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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400057

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400057

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 janvier 2024 et le 5 septembre 2024, Mme B A épouse A, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour enregistrée le 17 mai 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision de refus implicite du préfet est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a produit des documents d'état civil légalisés à l'appui de sa demande.

Par un mémoire, enregistré le 12 juillet 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable, le refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour en raison du caractère incomplet du dossier ne constituant pas une décision susceptible de recours.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Groch,

- et les observations de Me Cavelier, représentant Mme A.

Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A épouse A, ressortissante guinéenne née le 20 janvier 1992 à Tata/Labé (République de Guinée) a déposé le 17 mai 2023 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'absence de convocation en préfecture pour lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, Mme A a sollicité le 18 octobre 2023 les motifs de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande. Par une décision du 13 juin 2024, le préfet du Calvados a explicitement refusé de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision implicite de rejet du préfet du Calvados née de l'absence de délivrance de titre de séjour.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A s'étant vue accorder l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 24 avril 2024, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur l'étendue du litige :

3. En premier lieu, il appartient au juge administratif, le cas échéant, de requalifier la portée des actes qui lui sont soumis. En l'espèce, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision implicite du 17 septembre 2023 n'est pas constitutive d'un refus d'admission au séjour mais d'un refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour, dès lors qu'il n'est pas établi ni allégué que Mme A aurait été mise en possession d'un récépissé de demande de carte de séjour délivré lors de l'enregistrement de la demande.

4. En second lieu, si le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Dans ce cas, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

5. En l'espèce, si le silence gardé pendant quatre mois par le préfet du Calvados sur la demande de titre de séjour déposée par Mme A le 17 mai 2023 a fait naître une décision implicite de refus d'enregistrement de la demande, le préfet du Calvados a par la suite expressément rejeté cette demande d'enregistrement le 13 juin 2024. Cette décision expresse de refus d'enregistrement de la demande de délivrance d'un titre de séjour de la requérante s'est en conséquence substituée à la décision implicite initiale et les conclusions à fin d'annulation, ainsi que les moyens dirigés contre la décision implicite, doivent être exclusivement regardés comme dirigés contre la décision expresse du préfet du Calvados du 13 juin 2024.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

6. D'une part, aux termes de l'article R. 431-10 du code d'entrée et de séjour et du droit d'asile dispose que " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1o Les documents justifiants de son état civil ; /2o Les documents justifiants de sa nationalité ;() ; / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. "

7. D'autre part, aux termes de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " 37- Titre de séjour pour motif familial () : 1. Pièces à fournir dans tous les cas: / -justificatif d'état civil : (sauf si vous être déjà titulaire d'une carte de séjour) une copie intégrale d'acte de naissance comportant les mentions les plus récentes accompagnée le cas échéant de la décision judiciaire ordonnant sa transcription (jugement déclaratif ou supplétif) ; / justificatif de nationalité : / passeport (pages relatives à l'état civil, aux dates de validité, aux cachets d'entrée et aux visas) ou, à défaut, autres justificatifs dont au moins un revêtu d'une photographie permettant d'identifier le demandeur (attestation consulaire, carte d'identité, carte consulaire, certificat de nationalité, etc.) ;() / 66- Titre de séjour pour une admission exceptionnelle au séjour () 1. Pièces à fournir dans tous les cas : justificatif d'état civil : (sauf si vous êtes déjà titulaire d'une carte de séjour) une copie intégrale d'acte de naissance comportant les mentions les plus récentes accompagnée le cas échéant de la décision judiciaire ordonnant sa transcription (jugement déclaratif ou supplétif) ; justificatif de nationalité : passeport (pages relatives à l'état civil, aux dates de validité, aux cachets d'entrée et aux visas) ou, à défaut, autres justificatifs dont au moins un revêtu d'une photographie permettant d'identifier le demandeur (attestation consulaire, carte d'identité, carte consulaire, certificat de nationalité, etc.) ; () ".

8. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

9. Pour refuser de procéder à l'enregistrement du dossier de demande de titre de séjour de Mme A, le préfet du Calvados s'est fondé sur le défaut de production des documents réglementaires demandés. Il précise dans la décision litigieuse que la requérante n'a produit, au titre des pièces justificatives de son état civil et de sa nationalité qu'une " transcription d'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance ainsi qu'une copie d'un jugement supplétif non légalisé par les autorités compétentes ". Le préfet soutient que ces documents ne pouvaient être pris en considération pour établir l'état civil de l'intéressée, " faute de comprendre les documents d'état civil légalisés ".

10. Toutefois, s'il appartient à l'autorité préfectorale de procéder à toutes vérifications qu'elle estime utiles auprès des services compétents pour contrôler que les actes d'état civil et documents d'identité produits à l'appui d'une demande de titre de séjour ne sont pas irréguliers, falsifiés ou que les faits qui y sont déclarés correspondent à la réalité, cette procédure de vérification doit être menée dans le cadre et au cours de l'instruction de la demande d'admission au séjour. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, Mme A a présenté une copie de l'acte de naissance établi le 11 octobre 2018 issu de la transcription du jugement supplétif du 1er octobre 2018, ainsi que la copie du jugement supplétif d'acte de naissance établi par le tribunal de première instance de Labé le 1er octobre 2018. Ces deux documents ont été légalisés par l'officier de l'état civil de la commune urbaine de Labé. Dès lors, en refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par Mme A, alors que son dossier devait être regardé comme complet au regard des pièces dont la production est requise en application des dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Calvados a pris une décision faisant grief à l'intéressée et donc susceptible d'être déférée à la censure du juge administratif. La fin de non-recevoir du préfet du Calvados sera écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

11. Compte tenu de ce qui vient d'être énoncé, le moyen tiré de ce que le préfet du Calvados a commis une erreur de droit en refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme A, qui établit avoir déposé auprès des services préfectoraux un dossier complet, est fondée.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet du Calvados refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Eu égard au motif retenu pour prononcer l'annulation de la décision attaquée, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Calvados procède à l'enregistrement de la demande de titre de séjour présentée par Mme A et de lui délivrer un récépissé. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

14. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Cavelier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cavelier de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 13 juin 2024 du préfet du Calvados est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme A et de lui délivrer un récépissé de dépôt de demande de titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Cavelier une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cavelier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse A, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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