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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400352

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400352

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400352
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCE- Etrangers
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9, 12 et 14 février 2024, M. C B, représenté par Me Bernard, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet de la Manche l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2024, notifié le 9 février 2024, par lequel le préfet de la Manche l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au préfet d'effacer ses données personnelles du fichier des personnes recherchées et du système d'information Schengen ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou à lui verser directement dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'erreur de fait ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision portant assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 13 février 2024, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est assortie d'aucun moyen de légalité externe ou interne ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Bernard, représentant M. B qui confirme les conclusions de la requête par les mêmes moyens.

Le préfet de la Manche n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né le 12 décembre 1992, est entré irrégulièrement en France en octobre 2023, selon ses déclarations. Par un arrêté du 3 février 2024, le préfet de la Manche l'a assigné à résidence dans la commune de Cherbourg-en Cotentin pendant la durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 9 février 2024, le préfet de la Manche l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". En l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 9 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français, refus de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 2 mai 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 1 du 1er septembre 2023, le préfet de la Manche a donné délégation à Mme Perrine Serre, secrétaire générale de la préfecture de la Manche, à l'effet de signer tous actes, relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Manche, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour des étrangers en France. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

4. En second lieu, si M. B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait dès lors que le préfet affirme de façon erronée qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine alors qu'il a déclaré lors de son audition par les services de police le 9 février 2024, que ses parents sont décédés, que sa sœur réside à Paris et son frère au Portugal, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde. En outre, elle énonce des éléments de faits propres à la situation de M. B en indiquant qu'il est entré en France en octobre 2023 selon ses déclarations, qu'il vit en concubinage et est sans charge de famille. En outre, elle indique que M. B n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Dès lors, le préfet, qui n'est pas tenu d'indiquer dans sa décision l'ensemble des circonstances de fait propres à la situation de l'intéressé mais seulement celles qui fondent la décision contestée, n'a pas entaché sa décision d'une insuffisance de motivation.

6. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

8. Il est constant que M. B résidait irrégulièrement en France depuis environ quatre mois à la date de la décision attaquée. Le requérant ne justifie pas d'une intégration sociale ou professionnelle particulière en France. Si M. B fait valoir qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française depuis trois mois et qu'il l'aide à s'occuper de son fils de trois ans, cette situation était très récente à la date de la décision attaquée. En outre, si M. B établit qu'il est orphelin, il n'établit pas qu'il ne lui reste aucune attache en Algérie où il a vécu jusqu'à ses 32 ans. Par ailleurs, la présence d'une sœur en situation régulière sur le territoire français et d'un beau-frère ne lui donne aucun droit particulier au séjour. Dans ces conditions, le préfet de la Manche n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision en litige a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée reposerait sur une décision illégale portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne que M. B ne justifie d'aucune circonstance particulière pour bénéficier d'un délai de départ volontaire. Dès lors, elle fait état des éléments retenus par le préfet pour apprécier la situation personnelle du requérant au regard des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce que soutient le requérant, cette décision indique de manière suffisamment circonstanciée les considérations qui la fondent pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée reposerait sur une décision illégale portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En second lieu, la décision attaquée fait état des éléments retenus par le préfet pour apprécier la situation personnelle du requérant au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise notamment que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Contrairement à ce que soutient le requérant, cette décision indique de manière suffisamment circonstanciée les considérations qui la fondent pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée reposerait sur une décision illégale portant obligation de quitter le territoire français et d'une décision illégale portant refus de départ volontaire doit être écarté.

15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. En dernier lieu, M. B, qui indique être entré en France en octobre 2023, ne justifie que d'une présence récente. L'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à la mesure prononcée à son encontre, une telle circonstance n'étant pas constituée par le fait qu'il souffre d'un syndrome anxio-dépressif, qu'il vit en concubinage et que sa sœur réside en France. Dans ces conditions, en limitant la durée de l'interdiction de retour à un an, le préfet de la Manche n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé. Ce moyen doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

17. En premier lieu, pour le même motif que celui exposé au point 3, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

18. En second lieu, Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

19. Si le requérant soutient que la décision attaquée est illégale dès lors qu'à la date du 3 février 2024, aucune obligation de quitter le territoire n'avait été prise à son encontre, la mention de la date du 3 février 2024 comme date d'édiction de la décision attaquée constitue une simple erreur de plume. En tout état de cause, la décision attaquée a été notifiée le 9 février 2024 soit le même jour que la décision portant obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

20. Il résulte de tout de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet de la Manche l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et de l'arrêté du 3 février 2024 par lequel le préfet de la Manche l'a assigné à résidence.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Bernard et au préfet de la Manche.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La magistrate désignée,

Signé

V. CREANTORLa greffière,

Signé

D. LEGOUBIN-PERCHERON

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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