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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400211

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400211

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 5 février et le 2 mars 2024, Mme E A épouse B, représentée par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 décembre 2023 par laquelle le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer à titre principal un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation de séjour avec autorisation de travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

L'arrêté :

- est entaché d'incompétence du signataire de l'acte.

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mars 2024.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 19 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Groch.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A épouse B, ressortissant nigériane, a demandé le 5 février 2023 le renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " étranger malade " sur le fondement de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 décembre 2023, le préfet du Calvados a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays d'éloignement. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 19 mars 2024. Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

3. Par un arrêté du 4 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 14-2023-243 du 4 octobre 2023, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme C D, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau du séjour, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Elle précise également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale de la requérante, et notamment que si le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut dans son avis du 17 juillet 2023 que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il précise néanmoins qu'il existe un traitement approprié dans son pays d'origine dont elle peut effectivement bénéficier et mentionne qu'elle peut voyager sans risque pour sa santé. Elle mentionne les éléments relatifs à l'ancienneté du séjour de la requérante en France, sa situation administrative, ainsi que les éléments relatifs à son intégration sociale et professionnelle. Cette décision indique que l'intéressée ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière et qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi la décision litigieuse, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de la requérante, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement de manière suffisamment circonstanciée pour la mettre en mesure d'en discuter utilement les motifs. En conséquence, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet du Calvados se serait cru en situation de compétence liée par l'avis du 17 juillet 2023 du collège de médecins de l'OFII ou aurait omis de procéder à un examen particulier de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée au regard des éléments portés à sa connaissance avant d'édicter à son encontre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, les moyens tirés de ce que le préfet du Calvados n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de la requérante et aurait commis une erreur de droit en se croyant en situation de compétence liée, ne sauraient être accueillis.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État (). " Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé (). ".

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'OFII, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut également refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B, le préfet du Calvados, s'appropriant en cela l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII le 17 juillet 2023, a estimé que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel elle pouvait voyager sans risque. Mme B produit un certificat d'un médecin néphrologue du centre universitaire des maladies rénales de Caen daté du 29 janvier 2019 selon lequel elle a besoin d'une consultation trimestrielle avec un néphrologue pour une néphropathie secondaire à un lupus erythémateux aigüe disséminé, ainsi qu'un certificat postérieur à l'arrêté litigieux, daté du 29 décembre 2023, d'un médecin généraliste, précisant qu'elle est soumise à un traitement régulier par immuno-suppresseur par mycophelonate associée à une corticothérapie et qu'elle présente une hypertension artérielle sévère, de sorte que son état de santé nécessite un suivi lourd et régulier afin de surveiller les éventuels signes de réapparition de sa maladie. Si le certificat précité du médecin néphrologue indique qu'à sa connaissance le traitement immuno-suppresseur par mycophenolate mofetif ne serait pas disponible au Nigéria, ce certificat est non seulement bien antérieur à l'avis de l'OFII du 17 juillet 2023, mais il n'est pas établi que son rédacteur ait une connaissance particulière du système de santé du Nigéria. La requérante produit également au dossier une prescription de ce médecin néphrologue datée du 4 septembre 2023 d'analyses biologiques dont le complément C3/C4, du facteur antinucléaire et de l'antiDNA natif, ainsi que la traduction d'un rapport médical du 18 janvier 2024 d'un praticien nigérian, pour le médecin chef de l'hôpital universitaire de l'Etat de Lagos au Nigéria, selon lequel les examens en laboratoire pour le complément C3/C4, le facteur antinucléaire et l'antiDNA natif ne peuvent pas être pris en charge ou effectués au Nigeria actuellement. Néanmoins, en se bornant à produire un rapport postérieur à la décision litigieuse d'un médecin nigérian, faiblement circonstancié, qui concerne le suivi médical et non le traitement en lui-même, Mme B ne justifie pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement médical adapté dans son pays d'origine. La seule production des pièces mentionnées ne saurait suffire, en l'espèce, à contester utilement les mentions de l'arrêté en litige. Par suite, le préfet du Calvados n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.

10. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant dès lors que l'arrêté attaqué a été pris sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Mme B se prévaut de son état de santé et soutient qu'elle réside sur le territoire français depuis 2015 avec deux de ses enfants de nationalité nigériane, nés en 2010 et 2015, qui sont scolarisés en France. Toutefois, si elle fait valoir une présence en France de plus de huit ans, elle ne justifie d'un titre de séjour qu'entre octobre 2020 et avril 2023 pour raisons de santé. Si elle invoque la présence en France de son mari, ressortissant nigérian, il ressort des pièces du dossier que ce dernier est en situation irrégulière et qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 21 janvier 2019. Il ressort également des pièces du dossier que Mme B, arrivée en France à l'âge de 36 ans, a passé la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine et que, contrairement à ce qu'elle soutient, elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales au Nigéria, où, selon ses déclarations, résident sa mère, ses frères, sa sœur, ainsi que deux autres de ses enfants. En dehors de la circonstance que Mme B justifie avoir travaillé à temps partiel au sein de l'entreprise Altalys propreté Normandie entre juin 2021 et septembre 2022, et qu'elle est depuis le 26 septembre 2022 salariée en tant qu'agent de production au sein de l'entreprise Teillage Vandecandelaere, elle n'apporte aucun élément démontrant avoir tissé des liens stables et intenses en France. En outre, elle n'établit aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Nigeria, ni à ce qu'elle y poursuive normalement sa vie privée et familiale. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 9, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de la requérante aurait pour conséquence que Mme B serait, en cas de retour dans son pays d'origine, privée d'un traitement adapté à son état de santé. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

13. En sixième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement sur lequel elle n'a pas demandé son admission au séjour et que le préfet ne lui a pas opposé dans sa décision.

14. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 12, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de Mme B. Le moyen sera écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 19 décembre 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen du refus de séjour, la décision attaquée ne porte pas, en l'espèce, une atteinte disproportionnée au droit de la requérante à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, ce moyen doit être écarté.

18. En troisième lieu, selon les termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir et qui sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

19. Si Mme B soutient que la décision attaquée méconnaît l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs, cette décision n'a ni pour objet, ni pour effet de les séparer de leur mère, dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ainsi que cela a été précédemment exposé au point 13, que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans tout autre pays que la France, ni davantage que ses enfants, compte tenu de leur âge, ne pourraient poursuivre leur scolarité hors du territoire français. Par suite, le préfet du Calvados n'a pas porté une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le moyen doit être écarté.

20. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen du refus de séjour et au point 19, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Calvados aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle. Par suite, le moyen sera écarté.

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 19 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

22. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que Mme B n'est pas fondée à soutenir que cette décision attaquée est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2023 du préfet du Calvados doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A épouse B, à Me Bidault et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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