lundi 22 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2400036 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BLACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2024, M. D A, représenté par Me Blache, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 20 décembre 2023, qui s'est substitué à la décision implicite de rejet, par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- il vit en France depuis douze ans et a déposé une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français en mars 2022 ;
- il a été contraint en mai 2023 de saisir le tribunal d'un recours au fond contre une décision implicite de rejet ;
- il ne peut plus travailler alors qu'il travaillait de manière continue depuis plus de trois ans et demi ; son contrat d'une durée de six mois, d'avril à octobre 2023, n'a pas pu être renouvelé faute de pouvoir présenter un titre de séjour en cours de validité ou un récépissé avec autorisation de travailler ;
- la décision attaquée le place dans une situation d'extrême précarité et de vulnérabilité ; la famille vit depuis près de trois mois sur le seul salaire de sa compagne, qui ne suffit pas pour vivre dignement avec un enfant en bas âge ;
- il développe un trouble psychique réactionnel consécutif à ces difficultés administratives.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
- la préfecture devra justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- arrivé mineur sur le territoire français, il a obtenu une licence de droit, économie et gestion, a travaillé et a construit une vie familiale ; il est pacsé depuis 2019 à une ressortissante française avec qui il a eu un enfant ;
- le refus de séjour est motivé sur l'unique condamnation dont il a fait l'objet en 2021, à savoir une amende de 600 euros avec sursis pour détention et usage d'un faux document administratif ; cette condamnation, qui constitue un fait isolé, ne peut pas à elle seule constituer une menace à l'ordre public ;
- dès lors, le préfet a méconnu les articles L. 432-1 et L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il a reconnu le 22 avril 2021 son fils, qui est né à Caen le 5 octobre 2021 ; le couple contribue à l'entretien et à l'éducation de l'enfant depuis sa naissance ; l'unique condamnation dont il a fait l'objet ne constitue pas une menace à l'ordre public ; dès lors, le préfet a méconnu l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le requérant se maintient délibérément en situation irrégulière sur le territoire français en dépit de deux mesures d'éloignement dont la légalité a été confirmée par la juridiction administrative ; ainsi, il s'est placé de son propre fait dans cette situation ;
- il n'établit pas exercer un emploi actuellement ; il ne produit qu'un contrat à durée déterminée sans rapport avec le diplôme obtenu ;
- s'il se prévaut de son concubinage avec une ressortissante française, la mesure contestée n'a pas pour effet de le séparer de sa famille ;
- dès lors, la condition d'urgence n'est pas remplie.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 26 mai 2023 sous le n° 2301342 par laquelle M. D A demande l'annulation de la décision implicite du préfet du Calvados rejetant sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bénis, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations :
- de Me Blache, représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle précise que M. A a travaillé pendant trois ans comme plongeur dans un restaurant.
Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant guinéen né le 25 septembre 1990 à Conakry, est entré en France le 7 octobre 2011 muni d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, renouvelé sans discontinuité du 30 septembre 2012 au 29 septembre 2018. Par un arrêté du 29 octobre 2019, le préfet a pris une décision refusant le renouvellement de ce titre de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français. M. A a présenté le 4 juin 2020 une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 7 septembre 2020, le préfet du Calvados a rejeté sa demande et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Le requérant a déposé un recours contentieux contre cet arrêté, qui a été rejeté par un jugement du présent tribunal du 8 mars 2021 devenu définitif. M. A, qui s'est maintenu sur le territoire français, a sollicité le 22 mars 2022 la délivrance d'un titre de séjour en tant que parent d'enfant français. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur cette demande. Par un arrêté du 20 décembre 2023, le préfet du Calvados a explicitement rejeté sa demande d'admission au séjour. Le requérant demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.
4. Par la décision attaquée, le préfet a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour en tant que parent d'enfant français. Le requérant, qui a conclu le 12 février 2019 un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française, produit de nombreux justificatifs attestant d'une communauté de vie avec cette dernière. Un enfant, qu'il a reconnu le 22 avril 2021, est né de leur union le 5 octobre 2021 à Caen. Le requérant, qui produit un contrat de travail conclu pour une durée de six mois du 3 avril au 6 octobre 2023, soutient que le refus de séjour fait obstacle à la poursuite de son activité professionnelle. Il expose que les revenus de sa compagne ne permettent pas d'assurer un niveau de vie décent au foyer familial et que le refus de séjour compromet gravement les intérêts de son enfant en bas âge. Compte tenu de ces éléments et du délai écoulé depuis la présentation de la demande, le requérant justifie d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale et donc, de l'urgence qui s'attache à ce que soit prononcée une mesure en référé sans attendre le jugement au fond.
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
5. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". L'article L. 412-5 du même code dispose : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Lorsque l'administration oppose le motif de la menace pour l'ordre public pour refuser de faire droit à une demande de titre ou de renouvellement de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
6. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet du Calvados a estimé que M. A représentait une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que le tribunal judiciaire de Caen, par un jugement correctionnel du 28 avril 2021, a condamné M. A à une amende de 600 euros avec sursis pour détention frauduleuse d'un titre de séjour. Les faits à l'origine de cette condamnation ont été commis entre juillet 2019 et septembre 2020, soit plus de trois ans avant l'arrêté attaqué. Il ne ressort pas du dossier que le requérant ait fait l'objet d'une autre condamnation pénale. Compte tenu de ces éléments, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 432-1 et L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 20 décembre 2023 du préfet du Calvados refusant l'admission au séjour de M. A.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à M. A un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement à M. C la somme de 500 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 20 décembre 2023 du préfet du Calvados est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à M. A un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Calvados.
Fait à Caen, le 22 janvier 2024.
Le juge des référés,
Signé
F. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026