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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400427

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400427

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantKLEINFINGER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n° 2400427, par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 février 2024 et le 27 mars 2024, M. A B, représenté par Me Kleinfinger, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête, et subsidiairement à ce que la demande relative aux frais d'instance soit minorée.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.

II. Sous le n° 2400530, par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 février 2024, les 22 et 27 mars 2024, M. A B, représenté par Me Kleinfinger, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision non définitive à la date du recours contentieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants.

S'agissant de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 et 29 mars 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête, et subsidiairement à ce que la demande relative aux frais d'instance soit minorée.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Groch.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais, a déclaré être entré en France le 30 juin 1990 à l'âge de quatre ans sous couvert d'un visa court séjour. Il a bénéficié, du 24 juillet 2007 au 23 juillet 2010, de trois titres de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de titres de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à compter de 2015. Le 23 mars 2019, son titre de séjour pluriannuel lui a été retiré. Il a été écroué à la maison d'arrêt de Caen le 4 janvier 2020 à la suite d'une condamnation à trois mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Caen pour des faits de conduite de véhicule sans permis en récidive et sans assurance, à deux mois d'emprisonnement par le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été concubin, conjoint ou partenaire de PACS, à douze mois d'emprisonnement par la cour d'appel de Caen pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours en récidive et violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire de PACS en récidive. Il a par ailleurs été condamné à 500 euros d'amende le 20 janvier 2017 et à 300 euros d'amende le 7 février 2017 pour des faits de conduite de véhicule sans permis. Par arrêté du 8 septembre 2020, annulé par le tribunal administratif de Caen le 26 novembre 2020, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français. M. B a sollicité le 22 janvier 2021 son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a fait l'objet, le 25 avril 2022, d'une condamnation à six mois d'emprisonnement avec sursis, 400 euros d'amende et une interdiction de conduire pendant un an pour récidive de conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance. M. B est écroué au centre pénitentiaire de Caen-Ifs depuis le 29 juin 2022, la cour d'appel de Caen l'ayant définitivement condamné le 18 novembre 2022 à trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis pour des faits en récidive de violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire de PACS aggravée par deux circonstances et le non-respect d'une interdiction imposée par le juge aux affaires familiales dans une ordonnance de protection d'une victime de violence familiale, et conduite d'un véhicule sans permis, et prononcé la révocation de son sursis à hauteur de six mois et le rajout d'un dispositif anti-rapprochement de la victime avec un bracelet pendant deux ans dans un périmètre de dix kilomètres. Par deux arrêtés du 20 décembre 2023 et du 22 février 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les nos 2400427 et 2400530 concernent la situation d'un même ressortissant étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire :

3. Il a été statué sur les demandes d'aide juridictionnelle déposées par M. B. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire, qui sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 20 décembre 2023 de refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article

L. 412-1. ". Selon l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". L'article L. 412-5 de ce code dispose par ailleurs que : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. L'autorité administrative ne peut, dans ce cadre, opposer un refus à une telle demande ou retirer la carte dont un étranger est titulaire qu'au regard d'un motif d'ordre public suffisamment grave pour que ce refus ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur. Il appartient ainsi à cette autorité d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration. Lorsque l'administration oppose ce motif pour refuser de faire droit à une demande de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou retirer une carte de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français en 1990, qu'il y a suivi toute sa scolarité, qu'il est isolé dans son pays d'origine et que sa mère, titulaire d'un titre de séjour jusqu'en 2027, sa tante et son oncle, qu'il déclare comme sa seule famille avec ses quatre enfants de nationalité française, résident régulièrement en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et plus précisément du bulletin n° 2 du casier judiciaire et de la fiche pénale de M. B que ce dernier, outre des condamnations à 500 euros d'amende le 20 janvier 2017 et à 300 euros d'amende le 7 février 2017 pour des faits de conduite de véhicule sans permis, a été condamné le 2 décembre 2015 à une peine de deux mois d'emprisonnement dont deux mois avec sursis simple par le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été concubin, conjoint ou partenaire de PACS, puis à trois mois d'emprisonnement et 300 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Caen le 27 février 2019 pour des faits de conduite de véhicule sans permis en récidive et sans assurance. Le 3 janvier 2020, le requérant a fait l'objet d'une garde à vue par les services de police de Caen pour des faits de violence volontaire sur sa concubine et mère des deux petites filles nées en 2018 et 2020 qu'il a reconnues le 23 mars 2021. M. B, placé en contrôle judiciaire et écroué le 4 janvier 2020 à la maison d'arrêt de Caen, a été condamné le 10 février 2020 par le tribunal judiciaire de Caen à une peine d'un an et six mois, dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans, pour avoir commis des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours, violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un PACS en récidive, et violence sans incapacité en présence d'un mineur par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un PACS en récidive. Le 25 avril 2022, il a fait l'objet d'une condamnation dans le cadre d'une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, à six mois d'emprisonnement avec sursis, 400 euros d'amende et une interdiction de conduire un véhicule pendant un an pour récidive de conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance. Suite à une garde à vue dont le procès-verbal joint au dossier mentionne de nombreuses violences physiques du requérant envers sa compagne, il est écroué au centre pénitentiaire de Caen-Ifs depuis le 29 juin 2022, la cour d'appel de Caen l'ayant définitivement condamné le 18 novembre 2022 à trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire de PACS en récidive, pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire de PACS en récidive, aggravée par deux circonstances, pour le non-respect d'une interdiction imposée par le juge aux affaires familiales dans une ordonnance de protection d'une victime de violence familiale ou de mariage forcé, et pour la conduite d'un véhicule sans permis. La cour d'appel de Caen a également prononcé la révocation de son sursis à hauteur de six mois et a rajouté le dispositif " anti-rapprochement " au profit de la mère de ses deux filles, victime des violences conjugales en leur présence, avec un bracelet pour une durée de deux ans dans un périmètre de dix kilomètres. Compte-tenu de ces éléments récents à la date de l'arrêté en litige, ni l'attestation du 26 janvier 2024 des professionnels de la protection de l'enfance du département du Calvados indiquant que M. B était présent à chaque visite programmée pour rencontrer ses deux garçons nés en 2014 et 2015 d'une précédente relation et placés depuis leur plus jeune âge auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département, ni les convocations aux visites médiatisées, ni le jugement en assistance éducative du 23 mai 2022 qui, en dépit de la mention des craintes exprimées par ses enfants à la fin des visites et à la circonstance qu'ils sont " systématiquement tétanisés " par le ton froid de M. B, accorde un droit de visite médiatisé en lieu neutre une fois par semaine au requérant pour ses deux enfants placés, ni enfin la volonté exprimée par le requérant de préserver le lien parent-enfant avec ses deux filles, ne suffisent à démontrer qu'il ne représentait plus, à la date de l'arrêté litigieux, une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, le requérant, qui ne dispose pas d'un droit d'hébergement à la date de la décision attaquée, ne démontre pas entretenir ou avoir entretenu avec ses quatre enfants des liens d'une particulière intensité, et bien qu'indiquant être présent dans la vie de ses enfants à hauteur de ses moyens et compte tenu de sa situation, il n'apporte aucun élément établissant qu'il contribue à leur éducation et à leur entretien. En outre, si l'intéressé fait valoir être suivi psychologiquement afin de travailler sur ses accès de colère, ce suivi au sein du centre pénitentiaire est récent. S'il produit des attestations indiquant qu'il a travaillé en 2016 et en 2017 sur de courtes périodes ainsi qu'une attestation de suivi de formations à distance au sein du centre pénitentiaire, ces éléments ne démontrent pas une intégration professionnelle en France. Dans ces conditions et eu égard à la nature des faits en cause, à leur répétition et à leur gravité, son comportement constitue une menace grave et actuelle pour l'ordre public. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, et alors même qu'il est entré en France à l'âge de quatre ans, l'arrêté du préfet du Calvados n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux motifs de la décision de refus de délivrance de son titre de séjour. Par conséquent, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles liées aux frais d'instance.

Sur les décisions du 22 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français, refusant le délai de départ et fixant le pays de destination :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne résulte pas de ces dispositions que l'autorité administrative soit contrainte d'attendre l'expiration du recours contentieux de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour pour prononcer une décision obligeant un étranger à quitter le territoire français. En conséquence, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale et qu'elle doit, par voie de conséquence, être annulée. Ce moyen doit donc être écarté.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen du refus de séjour, la décision attaquée ne porte pas, en l'espèce, une atteinte disproportionnée au droit du requérant à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

10. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions politiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B subviendrait seul à l'entretien et à l'éducation de ses deux fils aînés, placés à l'aide sociale à l'enfance depuis leur plus jeune âge, ni de ses deux plus jeunes filles, ces dernières ayant été témoins de violences intra-familiales répétées pour lesquelles il a été condamné et au titre desquelles il est soumis au dispositif " anti-rapprochement " au profit de leur mère pour une durée de deux ans dans un périmètre de dix kilomètres. De surcroît, alors qu'aucune interdiction de retour sur le territoire français n'a été édictée à son encontre dans la décision attaquée, M. B ne fait état d'aucun obstacle à ce qu'il puisse rendre des visites régulières à ses enfants en France. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, il convient d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 février 2024 par lequel le préfet du Calvados a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement doivent être rejetées, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles liées aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête n° 2400427 de M. B est rejetée.

Article 3 : La requête n° 2400530 de M. B est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Kleinfinger, et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

Nos 2400427-2400530

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