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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303327

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303327

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-1
Avocat requérantLELOUEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023, M. F E, représenté par Me Lelouey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de l'arrêté est incompétent ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen complet.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les article L. 721-4 et L. 611-3 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'interdiction de retour :

- la décision est insuffisamment motivée;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la demande d'aide juridictionnelle enregistrée le 21 décembre 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Guillou et les observations de Me Lelouey, représentant M. E, assisté par Mme D, interprète.

Le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, de nationalité géorgienne, entré en France en 2012, a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade entre 2014 et 2019. Sa demande d'asile a été rejetée définitivement en septembre 2023. M. E a formé en mars 2023 une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade qu'il n'a pas documentée. Par l'arrêté contesté du 16 novembre 2023, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pour une durée de deux ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. M. E ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions :

4. Par un arrêté du préfet du Calvados du 4 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, M. C B, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration, a reçu délégation à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service, dont font partie les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme infondé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration " et aux termes de l'article R. 611-2 du même code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ".

6. En l'espèce il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E ait fourni à l'administration le certificat médical prévu par les dispositions précitées, malgré la demande qui lui a été adressée. Dans ces conditions il ne peut valablement soutenir que la décision d'éloignement contestée méconnaitrait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile.

7. En deuxième lieu, M. E n'a pas de liens familiaux en France et ne fait état d'aucun autre lien particulier, il est défavorablement connu par les services de police et n'a pas déféré à une mesure d'éloignement précédente. S'il se prévaut de son état de santé et d'une nécessaire prise en charge médicale en France, sa demande de titre de séjour en ce sens n'a pas été documentée, et une demande précédente a été rejetée en 2020.

8. En troisième lieu, l'erreur manifeste d'appréciation alléguée par le requérant, qui résulterait de l'absence de prise en compte de sa situation médicale, doit être écartée pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent.

9. En dernier lieu, M. E ne justifie pas les craintes qu'il allègue en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les article L.721-4 et L. 611-3 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour d'une durée de deux ans :

10. En l'espèce, la décision susvisée est justifiée par les conditions et la durée du séjour en France de M. E, et notamment les circonstances qu'il n'a pas de liens familiaux en France, qu'il est défavorablement connu par les services de police et qu'il n'a pas déféré à une mesure d'éloignement édictée en 2021. Cette décision, suffisamment motivée, n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. E doivent être rejetées, ainsi que celles relatives aux frais du procès.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Me Lelouey et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

H. GUILLOULa greffière,

Signé

C. BENIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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