vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2303340 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | AARPI CONCORDANCE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 décembre 2023 et le 29 mars 2024, M. Prince B A, représenté par Me Balouka, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2023 par laquelle le préfet de l'Orne a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité de descendant de français ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer le titre de séjour demandé dès la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une décision du 20 février 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- et les observations de Me Balouka, représentante de M. A.
Le préfet de l'Orne n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. Prince B A, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 15 juillet 2004, est entré en France en décembre 2016 alors qu'il était âgé de 12 ans. Il a déposé le 28 juin 2022 une demande de titre de séjour en qualité de descendant de français, sur le fondement de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a obtenu la délivrance d'un récépissé, qui a été renouvelé à plusieurs reprises. Par une décision du 19 octobre 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Orne a rejeté sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " S'il est âgé de dix-huit à vingt et un ans, ou qu'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, ou qu'il est à la charge de ses parents, l'enfant étranger d'un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. / Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ". L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".
3. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Par ailleurs, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
4. Pour refuser de délivrer une carte de résident sur le fondement de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Orne a estimé que M. Prince B A ne justifiait pas de sa filiation avec M. D A, dès lors que le jugement supplétif d'acte de naissance du 13 novembre 2019 du tribunal pour enfants de C n'était pas légalisé, et qu'eu égard à la législation de la République démocratique du Congo qui accorde un délai de quatre-vingt-dix jours pour faire inscrire la naissance d'un enfant à l'état civil, la tardiveté de la reconnaissance par le père présumé du requérant alors qu'il avait 14 ans ne permettait pas d'établir la réalité du lien de filiation. Toutefois, le requérant produit une copie intégrale datée du 28 novembre 2022 de son acte de naissance qui a été légalisé le 23 décembre 2022 par les services de l'ambassade de la République démocratique du Congo en France, une copie de son passeport expiré où figure le visa d'entrée sur le territoire français en 2016, une copie de l'acte de reconnaissance par D A établi le 23 mars 2018 par l'officier d'état civil de la ville d'Argentan, ainsi que la déclaration conjointe d'exercice de l'autorité parentale réceptionnée par le tribunal judiciaire d'Argentan le 3 novembre 2020. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le jugement supplétif serait frauduleux, et en l'absence d'incohérence entre ces différents documents, il n'appartenait pas au préfet, qui n'a pas consulté les services de fraude documentaire, de mettre en doute le bien-fondé des actes produits. La circonstance, opposée par le préfet, tenant au fait que M. D A, de nationalité française, n'a pas reconnu son fils dans les quatre-vingt-dix jours suivant sa naissance est sans incidence sur la preuve de son lien de filiation. Par suite, en considérant que les documents produits par le requérant ne permettaient pas de justifier de sa filiation avec M. D A, le préfet de l'Orne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et a méconnu les dispositions des articles L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 19 octobre 2023 par laquelle le préfet de l'Orne a refusé à M. A la délivrance du titre de séjour demandé doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. La présente décision implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le préfet de l'Orne, ou le préfet territorialement compétent, délivre à M. A le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement, et de le munir, dans cette attente, d'un récépissé qui lui sera délivré sans délai.
Sur les frais liés au litige :
7. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Balouka, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à sa mission d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Balouka d'une somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 19 octobre 2023 par laquelle le préfet de l'Orne a refusé à M. A la délivrance du titre de séjour en qualité de descendant de français doit être annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Orne, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans cette attente et sans délai, d'un récépissé.
Article 3 : L'État versera à Me Balouka une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous la réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. Prince B A, à Me Balouka et au préfet de l'Orne.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLANLa greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026