec sa formation et les diplômes qu'il a obtenus alors qu'il bénéficiait d'un certificat de résidence " étudiant ". A la date de la décision attaquée, il exerçait des fonctions d'électricien en qualité d'ouvrier au sein de la société H114 Services dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée conclu le 4 avril 2022. Il a cependant travaillé de manière discontinue sur une période de 11 ans et 8 mois, occupant principalement des emplois temporaires étudiants entre 2011 et 2018. Il a également travaillé sans autorisation à partir du 24 janvier 2020 et a fait l'objet d'un signalement au procureur de la République le 27 janvier 2022 pour avoir " fait usage d'une photocopie d'un récépissé de carte de séjour, document administratif falsifié et ce au préjudice de ADECOO-SUPPLAY-BEST INTERIM-TRIANGLE INTERIM de Caen avec cette circonstance que ces faits ont été commis de manière habituelle " qui a donné lieu à un rappel à la loi le 5 juillet 2022. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait tissé des liens personnels stables et intenses en France et qu'il serait particulièrement inséré dans la société française. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Pour les mêmes motifs, le préfet du Calvados n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour au titre de son pouvoir de régularisation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

12. Ainsi, qu'il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une circonstance ferait obstacle à ce que la cellule familiale du requérant se reconstruise en Algérie, notamment au regard de l'âge de l'enfant du couple, né le 28 octobre 2022. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

13. En dernier lieu, il ressort de ce qui a été dit précédemment que M. D ne remplit pas les conditions des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et ne peut pas prétendre, à un autre titre, à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il ne peut pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement en raison de sa situation au regard de son droit au séjour en France doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant entachées d'aucune illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rouland-Boyer, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

I. SENECAL

La présidente,

SIGNÉ

H. ROULAND-BOYER La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados et en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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