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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400364

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400364

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAutres délais-Etrangers-2
Avocat requérantPAPINOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 février 2024, Mme A B C, représentée par Me Papinot, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- l'auteur doit justifier de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet s'est cru, à tort, en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît les articles L. 311-6, D. 311-3-2 et R. 311-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est contraire aux articles L. 541-1, L. 541-3 et R. 531-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est prise en violation de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le préfet du Calvados conclut à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à une minoration des frais liés au litige.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- la demande d'aide juridictionnelle du 13 février 2024 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Par décision en date du 2 janvier 2024, la présidente du tribunal a désigné M. E conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de Me Papinot, représentant Mme B C qui reprend les moyens et conclusions développés dans ses écritures.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, de nationalité djiboutienne, est entrée en France le 8 février 2023, selon ses déclarations, pour y demander l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande par une décision du 30 juin 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 novembre 2023. Par l'arrêté contesté du 16 janvier 2024, le préfet du Calvados l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Mme B C ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, par un arrêté du préfet du Calvados du 4 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, M. F D, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration, a reçu délégation à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service, dont fait partie la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision susvisée doit être écarté comme infondé.

5. En deuxième lieu, Mme B C soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, il ressort des dispositions des articles L. 613-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort de la motivation de la décision querellée et des pièces du dossier que le préfet du Calvados a procédé à un examen particulier et approfondi de la situation de Mme B C.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de la mesure d'éloignement contestée, ni des pièces du dossier, que le préfet du Calvados, qui a examiné la situation personnelle et familiale de l'intéressée et les conséquences de sa décision sur son droit au respect de sa vie privée et familiale, se serait cru en situation de compétence liée avec les décisions prises par les autorités en charge de l'asile pour édicter l'obligation de quitter le territoire français en litige. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

8. En cinquième lieu, Mme B C soutient que le préfet du Calvados a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois ce moyen est inopérant, cette mesure d'éloignement n'impliquant pas, par elle-même, le retour de l'intéressée dans son pays d'origine.

9. En sixième lieu, Mme B C ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lesquelles ont été abrogées par l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020. De même, les moyens tirés de la méconnaissance des articles D. 311-3-2 et R. 311-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants, ces articles ayant été abrogés par le décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020. Au demeurant l'arrêté attaqué ne porte pas sur la délivrance d'un titre de séjour.

10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Selon l'article L. 541-3 de ce code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l'étranger sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision d'éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Et l'article R. 531-17 du même code dispose que : " La décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides comporte la mention des nom, prénom, qualité et service d'appartenance de son auteur. / Elle est notifiée à l'intéressé par un procédé électronique dont les caractéristiques techniques garantissent une identification fiable de l'expéditeur et du destinataire ainsi que l'intégrité et la confidentialité des données transmises () / Toutefois, la décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides est notifiée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception lorsque le demandeur établit qu'il n'est pas en mesure d'accéder au procédé électronique ou lorsque la demande est déposée dans un département qui ne figure pas sur la liste des départements dans lesquels ce procédé est mis en place. Cette liste est établie par arrêté du ministre chargé de l'asile. L'office peut également ne pas recourir à ce procédé notamment pour des motifs liés à la situation personnelle du demandeur ou à sa vulnérabilité () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Et selon l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".

11. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire national à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. A défaut, l'autorité administrative ne peut regarder l'étranger à qui l'asile a été refusé comme ne bénéficiant plus de son droit provisoire au séjour ou comme se maintenant irrégulièrement sur le territoire et édicter à son encontre une mesure d'éloignement.

12. La requérante sollicite de l'administration qu'elle apporte la preuve de la notification de la décision de rejet de l'OFPRA dans une langue qu'elle comprend préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement contestée sur le fondement des articles L. 541.1, L. 541-3 et R. 531-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précités. Toutefois, d'une part, il est constant que la requérante a fait appel de cette décision devant la CNDA justifiant, par là-même, de l'effectivité de la notification du rejet de l'OFPRA. Dès lors, la méconnaissance de l'article R. 531-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. D'autre part, aucune disposition législative ou règlementaire n'exige que la notification de cette décision soit rédigée dans une langue comprise par l'intéressé. Par ailleurs, la requérante ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est constant que sa demande de protection internationale est antérieure à la mesure d'éloignement. Enfin, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que son droit au séjour a pris fin le 21 novembre 2023, date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Mme B C n'est donc pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée.

13. En huitième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

14. Mme B C fait valoir ne plus avoir de famille au Sénégal et se prévaut de la présence en France de son cousin français. Toutefois, l'intéressée - qui est djiboutienne et non sénégalaise - n'est pas dépourvue de famille dans son pays d'origine, et il ressort des pièces du dossier qu'elle y bénéficie du soutien de sa sœur. Elle est entrée en France au mois de février 2023 selon ses déclarations, soit onze mois seulement avant l'intervention de la décision attaquée. A la date de cette décision, son séjour en France était donc récent et n'a, de plus, été rendu possible que par le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile. Âgée de vingt-six ans lors de son arrivée sur le territoire français, célibataire et sans enfant, l'intéressée a passé l'essentiel de son existence dans son pays d'origine. Enfin, l'unique attestation produite par son cousin français ne suffit pas à établir la réalité d'un lien durable et ancien entre eux. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, et eu égard notamment tant à la durée qu'aux conditions de séjour en France de l'intéressée, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et au vu de l'ensemble des éléments du dossier, le préfet du Calvados n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B C.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et selon le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

16. En l'espèce, Mme B C soutient qu'elle risque d'être exposée à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour à Djibouti. Elle indique encourir un risque de persécution en raison de son homosexualité. Toutefois, la requérante - qui se borne à produire aux débats des photographies en compagnie d'une amie, ou à la marche des fiertés, une lettre attestant de son adhésion à une association de défense des droits des lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI+) et une attestation de son cousin - n'apporte aucun élément nouveau à cet égard dans le cadre de la présente instance qui lui permettrait d'établir le risque allégué. Par ailleurs, si elle verse également aux débats des messages de menaces de mort dont elle est la destinatrice, publiés par un seul et même individu, sur les réseaux sociaux, dont l'identité ne peut dès lors être établie, de tels éléments ne sont pas non plus de nature à établir qu'elle encourrait un risque personnel, réel et actuel en cas de retour dans son pays d'origine. Au demeurant, tant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

17. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté que, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire, le préfet a fondé sa décision sur les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La durée de l'interdiction de retour a été fixée à un an compte tenu de ce que Mme B C est arrivée récemment en France et qu'elle ne justifie pas avoir de liens personnels et familiaux sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manifestement infondé.

18. En deuxième lieu, d'une part, si l'intéressée reproche au préfet de ne pas mentionner son cousin français, elle ne justifie pas avoir informé l'autorité préfectorale de son existence préalablement à cette décision. D'autre part, il ressort de la motivation de cette interdiction de retour et des pièces du dossier que le préfet du Calvados a procédé à un examen particulier et approfondi de la situation de Mme B C.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

20. Pour interdire à Mme B C de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet du Calvados a relevé sa faible durée de présence sur le territoire français et de ce qu'elle n'y dispose pas de liens stables et anciens. L'autorité préfectorale a pu légalement assortir l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de l'intéressé d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée, au demeurant limitée à un an, alors même que celle-ci n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public. Et, contrairement à ce qu'affirme l'intéressée, le préfet n'était pas tenu de se prononcer sur l'existence d'éventuelles circonstances humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont pas applicables à la situation de la requérante. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté.

21. En quatrième et dernier lieu, quand bien même Mme B C évoque la présence en France de son cousin et alors qu'elle ne justifie pas de liens anciens et durables avec lui, le préfet ne peut être regardé comme ayant commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels l'interdiction de retour a été prise, au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en prononçant à son encontre une interdiction du territoire d'une durée d'un an, eu égard, aux conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français ainsi qu'il a été dit au point 14. Au demeurant, lorsqu'elle aura exécuté l'obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet, Mme B C pourra, en application de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, demander l'abrogation de l'interdiction de retour prononcée à son encontre, avant son échéance.

22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

24. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil de la requérante de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C, à Me Papinot et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

X. RIVIERELa greffière,

Signé

D. LEGOUBIN PERCHERON

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. LOUNIS

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