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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400325

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400325

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400325
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAutres délais-Etrangers-1
Avocat requérantSOUTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 février 2024, M. A C, représenté par Me Souty, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de dix jours, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet d'effacer son nom du fichier des personnes recherchées et du Système d'information Schengen, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou une somme de 1 400 euros à lui verser directement dans l'hypothèse où il ne bénéficierait pas de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- les décisions sont entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- il est insuffisamment motivé en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait ;

- l'arrêté est contraire à l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il est entaché d'erreurs de droit ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an :

- elle est entachée d'erreurs de droit ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée, le 8 février 2024, au préfet de la Seine-Maritime qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- la demande d'aide juridictionnelle du 9 février 2024 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Par décision en date du 2 janvier 2024, la présidente du tribunal a désigné M. D conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Souty, représentant M. C qui reprend les moyens et conclusions développés dans ses écritures ;

- les observations de M. C et de M. B son employeur et logeur.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 16 janvier 1997, a fait l'objet d'un contrôle d'identité, le 5 février 2024, puis a été placé en retenue administrative. Par l'arrêté contesté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. M. C ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :

4. Pour motiver l'obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime fait valoir que M. C n'a pas effectué de démarches afin de régulariser sa situation administrative, qu'il ne justifie pas de ressources et ne présente aucune garantie de représentation. Toutefois, il ressort des documents produits par le requérant qu'il a travaillé dans un métier en tension de mai à décembre 2021 et de janvier à octobre 2022 et qu'il bénéficie depuis février 2024 d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel et est hébergé par son employeur. Il produit également plusieurs attestations de soutien d'amis ou de connaissances. Il expose, en outre, au cours de l'audience - sans être contredit par le préfet qui n'a pas produit de mémoire au cours de l'instance - que lors de son audition il a présenté son passeport aux forces de l'ordre, qu'il a mentionné l'adresse de son domicile, a fait état de sa situation professionnelle et de ce qu'il allait faire une demande de régularisation de sa situation administrative. Enfin, lors de l'audience son employeur a déclaré son intention d'employer M. C à temps complet sous condition des bons résultats financiers de son restaurant " kebab ". Au regard de ces éléments - dont aucun n'a été repris dans l'arrêté contesté - il est constant que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle et familiale de l'intéressé et a entaché son arrêté d'une illégalité.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 5 février 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai. Par voie de conséquence, les décisions du même jour fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour pour une durée d'un an doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. L'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. C à quitter le territoire français implique qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour et qu'il réexamine sa situation. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de statuer à nouveau sur sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

8. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Et aux termes de l'article R. 613-7 du code précité : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Enfin selon l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription / () ".

9. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Maritime fasse supprimer dans le système d'information Schengen le signalement de M. C aux fins de non-admission résultant de l'interdiction de retour édictée à son encontre. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de prendre toutes les mesures utiles pour procéder à cet effacement sans délai à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. M. C qui a présenté sa demande de frais non compris dans les dépens sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Souty en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Souty renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée directement à M. C.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour pour une durée d'un an est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de prendre toute mesure propre à mettre fin sans délai au signalement de M. C dans le système d'information Schengen à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : L'Etat versera à Me Souty, avocat de M. C, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve, d'une part, que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, d'autre part, de la décision à intervenir du bureau d'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Souty et au préfet de la Seine-Maritime.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

X. RIVIERELa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. Bénis

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