mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2303324 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 décembre 2023, Mme B C demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados a rejeté son recours administratif formé contre la décision du 25 avril 2023 lui notifiant un indu de prime d'activité d'un montant de 8 117,16 euros pour la période du 1er février 2022 au 30 juin 2023 ;
2°) d'annuler la décision du 13 octobre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados a rejeté son recours administratif formé contre la décision du 25 avril 2023 lui notifiant un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 3 194,57 euros pour la période du 1er mars 2022 au 30 avril 2023 ;
3°) d'annuler la décision du 13 octobre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados a rejeté son recours administratif formé contre la décision du 25 avril 2023 lui notifiant un indu d'allocation de soutien familial d'un montant de 1 884,48 euros pour la période du 1er mars 2022 au 31 mars 2023 ;
4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de lui reverser les sommes qui lui sont dues.
Elle soutient que :
- elle est de bonne foi et n'a pas fraudé ;
- elle vit avec trois enfants à charge et est séparée depuis le 28 février 2022, et non le 4 octobre 2022, date à laquelle elle a prévenu son bailleur social du départ de son conjoint ; elle a engagé une procédure de divorce.
Par des mémoires enregistrés le 16 avril 2024 et le 30 mai 2024, la caisse d'allocations familiales du Calvados conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les trop perçus d'allocation de soutien familial et de complément familial et la pénalité administrative ont été contestés devant le tribunal judiciaire de Caen, qui a rendu son jugement le 17 mai 2024 ;
- les indus sont légalement fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'organisation judiciaire, notamment le tableau IV et le tableau VIII-III annexés ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Macaud a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle, la caisse d'allocations familiales du Calvados a considéré que Mme B C était séparée depuis le 4 octobre 2022 et non le 28 février 2022. Elle a également constaté une omission de déclaration de la pension de réversion qu'elle a perçue jusqu'au 30 juin 2022 et des erreurs commises sur le montant de certains salaires perçus par les membres du foyer. Par courrier du 25 avril 2023, la caisse d'allocations familiales du Calvados a régularisé la situation de l'intéressée et lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 8 117,16 euros pour la période du 1er février 2022 au 30 juin 2023, un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 3 194,57 euros pour la période du 1er mars 2022 au 30 avril 2023 et un indu d'allocation de soutien familial d'un montant de 1 884,48 euros pour la période du 1er mars 2022 au 31 mars 2023. Par courriers des 3 juillet 2023, 8 août 2023 et 18 septembre 2023, Mme C a formé un recours administratif contre ces trois décisions, recours rejetés par décisions de la caisse d'allocations familiales le 13 octobre 2023. Par la présente requête, Mme C conteste l'ensemble de ces décisions et sollicite le versement des sommes qui lui sont dues.
Sur l'indu d'allocation de soutien familial :
2. Le litige soulevé par la requête de Mme C, en tant qu'il concerne l'indu d'allocation de soutien familial, prestation familiale énumérée à l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale, ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, ainsi que le soulève la caisse d'allocations familiales dans ses écritures, mais de celle de la juridiction judiciaire. Il résulte d'ailleurs de l'instruction que Mme C a saisi le tribunal judiciaire le 27 décembre 2023 concernant l'indu d'allocation de soutien familial et que celui-ci a rendu son jugement le 17 mai 2024. Dans ces conditions, les conclusions de la requête dirigées contre l'indu d'allocation de soutien familial doivent être rejetées comme portées devant un tribunal incompétent pour en connaître.
Sur le bien-fondé des indus d'aide au logement et de prime d'activité :
3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide personnelle au logement et de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
4. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Aux termes de l'article L. 843-1 du même code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants. ". Aux termes de l'article L. 842-7 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui, notamment, ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France. ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité () ".
5. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° L'aide personnalisée au logement ; / 2° Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale ; / b) L'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. / () ".
6. Il résulte de ces dispositions que les ressources prises en considération pour le calcul de l'allocation d'aide personnalisée au logement et de la prime d'activité sont celles qui sont perçues par le bénéficiaire, son conjoint, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité et les personnes vivant habituellement au foyer. En cas de séparation de fait des époux, se manifestant par la cessation entre eux de toute communauté de vie, tant matérielle qu'affective, les revenus du conjoint du bénéficiaire n'ont pas à être pris en compte dans le calcul des ressources de ce dernier.
7. Il résulte de l'instruction que les indus de prime d'activité et d'aide au logement sont consécutifs à la rectification de la situation du foyer, eu égard à l'existence d'une vie maritale au titre de la période du 28 février 2022 au 4 octobre 2022, ainsi qu'à la prise en compte de sommes au titre de la pension de réversion que Mme C a perçue jusqu'au 30 juin 2022 et à la rectification des salaires déclarés pour le foyer. Mme C conteste l'existence d'une vie maritale sur la période en cause et se prévaut, notamment du jugement rendu le 12 janvier 2024 du juge aux affaires familiales prononçant le divorce après avoir retenu une séparation effective au 28 février 2022, conforme aux déclarations conjointes des intéressés. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme C n'a décidé d'initier une procédure de divorce que lors du rendez-vous avec son avocat le 28 juin 2023. Il est également relevé que Mme C a signalé le départ de son conjoint à son bailleur seulement le 4 octobre 2022 et lui a demandé à cette occasion de mettre le bail à son seul nom. Elle indique avoir retardé l'engagement d'une procédure de divorce en raison de difficultés financières, sans apporter d'éléments probants, et alors que la caisse d'allocations familiales expose ne pas avoir été avertie de cette difficulté. En outre, le rapport d'enquête établi par un agent assermenté, le 7 octobre 2022, dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire, relève que M. A n'a effectué aucun changement d'adresse auprès de son employeur, de l'administration fiscale, des organismes bancaires et sociaux et qu'il n'a entrepris aucune démarche en ce sens au cours de la période en cause. S'il indique avoir été hébergé par des amis avant de prendre une location à compter du 20 février 2023, aucune attestation n'est produite en ce sens. L'agent assermenté a également constaté que le compte bancaire joint ouvert le 29 septembre 2020 n'était pas clôturé sur la période en cause, celui-ci n'ayant été finalement clôturé que le 26 janvier 2023, ce que Mme C explique par la circonstance que M. A se servait de ce compte comme justificatif auprès de la préfecture pour l'établissement de son titre de séjour. La requérante se borne également à justifier l'existence d'un virement de 1 600 euros du compte joint vers le compte individuel par le fait que cette somme lui était due. Par ailleurs, les charges de logement étaient prélevées sur le compte courant de Mme C qui indique que le compte était uniquement utilisé par M. A. En outre, l'attestation de Mme M. du 12 juin 2023 produite par la requérante pour confirmer la date de la séparation est peu circonstanciée et ne saurait suffire, tout comme les explications fournies par la requérante, à remettre en cause les constatations de l'agent de contrôle et l'appréciation de la caisse d'allocations familiales qui a retenu une séparation uniquement à compter du 4 octobre 2022. Au vu de l'ensemble de ces éléments, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Calvados a procédé à la régularisation des droits de Mme C en retenant l'existence d'une vie maritale sur la période du 28 février 2022 au 4 octobre 2022.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à contester l'existence d'une vie maritale au titre de la période du 28 février 2022 au 4 octobre 2022, la rectification des ressources du foyer et, par voie de conséquence, le bien-fondé des indus en résultant. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme C relatives à l'indu d'allocation de soutien familial sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la caisse d'allocations familiales du Calvados et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
La magistrate désignée,
SIGNÉ
A. MACAUD
La greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026