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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400220

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400220

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 janvier et 22 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var ou à tout préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer sous huitaine une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité ne disposant pas d'une délégation de signature régulière ;

- la décision portant refus de séjour n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle mentionne à tort que ses parents et son fils aîné résident à Madagascar ;

- elle révèle un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses petits-enfants, tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour qui la fonde ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement, dès lors qu'elle peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en application de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 19 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas,

- et les observations de Me Bernard, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante malgache née le 23 octobre 1980, a déclaré être entrée pour la dernière fois en France le 12 novembre 2020. Elle a sollicité, le 13 avril 2022, la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " auprès de la préfecture du Var. Par un arrêté du 29 décembre 2023, le préfet du Var a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen dirigé contre l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté n° 2023/47/MCI du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro 156, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Var, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté, qui vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et rappelle l'historique de la situation administrative et les éléments relatifs à la situation familiale et personnelle de Mme B, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre la requérante en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si Mme B soutient que la décision contestée mentionne à tort que son fils et ses parents résident à Madagascar, elle n'apporte à l'appui de ses allégations aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé, alors en outre que ces éléments sont conformes à ses déclarations lors de sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Var a procédé à un examen complet et circonstancié de la situation personnelle de la requérante. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a épousé un ressortissant français le 12 août 2023 qu'elle déclare avoir rencontré en juin 2022. Si la réalité de la communauté de vie entre Mme B et son époux est établie, il est constant que celle-ci est récente à la date de la décision contestée. En outre, si l'intéressée se prévaut de ses liens avec sa fille française et ses petits-enfants, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans, ni ne justifie d'une quelconque insertion socio-professionnelle. Enfin, elle ne fait valoir aucun obstacle à son retour à Madagascar en vue de l'obtention d'un visa de long séjour. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Si Mme B se prévaut de ses liens avec ses petits-enfants, elle n'établit pas, en tout état de cause, que sa présence auprès d'eux serait indispensable en permanence. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision par laquelle le préfet du Var a obligé Mme B à quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation particulière, dès lors que la décision de refus de titre de séjour est elle-même suffisamment motivée. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision contestée que le préfet du Var aurait omis de procéder à un examen particulier de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de la requérante au regard des éléments portés à sa connaissance avant d'édicter à son encontre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, ce moyen ne saurait être accueilli.

12. En quatrième lieu, Mme B ne justifiant pas remplir les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse méconnaitrait les dispositions de l'article L. 611-3 de ce même code, dans sa version applicable au présent litige, doit être écarté.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8 du présent jugement, la décision attaquée ne porte pas, en l'espèce, une atteinte disproportionnée au droit de la requérante à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ni ne méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, la décision fixant le pays à destination vise les dispositions applicables, précise la nationalité de Mme B et que cette dernière n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

15. En second lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Bernard et au préfet du Var.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- Mme Sénécal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

C. DUCOS DE SAINT BARTHELEMY DE GÉLAS

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUDLa greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

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