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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303313

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303313

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBLACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 décembre 2023 et le 22 janvier 2024, M. D A, représenté par Me Blache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de renouveler son titre de séjour mention " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ou, à défaut, de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires enregistrés le 18 janvier 2024 et le 12 avril 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête de M. A est tardive ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Remigy, rapporteure,

- et les observations de Me Blache, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant ivoirien, né le 18 juin 1995, est entré en France le 8 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 31 août 2020. Il a bénéficié de titres de séjour portant la mention " étudiant " régulièrement renouvelés jusqu'au 31 août 2022 et a sollicité, le 7 janvier 2023, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 10 octobre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la légalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 14-2023-10-04-00003 du 4 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-243, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme C B, adjointe à la cheffe du bureau du séjour et de l'immigration, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau du séjour, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". L'article L. 433-1 du même code dispose que : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. () ". Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

4. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A, le préfet du Calvados a considéré que l'intéressé ne justifiait pas du caractère réel et sérieux des études poursuivies depuis 2021. Il ressort des pièces du dossier que M. A, arrivé en France en 2019 pour y poursuivre ses études de droit après l'obtention d'une licence en Côte d'Ivoire, a validé un Master 1 puis un Master 2 Droit public mention Carrières publiques à l'Université de Caen Normandie au terme des années universitaires 2020 et 2021. L'intéressé, qui déclare avoir pour projet professionnel de faire carrière dans la diplomatie, a néanmoins fait le choix de se réorienter à deux reprises en s'inscrivant en Brevet de technicien supérieur agricole (BTSA) technico-commercial au titre de l'année 2021-2022 puis en Licence de langues, littératures et civilisations étrangères et régionales en langue anglaise pour l'année 2022-2023, sans valider aucun diplôme à l'issue de ces deux années d'études. Contrairement à ce que soutient M. A, le suivi de ces formations ne peut pas être regardé comme une réorientation cohérente au regard de son projet professionnel. Au demeurant, le bulletin de notes du premier semestre de son BTSA fait état de nombreuses absences et d'un manque d'investissement. A cet égard, si M. A soutient que ces échecs sont justifiés par sa situation familiale dès lors que sa fille de huit ans, restée en Côte d'Ivoire auprès de sa mère, est tombée gravement malade au cours de l'année 2022, il se borne à produire trois certificats médicaux établis par le même médecin, lesquels font état, en des termes généraux dépourvus de tout caractère circonstancié, de ce que l'état de santé de M. A était incompatible avec ses études entre le 2 mars et le 2 avril 2021 puis entre le 6 avril et le 21 mai 2022. Enfin, la circonstance que M. A justifie s'être inscrit en Master 2 de droit public à l'Université de Rouen pour l'année universitaire 2023-2024 n'est pas de nature à justifier du caractère sérieux des études poursuivies compte tenu de ses tentatives de réorientation successives et en l'absence de progression, l'intéressé étant déjà titulaire d'un diplôme équivalent, sans qu'il ne soit justifié de la complémentarité de ces formations eu égard au projet professionnel poursuivi. Par suite, le préfet du Calvados a pu, sans entacher sa décision d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, refuser de renouveler le titre de séjour mention " étudiant " de M. A en lui opposant l'absence de progression dans ses études.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Calvados a refusé de renouveler son titre de séjour " étudiant ".

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision par laquelle le préfet du Calvados a obligé M. A à quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation particulière, dès lors que la décision de refus de titre de séjour est elle-même suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le préfet n'a entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation en obligeant M. A à quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

10. En l'espèce, si M. A soutient que le délai de départ de trente jours a pour effet de l'empêcher de se présenter aux examens du premier semestre de son Master, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas un délai de départ supérieur à trente jours. Au demeurant, le délai de départ volontaire constitue un délai administratif octroyé pour faciliter le départ d'un étranger et n'a pas vocation à permettre l'achèvement d'un cursus scolaire. Dans ces conditions, le préfet n'a entaché sa décision d'aucune erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation en fixant le délai de départ volontaire à trente jours.

11. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Calvados, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2023 du préfet du Calvados. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Blache et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Créantor, conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

J. REMIGY

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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