mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2400018 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LAUNOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Launois, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 27 novembre 2023 par laquelle la directrice territoriale de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir rétroactivement les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'OFII n'a pas tenu compte des observations écrites présentées par son conseil, adressées par lettre recommandée dans le délai imparti ; dès lors, la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ;
- l'OFII n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- il a reçu une convocation datée du 16 mai 2023 pour se rendre à la préfecture le 31 juillet 2023, ainsi qu'une convocation pour le 27 juin 2023 aux fins de renouveler son attestation ; il s'est présenté le 27 juin 2023 à la préfecture mais pas le 31 juillet 2023, pensant que cette deuxième convocation lui avait été adressée par erreur ; il n'a jamais reçu de convocation pour se rendre à la préfecture le 25 septembre 2023 ; dès lors, la décision attaquée est entachée d'erreur de fait ;
- l'OFII, qui s'est cru en situation de compétence liée, a commis une erreur de droit ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 en ce que la décision attaquée est fondée sur un motif non prévu par les dispositions précitées de cette directive dès lors que la privation totale de conditions matérielles d'accueil ne peut être qu'exceptionnelle et dûment justifiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 19 mars 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen rejetant la demande d'aide juridictionnelle de M. A ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A ressortissant guinéen né le 3 juin 2000 à Conakry, a présenté une demande d'asile le 16 mai 2023, qui a été enregistrée dans le cadre de la procédure Dublin. Il a obtenu le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 27 novembre 2023, la directrice territoriale de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a notifié à M. A la cessation des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en omettant de se présenter aux dates prévues pour ses entretiens à la préfecture. M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A s'est vu refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 19 mars 2024. Toutefois, cette décision ayant fait l'objet d'une contestation, il y a lieu d'admettre, dans l'attente, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-16 de ce code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ". Enfin, l'article D. 551-18 dudit code dispose : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. () ".
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII de Caen a informé le requérant de son intention de suspendre l'octroi des conditions matérielles d'accueil par un courrier en date du 2 octobre 2023, notifié le 6 octobre 2023 et que M. A a formulé des observations écrites par un courrier en date du 20 octobre 2023, envoyé le 21 octobre 2023, soit dans le délai de quinze jours qui lui était imparti. Si le requérant allègue que l'OFII n'a pas tenu compte des observations écrites présentées par son conseil dès lors que la décision litigieuse ne mentionne aucune réception d'observation de la part du requérant, il ressort des pièces du dossier que ces dernières ont bien été réceptionnées par l'OFII le 25 octobre 2023. La décision attaquée rappelle expressément le respect de la procédure contradictoire préalable en indiquant qu'il " a disposé d'un délai de 15 jours pour faire valoir [ses] observations ". Au surplus, l'OFII, qui précise en défense avoir tenu compte de ces observations, n'était pas tenu d'en faire une mention explicite dans la décision litigieuse. Dans ces conditions, le moyen selon lequel l'OFII n'aurait pas tenu compte des observations du requérant et entaché sa décision d'un vice de procédure manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse que l'OFII a procédé à un examen des besoins du requérant ainsi que de sa situation personnelle et familiale, et que le requérant a été mis en mesure de présenter ses observations avant l'intervention de la décision attaquée. Contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité, laquelle a fait l'objet d'une évaluation le 16 mai 2023. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
6. En troisième lieu, pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A, la directrice territoriale de l'OFII de Caen s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressé s'est abstenu de se présenter aux autorités chargées de l'asile. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'ayant pas honoré les convocations en préfecture des 31 juillet et 25 septembre 2023, il a été déclaré en fuite. L'intéressé, qui ne conteste pas ses absences, fait valoir qu'il ne pouvait être considéré comme étant en fuite dès lors qu'il ne s'était pas volontairement soustrait à celles-ci. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A, lorsqu'il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 16 mai 2023, s'est vu remettre le même jour en main propre une convocation en vue d'un entretien à la préfecture prévu le 31 juillet 2023 à 10 heures. S'il soutient avoir pensé que cette convocation pour le rendez-vous en préfecture le 31 juillet 2023 lui était adressée par erreur, il ressort de la convocation produite au dossier qu'elle lui a été lue et traduite en peul, langue que M. A a déclaré comprendre. D'autre part, si le requérant indique ne pas avoir reçu de convocation pour l'entretien du 25 septembre 2023, il ressort des pièces du dossier que la préfecture de la Seine Maritime a expédié le 31 juillet 2023 sous pli recommandé, à l'adresse de domiciliation de M. A chez France Terre d'Asile, une convocation pour le 25 septembre 2023 à 10 heures, et que le pli contenant cette convocation, qui n'a pas été retiré, a été retourné le 24 août 2023. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A a bien reçu le courrier du 2 octobre 2023 notifié à la même adresse de domiciliation et l'informant de l'intention de l'OFII de prononcer la cessation des conditions matérielles d'accueil. Contrairement à ce que soutient le requérant qui s'est abstenu de retirer le pli qui lui était adressé, la convocation lui a été régulièrement notifiée. Enfin, la circonstance qu'il serait arrivé devant la préfecture de la Seine-Maritime en dehors des horaires d'ouverture de l'établissement le 25 septembre 2023 en raison de son assoupissement dans les transports en commun, ne constitue pas un motif légitime qu'aurait dû prendre en compte l'OFII. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil serait entachée d'une inexactitude matérielle des faits et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point précédent, M. A, qui ne justifie pas de motif légitime aux manquements qui lui sont reprochés ni qu'il n'aurait pas été destinataire des convocations précitées, a pu, à bon droit et sans erreur d'appréciation, être regardé comme n'ayant pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti en acceptant les conditions matérielles d'accueil.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / () / b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités () / () / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. / () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ". Aux termes de l'article 21 de cette même directive : " Dans leur droit national transposant la présente directive, les États membres tiennent compte de la situation particulière des personnes vulnérables, () ".
9. M. A ne peut utilement se prévaloir directement des dispositions des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 sans faire état de l'incompatibilité avec ces dispositions des règles nationales dont l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait application. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 novembre 2023. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Launois et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
Le greffier,
Signé
D. DUBOST
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
D. Dubost
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026