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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303302

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303302

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 octobre 2023 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- il appartient à l'administration de justifier de la compétence de la signataire de la décision attaquée ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 23 août 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Sénécal, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant géorgien né le 24 février 1982, déclare être entré en France le 20 octobre 2013. Il a sollicité la délivrance d'une carte de résident de dix ans sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision attaquée du 23 octobre 2023, le préfet du Calvados a refusé de la lui délivrer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. () / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. () ".

3. Pour refuser à M. B la délivrance d'une carte de résident de dix ans, le préfet du Calvados a estimé qu'il ne remplissait pas la condition d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'extrait de l'application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France (AGDREF), que M. B a été en possession de récépissés et de titres de séjour pendant plus de six ans, entre le 28 octobre 2014 et le 10 décembre 2020. Si aucun récépissé ne lui a été délivré sur la période du 11 décembre 2020 au 24 juillet 2022 inclus, il ressort des pièces du dossier qu'il a sollicité le 15 juillet 2020, soit avant l'expiration de son titre de séjour valable jusqu'au 10 décembre 2020, un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale " qui lui a été refusé par un arrêté du 30 avril 2021 dont l'exécution a été suspendue par une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Caen du 30 juillet 2021, puis annulé par un jugement du 18 mars 2022 du même tribunal. En exécution de ce jugement, le préfet du Calvados lui a délivré un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 11 juillet 2022 au 10 juillet 2023, puis renouvelé jusqu'au 10 juillet 2024. Dans ces conditions, la période du 11 décembre 2020 au 25 juillet 2022, correspondant à celle pendant laquelle le préfet a illégalement refusé de lui délivrer un récépissé ou un titre de séjour, doit être prise en compte. Il résulte de ces éléments qu'en estimant que M. B ne satisfaisait pas à la condition d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle, le préfet a commis une erreur de fait et fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 octobre 2023 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer une carte de résident.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, et ainsi que le demande le requérant, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa demande. Un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement lui est imparti pour y procéder. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Cavelier sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 23 octobre 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Cavelier en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cavelier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- Mme Sénécal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

I. SENECAL

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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