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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303307

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303307

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantTSARANAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023, Mme A C épouse B, représentée par la SELARL Atlas Avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2023 par lequel le préfet de l'Orne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C épouse B soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation de l'existence d'une vie commune et effective d'une durée de six mois avec son époux ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays d'éloignement a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C épouse B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 21 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 janvier 2024.

Mme C épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Silvani a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse B, ressortissante marocaine, est régulièrement entrée en France le 10 septembre 2022 munie d'un visa de court séjour. Elle s'est mariée le 19 décembre 2022 avec un ressortissant français et a sollicité le 19 janvier 2023 un titre de séjour en qualité de " conjoint de français " sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 juin 2023, dont Mme C épouse B demande l'annulation, le préfet de l'Orne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° 1122-2023-10009 du 11 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Orne le 22 mai 2023, le préfet de l'Orne a donné délégation à Mme Marie Cornet, secrétaire générale de la préfecture de l'Orne, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département de l'Orne, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant refus d'un titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. Le préfet de l'Orne a refusé le titre de séjour sollicité par Mme C épouse B sur le fondement des dispositions citées au point 3, au motif qu'elle ne justifiait pas d'une vie commune et effective d'une durée de six mois avec son époux français.

5. Pour contester l'appréciation ainsi portée par le préfet de l'Orne, la requérante produit des courriers d'organismes portant mention de l'adresse commune ainsi que des attestations de témoins autres que son époux. Toutefois, ni ces courriers, qui sont peu nombreux, pour partie postérieurs à la décision attaquée et qui ont été adressés à des dates espacées dans le temps, ni ces témoignages ne suffisent à eux-seuls à justifier de l'existence d'une vie commune effective d'une durée de six mois à la date de la décision attaquée. Il en résulte que la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de l'Orne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de l'existence d'une vie commune effective depuis six mois à la date de la décision en litige. Le moyen doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse B, entrée en France le 10 septembre 2022, n'est mariée que depuis le 19 décembre 2022 avec un ressortissant français. En outre, l'intéressée ne justifie pas d'une insertion professionnelle et sociale particulière dans la société française. Par ailleurs, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de son existence. Dans ces conditions, le préfet de l'Orne n'a pas, en l'obligeant à quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris une telle mesure d'éloignement et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

8. En l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays d'éloignement serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C épouse B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, à Me Tsaranazy et au préfet de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANI

Le président,

Signé

A. MARCHANDLa greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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