jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2400086 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL CARATINI LE MASLE LAMY MOUCHENOTTE LEMAIRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 et 23 janvier 2024, Mme D B, représentée par Me Launay, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 11 décembre 2023 par laquelle le maire d'Arromanches-les-Bains a rejeté la demande de creusement de concession pleine terre ou d'ouverture de caveau en vue de l'inhumation de Mme H J ;
2°) d'enjoindre au maire d'Arromanches-les-Bains d'autoriser l'inhumation de Mme H J au sein de la concession fondée par ses parents qui y sont inhumés et dont elle est titulaire, ou subsidiairement de statuer à nouveau sur cette demande, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Arromanches-les-Bains une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- sa mère est décédée le 2 décembre 2023 ;
- le rejet de la demande fait obstacle à l'inhumation de sa mère dans les conditions souhaitées par la défunte et sa fille unique.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision attaquée est dépourvue de motivation en droit ;
- la concession funéraire acquise par M. G A et Mme F K pour y fonder leurs sépultures a été transmise à leur fille, la défunte, qui devenue la titulaire de la concession au décès de ses parents ; dès lors, le maire d'Arromanches-les-Bains, qui était tenu de délivrer l'autorisation d'inhumer, a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 2223-3 et R. 2213-31 du code général des collectivités territoriales ;
- il ressort des termes de l'arrêté du 29 novembre 2002 que M. A a entendu dès l'origine fonder une concession familiale.
Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 16, 22, 23 et 24 janvier 2024, la commune d'Arromanches-les-Bains, représentée par Me Lamy, conclut au rejet de la requête et ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- aucune pièce n'est produite pour justifier de la volonté de la défunte quant au lieu où elle souhaitait être inhumée ;
- il est inexact d'affirmer que l'impossibilité de procéder à l'inhumation au sein de la concession de M. A ne serait pas conforme à la volonté de la défunte et de sa famille ;
- dès lors, l'urgence n'est pas caractérisée ;
- le motif du refus est clairement indiqué dans la décision attaquée ;
- la concession funéraire a été attribuée à M. G A et non aux deux époux A ; la taille de la concession ne permet pas l'inhumation de plus de deux personnes ; dès lors, il existe une contestation sérieuse quant à la nature de la concession ;
- le fondateur d'une concession demeure maître des personnes pouvant être inhumées au sein de la concession qu'il a créée ; en l'espèce, la volonté du fondateur de la concession était d'y être inhumé avec son épouse ;
- compte tenu du conflit familial opposant les héritières du fondateur de la concession, c'est à juste titre que le maire, qui ne pouvait exclure que le fondateur de la concession ait pris des dispositions testamentaires pour exclure l'inhumation de l'un ou l'autre de ses héritiers, a refusé l'autorisation d'inhumer.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 17 janvier 2024, Mme C A veuve I demande au tribunal de rejeter la requête.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 11 janvier 2024 sous le n° 2400085 par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision du 11 décembre 2023 du maire d'Arromanches-les-Bains rejetant la demande de creusement de concession pleine terre ou d'ouverture de caveau en vue de l'inhumation de Mme H J.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bénis, greffière d'audience, M. E a lu son rapport et entendu les observations :
- de Me Launay, représentant la requérante, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens,
- de Mme B,
- et de Me Lamy, représentant la commune d'Arromanches-les-Bains, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens. Elle précise que la requérante indique elle-même que la défunte envisageait d'acquérir sa propre concession.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins de suspension :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article R. 522-1 du même code dispose en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation de la requérante ou aux intérêts qu'elle entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par la requérante, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.
3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige, la requérante fait valoir que sa mère est décédée le 2 décembre 2023 et que le rejet de la demande fait obstacle à l'inhumation de sa mère dans les conditions souhaitées par la défunte. Or, aucun élément au dossier ne permet d'établir que la défunte, qui résidait à Paris, ait manifesté la volonté d'être inhumée à Arromanches-les-Bains. A cet égard, la requérante n'apporte aucun justificatif à l'appui de son allégation selon laquelle la défunte lui aurait fait part oralement de sa volonté d'être inhumée aux côtés de ses parents. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la défunte a fait l'objet d'une crémation le 8 décembre 2023. Dès lors, la condition d'urgence ne peut pas être regardée comme remplie en l'espèce.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête de Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune d'Arromanches-les-Bains, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme que demande la commune d'Arromanches-les-Bains au titre des frais de même nature.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La demande présentée par la commune d'Arromanches-les-Bains sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, à la commune d'Arromanches-les-Bains et à Mme C A veuve I.
Fait à Caen, le 25 janvier 2024.
Le juge des référés,
Signé
F. E
La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
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